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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107607

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107607

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2021, complétée le 17 décembre 2021, M. D A, représenté par Me Traoré, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 août 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans,

2°) d'ordonner à la préfète du Val-de-Marne de l'admettre au séjour,

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) le versement d'une somme de 1.500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il a tenté à plusieurs reprises de régulariser sa situation administrative mais n'a jamais pu avoir de rendez-vous en préfecture, qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il n'a plus d'attaches au Mali, pays qu'il a quitté en 2015, et il vit en couple avec une personne en France, et que la décision fixant le Mali comme pays de destination de la reconduite l'expose à des traitements inhumains et dégradants prohibés par l'article 3 de la même convention en raison de l'insécurité qui y règne. Il estime aussi être en droit de bénéficier d'une régularisation de sa situation administrative aussi bien en qualité de salarié qu'au titre de la vie privée et familiale.

La requête a été notifiée le 14 août 2021 à la préfète du Val-de-Marne qui n'a produit aucun mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 8 juin 2016 rejetant le recours formé le 13 janvier 2016 par M. A contre la décision en date du 18 décembre 2015 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 30 septembre 2022, en présence de Mme Ledrin, greffière d'audience, présenté son rapport, en l'absence du requérant et de la préfète du Val-de-Marne ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant malien né le 12 juillet 1995 à Douékiré (Région de Tombouctou), entré en France selon ses déclarations le 10 mai 2015 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 8 juin 2016. Interpellé le 10 août 2021, M. A a fait l'objet le même jour d'une obligation de quitter le territoire français sans délai par la préfète du Val-de-Marne assortie d'une interdiction de retour pour une durée de deux ans, dont il demande au présent tribunal de prononcer l'annulation.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ;. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes enfin de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

3. L'arrêté attaqué mentionne précisément, outre les motifs de droit qui régissent les décisions qu'il comprend, que M. A n'avait pas justifié de la régularité de son entrée sur le territoire français et qu'il n'avait jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté attaqué ne pourra qu'être écarté, tant en ce qui concerne l'obligation de quitter sans délai le territoire français que l'interdiction de retour pour une durée de deux ans, et quand bien même l'intéressé aurait été en mesure, le jour de son interpellation, ce qui n'est au demeurant pas établi, d'indiquer qu'il était en France depuis 2015 et qu'il aurait essayé à plusieurs reprises d'obtenir un rendez-vous aux fins de régulariser sa situation administrative, sans jamais parvenir à obtenir de rendez-vous en préfecture.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Si l'intéressé soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations car il n'aurait plus de famille au Mali et entretiendrait une relation avec une ressortissante burkinabé, titulaire d'une carte de résident, il est constant qu'il précise lui-même ne pas vivre avec elle, la vie commune étant selon ses propres termes, à l'état de " projet ", et il ne démontre pas avoir essayé de régulariser sa situation administrative après le rejet de sa demande d'asile. Le moyen sera donc écarté tant en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français que l'interdiction de retour pour une durée de deux ans.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Si l'intéressé soutient qu'il est susceptible de faire l'objet de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Mali, il est aussi constant que sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile. M. A n'apportant pas, dans sa requête, d'éléments relatifs à sa situation personnelle susceptibles de contredire cette appréciation, le moyen tiré de ce que la décision fixant le Mali comme pays de destination méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera aussi écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A ne pourra qu'être rejetée dans l'ensemble de ses composantes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D A à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : M. B

La greffière,

Signé : M. C

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. C

2107607

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