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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110482

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110482

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMEKARBECH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021, Mme A C B, représentée par Me Mekarbech, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 14 octobre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter de la date à laquelle leur bénéfice a été interrompu, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 400 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle n'a pas été précédée d'un entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait le principe de dignité de la personne humaine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, dès lors notamment qu'elle est enceinte ;

- les dispositions des articles L. 744-7, L. 744-8 et D. 744-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas compatibles avec les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33 ;

- l'administration ne démontre pas qu'elle a bénéficié de la protection internationale par les autorités grecques.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante somalienne née en 1998, a sollicité le bénéfice de l'asile en France le 3 août 2021, et a accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Par une décision du 14 octobre 2021, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a mis fin à son profit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en dissimulant le fait qu'elle avait déjà obtenu la protection internationale en Grèce. Par la présente requête, Mme C B demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 19 janvier 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Il résulte de ces dispositions que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené préalablement à la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil.

4. Il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'elle l'a elle-même certifié en réponse à l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, Mme C B a bénéficié, dans une langue qu'elle comprend, d'un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité le 3 août 2021, lors de l'enregistrement de sa demande au guichet unique des demandeurs d'asile, au cours duquel elle a déclaré être hébergée et ne souffrir d'aucun problème de santé. Par suite, et alors que l'intéressée n'établit pas avoir apporté d'éléments nouveaux relatifs à sa vulnérabilité, notamment en justifiant qu'elle était enceinte, elle ne saurait utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien avant l'édiction de la décision mettant fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile.

5. En deuxième lieu, aux termes du 3° de l'art L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C B s'est vu accorder la protection internationale par les autorité grecques le 30 janvier 2021. Par suite, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur de fait, en estimant que l'intéressée n'avait pas fourni toutes les informations utiles à l'instruction de sa demande et en mettant fin, en conséquence, au bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avait été antérieurement accordé.

7. En troisième lieu, l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil () prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 () prend en compte la vulnérabilité du demandeur.

8. Si Mme C B soutient que l'OFII n'a pas tenu compte sa situation de vulnérabilité dès lors qu'elle était enceinte de quelques semaines à la date de la décision contestée, ce seul élément ne caractérise pas, à lui seul, une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées, alors qu'il n'est par ailleurs pas contesté que la requérante n'avait pas justifié de la réalité de sa grossesse auprès de l'Office à la date de la décision attaquée et qu'elle n'est pas isolée sur le territoire français, où elle a rejoint son conjoint qui percevait l'allocation pour demandeur d'asile et disposait d'un hébergement. Par suite, Mme C B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.

9. En quatrième lieu, aux termes du 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE : " 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. ".

10. Si Mme C B se prévaut de sa grossesse, ce seul élément ne révèle pas, alors que l'intéressée n'en avait pas justifié la réalité auprès de l'Office à la date de la décision attaquée et qu'elle n'allègue pas être dépourvue de logement et d'accès à des denrées alimentaires, une vulnérabilité telle que la décision porterait atteinte au principe de la dignité humaine protégé par les dispositions précitées.

11. En cinquième lieu, la requérante soutient que les articles L. 744-7, L. 744-8 et D. 744-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, sont incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013. Ce moyen est toutefois inopérant dès lors que ces dispositions n'ont pas été appliquées en l'espèce. En tout état de cause, à supposer le moyen dirigé contre les dispositions de l'article L. 551-16 du même code dont il a été fait application, il résulte de ces dispositions qu'en cas de situation justifiant qu'il soit mis fin aux conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, l'OFII peut y procéder totalement ou partiellement, en tenant compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. Par suite, Mme C B n'est pas fondée à soutenir que ces dispositions méconnaissent les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 en ce qu'elles permettent à l'autorité administrative de retirer à un demandeur d'asile, à titre de sanction, le bénéfice de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil, sans que ne soit garanti son accès à un niveau de vie digne.

12. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation n'est, au vu de ce qui précède, pas établie.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande de substitution de base légale sollicitée en défense, que Mme C B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2021. Il convient également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de Mme C B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B, à Me Mekarbech et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

M. D

La présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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