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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109617

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109617

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109617
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 octobre 2021 et 7 avril 2022, M. A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 24 août 2021 en tant que le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul ;

2°) d'annuler les décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les 23 juin 2016, 14 avril 2017, 23 mai 2017, 15 juillet 2019 et 31 mai 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il conteste avoir reçu l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ; s'agissant de l'infraction commise le 15 juillet 2019, le modèle d'amende forfaitaire majorée produit par le ministre de l'intérieur, au demeurant incomplet, ne met pas le tribunal en mesure d'apprécier la remise effective de ces informations dès lors qu'il conteste avoir été destinataire de ces documents ; si l'émission du titre exécutoire établit la réalité de l'infraction, cette circonstance ne démontre pas la remise des informations ; le ministre de l'intérieur ne rapporte pas la preuve de le réception de l'avis d'amende forfaitaire majorée afférent aux infractions contestées ni qu'un document comportant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 y était annexé ; l'attestation établie par le trésorier ne peut pallier cette carence ;

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juin 2022 à 12 heures.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 15 juillet 2019 et 23 juin 2016 dès lors que ces points ont été restitués à M. B les 14 avril 2020 et 3 mars 2017, soit antérieurement à l'introduction de sa requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article

R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bonneau-Mathelot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis différentes infractions au code de la route les 23 juin 2016, 14 avril 2017, 23 mai 2017, 15 juillet 2019 et 31 mai 2021 ayant entraîné le retrait de douze points. Par une décision référencée " 48SI " du 24 août 2021, le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions portant retrait de points, a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision référencée " 48SI " ainsi que celle des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions qui lui sont reprochées.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 15 juillet 2019 et 23 juin 2016 :

2. Il résulte de l'instruction et, notamment, du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B, édité le 10 janvier 2022, et versé au dossier par le ministre de

l'intérieur, que les deux points retirés sur son permis de conduire consécutivement aux infractions

commises les 15 juillet 2019 et le 23 juin 2016 lui ont été restitués les 14 avril 2020 et

3 mars 2017, soit avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B dirigées contre ces décisions sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

Sur les décisions de retrait de points :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

4. Aux termes de l'article R. 223-3 du code de la route : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. Le ministre de l'intérieur constate et notifie à l'intéressé, dans les mêmes conditions, les reconstitutions de points obtenues en application des alinéas 1, 2 et 4 de l'article L. 223-6. Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception. () ".

S'agissant de l'infraction commise le 23 mai 2017 :

5. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui

comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de

contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

6. Il résulte de l'instruction et notamment des mentions du relevé d'information intégral, édité le 10 janvier 2022, et produit par le ministre de l'intérieur, que M. B s'est acquitté à une date postérieure à celle de l'infraction relevée le 23 mai 2017 du paiement de l'amende forfaitaire. Cette infraction a été relevée par procès-verbal dématérialisé dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé. Il suit de là que M. B a nécessairement reçu à l'adresse qu'il a déclaré l'avis de contravention afférent à cette infraction. Dans ces conditions, alors que l'intéressé n'a pas produit cet avis ni démontré son caractère éventuellement inexact ou incomplet, l'administration doit être regardée comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à son

obligation d'information préalable. Le moyen invoqué ne peut donc qu'être écarté.

S'agissant des infractions des 14 avril 2017 et 31 mai 2021 :

7. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises, à moins que

l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

8. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral, édité le

10 janvier 2022, et versé au dossier par le ministre de l'intérieur, que ce dernier s'est acquitté des amendes forfaitaires correspondant aux infractions commises les 14 avril 2017 et 31 mai 2021 et constatées par radar automatique. Ainsi, le requérant a nécessairement reçu les courriers du

ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. En outre, M. B n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, les moyens tirés de l'absence de ces informations doivent être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité des infractions :

S'agissant de l'infraction commise le 23 mai 2017 :

9. Il résulte du relevé d'information intégral que M. B s'est acquitté de l'amende forfaitaire consécutivement à l'infraction commise le 23 mai 2017. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute l'exactitude de ces mentions, la réalité de ces infractions est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route. Le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

S'agissant des infractions commises les 14 avril 2017 et 31 mai 2021 :

10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " (). / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. / () ".

11. Aux termes de l'article 529-1 du code de procédure pénale : " Le montant de l'amende forfaitaire peut être acquitté soit entre les mains de l'agent verbalisateur au moment de la constatation de l'infraction, soit auprès du service indiqué dans l'avis de contravention dans les quarante-cinq jours qui suivent la constatation de l'infraction ou, si cet avis est ultérieurement envoyé à l'intéressé, dans les quarante-cinq jours qui suivent cet envoi. ".

12. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé intégral du permis de conduire de M. B, édité le 10 janvier 2022, que les infractions qui ont été relevées par radar

automatique les 14 avril 2017 et 31 mai 2021 ont donné lieu au paiement d'amendes forfaitaires. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité des

infractions des 14 avril 2017 et 31 mai 2021 est établie dans les conditions requises par les

dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut

d'établissement de cette infraction doit être écarté.

Sur la décision référencée " 48SI " portant invalidation du permis de conduire de M. B :

13. Pour constater la perte de validité du permis de conduire de M. B pour solde de point nul, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur ce que l'intéressé avait commis des

infractions ayant entrainé le retrait de douze points. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 2. du présent jugement, deux points ont été restitués au requérant en raison du mécanisme de

reconstitution de points par l'effet du temps. Alors même que le requérant n'est pas fondé à

demander l'annulation des autres décisions portant retrait de points édictées consécutivement aux autres infractions relevées à son encontre, le solde de points afférent à son permis de conduire n'était pas nul à la date de la décision en litige, et le ministre de l'intérieur ne pouvait légalement constater la perte de validité de son titre de conduite.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision référencée " 48SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation des décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions reprochées M. B, n'implique le prononcé d'aucune mesure d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La décision référencée " 48SI " en tant que le ministre de l'intérieur a invalidé le permis de conduire de M. B est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au

ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La magistrate désignée,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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