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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109882

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109882

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDUPOURQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 octobre 2021 et 4 novembre 2022, Mme B D, représentée par Me Dupourqué, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et, ce, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme D soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

* est entachée d'une erreur de fait ;

* méconnaît le droit à être entendue garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

* est entachée d'un vice de procédure résultant de l'irrégularité de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* viole le paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination viole les articles 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme D n'est fondé.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Melun du 17 novembre 2021, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. E.

Mme D et le préfet de Seine-et-Marne n'étaient ni présents ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10h29.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo), née le 24 avril 1991 à Kinshasa (République démocratique du Congo), entrée en France le 6 février 2019 selon le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense, a sollicité l'asile qui lui a été refusé par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 8 juillet 2020 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 16 avril 2021. Par arrêté du 30 septembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 30 septembre 2021.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Mme D ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a rejeté, le 8 juillet 2020, sa demande d'asile au motif que, concernant son orientation sexuelle, elle avait tenu des " propos vagues, convenus et peu personnalisés " qui " n'ont pas permis d'établir son orientation sexuelle ". La décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 16 avril 2021, citée sur le relevé des informations de la base de données " TelemOfpra " produit en défense, n'est pas produite au dossier. Il ressort de documents postérieurs à cette décision de l'Ofpra et antérieurs à la décision en litige que l'Association pour la défense des droits des personnes homosexuelles et trans à l'immigration et au séjour (Ardhis), reconnue par diverses autorités publiques, dans une attestation du 24 décembre 2020, indique que Mme D est membre de cette association dans laquelle elle se rend régulièrement et où elle est suivie et soutenue. Il ressort également de documents administratifs qu'elle habite chez Mme A C ce qui est confirmée par une attestation d'hébergement certes postérieure à la décision en litige mais confirmative de la situation. Il ressort de documents produits postérieurs à la décision en litige mais révélant manifestement une situation antérieure eu égard à leurs contenus que l'intéressée entretient une relation amoureuse avec Mme A C, relation confirmée par des tiers dont un membre de l'Ardhis cité au demeurant dans l'attestation précitée du 24 décembre 2020 et une journaliste du journal Le Monde qui a recueilli son témoignage pour la rédaction de l'article du 23 mars 2022 présenté au dossier. Il ressort de ces éléments que, dans les conditions très particulières de l'espèce, il doit être considéré que la relation entretenue par Mme D avec Mme A C est sérieuse et continue, même si elle n'est pas particulièrement ancienne, et doit être examinée notamment au regard des différentes sources publiques relatives à l'homosexualité féminine en République démocratique du Congo. Dans ces conditions spécifiques au cas d'espèce, en obligeant Mme D à quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne, qui au demeurant, en estimant dans son mémoire en défense que " la requête n'appelle aucune observation particulière de [sa] part ", ne conteste pas la vie commune entre les deux personnes précitées, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 30 septembre 2021 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de l'autre décision attaquée, privée de base légale, par laquelle cette autorité a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de Seine-et-Marne réexamine la situation de Mme D et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par Mme D, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 septembre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a obligé Mme B D l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme B D dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : G. E

La greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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