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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107093

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107093

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCAT ARNAUD SOTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Soton, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les rémunérations litigieuses n'étaient pas disponibles au sens de l'article 12 du code général des impôts, dès lors que le compte courant d'associé sur lequel ces sommes avaient été comptabilisées était bloqué et que la situation financière de la SARL SRHFIRST ne lui permettait pas de verser ces rémunérations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par M. A n'est pas fondé.

Par ordonnance du 2 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jean,

- et les conclusions de M. Freydefont, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité de la société à responsabilité limitée (SARL) SRHFIRST dont M. A est le gérant et l'associé unique, l'administration a, par une proposition de rectification en date du 17 avril 2018, notifié à ce dernier des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016. Par la présente requête, M. A demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Aux termes de l'article 62 du même code : " Les traitements, remboursements forfaitaires de frais et toutes autres rémunérations sont soumis à l'impôt sur le revenu au nom de leurs bénéficiaires s'ils sont admis en déduction des bénéfices soumis à l'impôt sur les sociétés par application de l'article 211, même si les résultats de l'exercice social sont déficitaires, lorsqu'ils sont alloués : / Aux gérants majoritaires des sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes dans les conditions prévues à l'article 3-IV du décret n° 55-594 du 20 mai 1955 modifié ou dans celles prévues à l'article 239 bis AA ou à l'article 239 bis AB () ". Il résulte de ces dispositions combinées que les sommes à retenir, au titre d'une année déterminée, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu sont celles qui, au cours de ladite année, ont été mises à la disposition du contribuable, soit par voie de paiement, soit par voie d'inscription à un compte sur lequel l'intéressé a opéré, ou aurait pu, en droit ou en fait, opérer un prélèvement au plus tard le 31 décembre.

3. Il résulte des mentions de la proposition de rectification du 17 avril 2018 que la société SRHFIRST, SARL ayant opté pour l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés, a comptabilisé au débit du compte 644 " Rémunération du travail de l'exploitant " les sommes de de 204 965 euros au cours de l'année 2015 et de 226 592 euros au cours de l'année 2016 et que ces sommes ont fait l'objet de virements bancaires au profit de M. A ou ont été portées au crédit de son compte courant d'associé, alors que celui-ci n'avait déclaré que 42 000 euros de rémunération pour 2015 et 84 000 euros pour 2016. L'administration a considéré l'ensemble de ces sommes comme un revenu disponible soumis à l'impôt sur le revenu et a procédé aux rectifications correspondantes.

4. En premier lieu, pour contester le caractère de revenu disponible des rémunérations en cause, le requérant fait valoir que celles-ci ont été comptabilisées sur un compte courant d'associé bloqué en vertu de deux décisions d'assemblée ordinaire en date du 26 juillet 2016, s'agissant de l'exercice clos au 31 mars 2016 et du 10 août 2017, s'agissant de l'exercice clos au 31 mars 2017. Toutefois, M. A étant le gérant et l'associé unique de la SARL SRHFIRST, l'indisponibilité alléguée résultait de sa seule volonté, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir qu'il lui était impossible en droit de prélever les rémunérations litigieuses au cours des années 2015 et 2016. Il ne saurait par ailleurs se prévaloir de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques - impôts le 12 septembre 2012 sous la référence BOI-IR-BASE-10-10-10-44 relative au revenu disponible, qui indique expressément qu'un revenu est disponible lorsque sa perception ne dépend que de la seule volonté du bénéficiaire, et qui ne comporte donc pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il vient d'être fait application. Au surplus, ainsi que le relève l'administration en défense, M. A ne conteste pas avoir effectué des prélèvements sur son compte courant d'associé, postérieurement aux deux décisions précitées, de sorte qu'il ne saurait soutenir que les sommes inscrites sur ce compte étaient bloquées et donc indisponibles.

5. En second lieu, si le requérant soutient que la situation financière de la SARL SRHFIRST ne lui permettait pas de lui verser les rémunérations en cause, il résulte de l'instruction que la trésorerie de la société était, tant en 2015 qu'en 2016, largement supérieure au solde créditeur du compte courant d'associé de M. A, de sorte que les sommes en cause étaient disponibles. Par conséquent, c'est à bon droit que l'administration a réintégré les sommes en cause au revenu disponible du requérant au titre des années 2015 et 2016.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des impositions en litige.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé : A. Jean Le président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : S. Chafki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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