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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109921

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109921

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109921
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPIEROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 29 octobre et 23 novembre 2021, M. A C, représenté par Me Pierot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 mars 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État (préfet de Seine-et-Marne) la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les éléments de la procédure ont été communiqués au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 31 décembre 2002 modifiant et complétant l'arrêté du 27 décembre 1983 fixant le régime des bourses accordées aux étrangers boursiers du Gouvernement français ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Israël, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant congolais né le 21 juin 2000 à Brazaville (République du Congo), a sollicité le 2 février 2021 la délivrance d'un titre de séjour mention " étudiant ". Par décision du 3 mars 2021 le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par arrêté n° 21/BC/017 du 28 janvier 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du lendemain, le préfet de Seine-et-Marne a donné à M. D B, directeur de l'immigration et de l'intégration, délégation aux fins de signer les décisions litigieuses. Si le caractère contradictoire de la procédure fait en principe obstacle à ce que le juge se fonde sur des pièces qui n'auraient pas été préalablement communiquées à chacune des parties, le tribunal peut toutefois en l'espèce se fonder régulièrement sur l'arrêté précité, bien qu'il n'ait ni été produit par la défense, ni été communiqué aux parties, dès lors qu'il s'agit d'un acte réglementaire et régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et librement accessible et consultable, notamment sur son site internet. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision litigieuse du préfet de Seine-et-Marne comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est suffisamment motivés même si elle ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. C entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'avant de prendre la décision contesté, le préfet de Seine-et-Marne s'est livré à un examen circonstancié de la situation de M. C à l'aune des informations portées à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet de la situation de l'intéressée doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " I. La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention "étudiant" () / Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application des dispositions du présent article, en particulier en ce qui concerne les ressources exigées () ". Aux termes de l'article R. 313-7 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " I. Pour l'application du I de l'article L. 313-7, l'étranger qui demande la carte de séjour portant la mention "étudiant" ou "étudiant-programme de mobilité" doit présenter, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 313-1, les pièces suivantes : / 1° La justification qu'il dispose de moyens d'existence, correspondant au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 31 décembre 2002 modifiant et complétant l'arrêté du 27 décembre 1983 fixant le régime des bourses accordées aux étrangers boursiers du Gouvernement français : " Le montant de l'allocation d'entretien prévue à l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 1983 susvisé est fixé à 615 euros par mois ".

7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C en qualité d'étudiant, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'il ne disposait pas de moyens d'existence suffisants. Le requérant soutient quant à lui que son oncle et sa tante, qui résident en France, d'une part, assurent son hébergement, sa nourriture et ses frais annexes à titre gratuit, d'autre part, lui versent mensuellement des sommes pour un total de 615 euros. A cet égard, l'intéressé produit une attestation de prise en charge, non chiffrée, de sa tante en date du 24 février 2021, un document émanant de l'établissement bancaire de son oncle, en date du 26 février 2021, portant modification d'un ordre de virement permanent indiquant que la prochaine échéance mensuelle de 300 euros interviendra le 13 mars 2021, ainsi qu'une pièce de même nature émise par la banque de sa tante faisant état d'un virement mensuel permanent de 315 euros à compter du 15 février 2021. Par ailleurs, M. C produit ses relevés bancaires sur la période du 22 avril au 22 octobre 2021 qui font mentions de deux virements mensuels de ses oncle et tante pour des montants de 300 euros et 315 euros. Toutefois, ces pièces, dont au demeurant certaines sont postérieures à la décision attaquée, ne permettent pas, à elles seules, de garantir l'effectivité de virements réguliers en faveur du requérant, notamment au regard des revenus limités déclarés par l'oncle et la tante du requérant à l'administration fiscale et non contestés par celui-ci. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne a pu, pour ce seul motif, tiré de l'insuffisance des ressources de l'intéressé, et sans commettre d'erreur de droit, de fait ou d'appréciation, refuser de délivrer à M. C un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

Le rapporteur,

D. Israël

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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