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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110057

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110057

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCP NICOLAY - DE LANOUVELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 novembre 2021 et 21 mars 2022, M. A B, représenté par Me Cittadini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté non daté par lequel le maire de la commune de Maisons-Alfort a prononcé sa révocation et sa radiation des cadres du personnel communal à compter du 1er mai 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Maisons-Alfort la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les faits ayant motivé la sanction en litige ne sont ni matériellement établis, ni de nature à justifier une sanction ;

- la sanction qui lui est infligée est disproportionnée par rapport aux faits reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2022, la commune de Maisons-Alfort, représentée par la SCP Nicolaÿ-de Lanouvelle-Hannotin, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 20 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mentfakh, conseillère,

- et les conclusions de Mme Barruel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté, à compter du 17 janvier 2011, au sein de la commune de Maisons-Alfort, pour exercer les fonctions d'agent cantonnier auprès de la division voirie des services techniques, d'abord, en qualité d'agent contractuel, puis, à compter du 1er juin 2012, en tant que fonctionnaire titularisé dans le grade d'adjoint technique territorial de deuxième classe. Lui reprochant des manquements récurrents tenant à son comportement et à sa manière de servir et ce, en dépit de plusieurs sanctions disciplinaires prises à son encontre, par un arrêté non daté, notifié le 19 avril 2021, dont M. B demande l'annulation, le maire de la commune de Maisons-Alfort a prononcé sa révocation et sa radiation des cadres du personnel communal à compter du 1er mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa version applicable au litige et sa rédaction alors en vigueur : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité (). / Il appartient à tout chef de service de veiller au respect de ces principes dans les services placés sous son autorité. Tout chef de service peut préciser, après avis des représentants du personnel, les principes déontologiques applicables aux agents placés sous son autorité, en les adaptant aux missions du service ". L'article 28 de la même loi, dans sa rédaction alors en vigueur, dispose : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique () ". Aux termes de l'article 29 de la même loi, dans sa version applicable au litige et sa rédaction alors en vigueur : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". L'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige et sa rédaction alors en vigueur, dispose : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () / Quatrième groupe : () la révocation () ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. En premier lieu, le maire de la commune de Maisons-Alfort a révoqué M. B de l'exercice de ses fonctions pour le sanctionner d'avoir, durant la période de 2017 à 2020, manqué de manière répétée à ses obligations d'obéissance hiérarchique, de conscience professionnelle et à son devoir d'assurer un service public de qualité en n'ayant pas exécuté ou partiellement exécuté les missions qui lui incombaient, fait preuve d'un manque d'assiduité et d'investissement dans l'exercice de ses fonctions, notamment le 24 mai 2018 où il a été surpris faisant une sieste à même le sol durant son temps de travail à la vue des riverains, pas respecté ses heures de pauses, été absent sans présenter ou tardivement de justificatifs et, enfin, systématiquement nié les faits sans toutefois présenter d'éléments probants pour les contester. Or, l'autorité territoriale s'est notamment fondée sur les faits recueillis par les membres du conseil de discipline du centre interdépartemental de gestion, repris dans son avis émis le 5 février 2021 à la majorité de ses membres. En particulier, il en résulte que M. B n'a pas justifié ses absences, ou l'a fait tardivement, notamment les 23 août 2017, 2 novembre 2017, 3 novembre 2017 et 13 août 2018 et n'a pas repris ses fonctions après ses congés en août 2019. Si le requérant conteste les faits qui lui sont reprochés en soutenant notamment qu'ils ne sont pas suffisamment caractérisés et que ses absences avaient été justifiées, il n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la réalité des manquements reprochés, à l'exception d'une déclaration de main courante en date du 3 mars 2020 pour indiquer que le 24 mai 2018, il ne faisait pas une sieste, mais avait fait un malaise. A supposer établie cette circonstance, pour autant, le requérant ne contredit pas l'ensemble des autres griefs qui lui ont été reprochés et corroborés par les éléments nombreux, précis et circonstanciés contenus dans l'avis du conseil de discipline précité. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'est pas entaché d'une inexactitude matérielle des faits.

5. En deuxième lieu, les faits reprochés à M. B, dont la matérialité est établie, ainsi que cela vient d'être dit, caractérisent des manquements répétés à ses obligations de dignité et d'obéissance hiérarchique et dont il ressort des pièces du dossier qu'ils ont contribué, non seulement à perturber le fonctionnement du service de la voirie, mais également, par les diverses plaintes de riverains adressées à la collectivité territoriale, à dégrader l'image de cette dernière. Le certificat médical du médecin de prévention établi le 11 mars 2020, versé aux débats, attestant avoir effectué un bilan de santé et adressé un courrier à son médecin traitant " pour une prise en charge ", n'est pas de nature à établir qu'il était d'une pathologie de nature à faire obstacle à ce qu'il soit regardé comme responsable de ses actes. En outre, le médecin de prévention, dont il est constant qu'il l'avait consulté au cours de la mise en œuvre de la procédure disciplinaire et, précisément, postérieurement à la séance du conseil de discipline, n'a émis, à la suite du bilan médical effectué, aucune remarque particulière au sujet d'un lien éventuel entre l'état de santé de l'intéressé et les comportements reprochés. Au contraire, il résulte des termes mêmes de ce certificat médical que le médecin l'a averti des risques disciplinaires auxquels il s'exposait. Dans ces conditions, il n'est pas établi que les faits reprochés à l'intéressé s'expliqueraient par son état de santé et qu'il aurait été considéré comme irresponsable de ses actes au moment des faits. Ainsi, les faits reprochés constituent une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

6. En dernier lieu, eu égard à la nature des faits reprochés à M. B, à leur répétition en dépit de plusieurs procédures disciplinaires précédemment engagées à l'encontre du requérant, à la méconnaissance qu'ils traduisent, de sa part, de ses devoirs de dignité et des manquements graves à son obligation d'obéissance hiérarchique et de servir liés à une attitude irrespectueuse et dégradante portant ainsi atteinte au bon fonctionnement du service de la voirie et à l'image de la commune de Maisons-Alfort, l'autorité disciplinaire n'a pas, en l'espèce, pris une sanction disproportionnée en prononçant à son encontre une révocation. Par suite, le moyen tiré de la disproportion de la sanction prononcée doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté par lequel le maire de la commune de Maisons-Alfort a prononcé sa révocation et sa radiation des cadres du personnel communal à compter du 1er mai 2021.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Maisons-Alfort, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme dont M. B demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant le versement à la commune de Maisons-Alfort de la somme sollicitée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Maisons-Alfort au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Maisons-Alfort et à Me Cittadini.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Mentfakh, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

L. MENTFAKH

La présidente,

M. C

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. TRÉMOUREUX

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