jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2108241 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET COLL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2021, la SARL " Etoile du Sud ", représentée par Me Coll, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 août 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a décidé de fermer son établissement pendant deux mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, d'ordonner la réouverture de son établissement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- le préfet a commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, la Préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Etoile du sud ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Zanella, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL " Etoile du Sud " exploite un établissement du même nom, de traiteur boucher au 63 avenue de Fontainebleau au Kremlin-Bicêtre. A la suite d'un contrôle effectué le 7 juillet 2021 par les services de l'unité de lutte contre l'immigration irrégulière, la préfète du Val-de-Marne a prononcé, par un arrêté du 24 août 2021, la fermeture de cet établissement pour une durée de deux mois, du 13 septembre 2021 au 13 novembre 2021. La SARL " Etoile du Sud " demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation de signature à Mme B E de Sousa, directrice des sécurités au cabinet de la préfète et signataire de la décision en litige, à l'effet de signer toute pièce et document se rapportant aux missions exercées par le cabinet de la préfète auxquelles est rattaché le bureau des polices administratives à l'entête duquel l'arrêté en litige a été pris. Cette matière n'entrant pas dans le cadre de celles énumérées aux articles 2 et 3 du même arrêté pour lesquelles Mme E de Sousa n'a pas reçu de délégation, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 8272-7 du code du travail : " Le préfet du département dans lequel est situé l'établissement, () peut décider, au vu des informations qui lui sont transmises, de mettre en œuvre à l'égard de l'employeur verbalisé l'une ou les mesures prévues aux articles L. 8272-2 et L. 8272-4, en tenant compte de l'ensemble des éléments de la situation constatée, et notamment des autres sanctions qu'il encourt. Préalablement, il informe l'entreprise, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa réception par le destinataire, de son intention en lui précisant la ou les mesures envisagées et l'invite à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. A l'expiration de ce délai, au vu des observations éventuelles de l'entreprise, le préfet peut décider de la mise à exécution de la ou des sanctions appropriées. Il notifie sa décision à l'entreprise par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa réception par le destinataire et transmet immédiatement une copie au procureur de la République. Il en adresse copie au préfet du siège de l'entreprise si l'établissement est situé dans un département différent ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 29 juillet 2021, la préfète du Val-de-Marne a informé le gérant de l'établissement " Etoile du Sud " qu'à la suite d'infractions au droit du travail et au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constatées dans son établissement le 7 juillet 2021, il était envisagé de procéder à sa fermeture administrative et a été invité à présenter ses observations dans un délai de quinze jours à compter de la réception de ce courrier. La société requérante a, au demeurant, présenté ses observations par un courrier du 9 août 2021. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence d'engagement d'une procédure contradictoire préalable, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Selon l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; () ".
6. La décision attaquée se fonde notamment sur les articles L. 8272-2 et L. 8211-1 du code du travail et repose sur le motif tiré de ce qu'à l'occasion d'un contrôle effectué le 7 juillet 2021, des infractions de travail illégal avaient été constatées du fait de la présence de cinq salariés sans titre de séjour dont trois étaient dépourvus de déclaration préalable à l'embauche. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que la motivation doive nécessairement mentionner l'identité ou la qualité des personnes concernées alors qu'au surplus l'identité des personnes mises en cause était indiquée dans la lettre du 29 juillet 2020 précitée engageant la procédure contradictoire à la suite de laquelle la société requérante a présenté ses observations. Il suit de là que l'arrêté attaqué est motivé en droit et en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 8272-2 du code du travail : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une infraction prévue aux 1° à 4° de l'article L. 8211-1 ou d'un rapport établi par l'un des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 constatant un manquement prévu aux mêmes 1° à 4°, elle peut, si la proportion de salariés concernés le justifie, eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner par décision motivée la fermeture de l'établissement ayant servi à commettre l'infraction, à titre temporaire et pour une durée ne pouvant excéder trois mois. Elle en avise sans délai le procureur de la République ". Aux termes de l'article L. 8211-1 du code du travail : " Sont constitutives de travail illégal, dans les conditions prévues par le présent livre, les infractions suivantes : 4° Emploi d'étranger non autorisé à travailler ".
8. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport du 12 juillet 2021 du chef du département de contrôle des flux migratoires de la direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne que, le 7 juillet 2021, étaient présents au sein de l'établissement de la société requérante cinq ressortissants étrangers démunis de toute autorisation de séjour et de travail, trois d'entre eux n'ayant pas, de plus, été déclarés auprès des organismes sociaux. Si la SARL " Etoile du Sud " soutient que cette circonstance résulte du fait qu'elle a manqué de personnel et qu'il lui a fallu en recruter en urgence, que l'un des salariés avait produit ses précédents bulletins de paye et qu'elle ignorait qu'il n'avait pas de titre de séjour, elle ne conteste pas utilement la matérialité des faits qui lui sont reprochés. Dès lors, le moyen tiré d'une erreur de fait de la préfète du Val-de-Marne ne peut être qu'écarté.
9. En cinquième et dernier lieu, la SARL " Etoile du Sud " allègue, alors que son établissement a été créé il y a plus de vingt ans sans avoir commis jusqu'alors aucune infraction, que la fermeture administrative de son établissement pendant deux mois, en l'espèce du 13 septembre au 13 novembre 2021, aura des conséquences économiques irréversibles dès lors qu'elle ne pourra pas conserver ses douze salariés, ni payer son loyer eu égard aux pertes financières qu'elle subira et qu'elle sera exclue des concours bancaires et des facilités de paiement avec les fournisseurs. Toutefois, il résulte de l'instruction que les infractions relevées portent sur presque la moitié de son personnel. Dans ces conditions, alors même qu'il s'agirait des premières infractions relevées à son encontre, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SARL " Etoile du Sud " doivent être rejetées
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL " Etoile du Sud " demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL " Etoile du Sud " est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL " Etoile du Sud " et à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. D, président,
Mme Morisset, première conseillère,
M. Cabal, conseiller,
Lu en audience publique le 9 mars 2023.
La rapporteure,
A. C
Le président,
M. DLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026