lundi 12 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2110484 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | ROUSSEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 novembre 2021 et 3 mars 2023,
Mme B A, représentée par Me Rousseau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle la directrice adjointe du Grand hôpital de l'Est francilien l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 15 septembre 2021, dans l'attente de régulariser sa situation afin de répondre à l'obligation vaccinale ;
2°) d'enjoindre au Grand hôpital de l'Est francilien de la rétablir dans ses droits, dans un délai de cinq jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard en lui versant sa rémunération à compter du 15 septembre 2021, en prenant en compte la période d'absence du service à compter de cette date comme une période de travail effectif au titre de ses droits à congés payés, de son ancienneté et de son avancement ;
3°) de mettre à la charge du Grand hôpital de l'Est francilien la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 12 et 14 de la loi du 5 août 2021 ; l'obligation vaccinale ne concerne que les seuls agents qui exercent effectivement leurs fonctions au sein des services des établissements mentionnées à l'article 12 de la loi du 5 août 2021 ; les agents placés en congés maladie, détachés dans un autre établissement ou en disponibilité, ne sont pas soumis à l'obligation vaccinale ; un agent placé en congé de maladie ne peut se voir appliquer les dispositions des articles 12 et 14 de la loi du 5 août 2021 que lorsque son état de santé lui permet de reprendre son service ; un certificat de vaccination ne saurait lui être demandé avant la reprise du travail ; or, elle est absente du service en raison de l'arrêt de travail dont elle a fait l'objet, à effet du 11 septembre 2021 ; les dispositions des articles 12 et 14 de la loi du 5 août 2021 ne s'appliquent à un agent public que lorsque son état de santé lui permet de reprendre son activité professionnelle et, en aucun cas, avant son retour dans le service ; le juge des référés du Conseil d'Etat a retenu que la suspension d'un agent public qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question ; la mesure litigieuse méconnaît les dispositions statutaires relatives au droit de tout agent public d'être placé en arrêt maladie et de percevoir son traitement durant cette période ainsi que le droit à avancement ; un certificat de vaccination ne saurait légalement lui être demandé avant toute reprise de son service, de la même façon que le suspension ne peut prendre effet qu'au terme de son congé maladie ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 15 du décret du 19 avril 1988 dès lors que l'administration ne pouvait se substituer au médecin contrôleur pour apprécier le bien-fondé de son arrêt maladie ;
- elle est constitutive d'une discrimination liée à son état de santé.
La requête a été communiquée au Grand hôpital de l'Est francilien qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 29 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 avril 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonneau-Mathelot,
- les conclusions de Mme Letort , rapporteure publique,
- et les observations de Me Rousseau, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A exerce en qualité d'aide-soignante au sein du
Grand hôpital de l'Est francilien (GHEF). Par une décision du 15 septembre 2021, la directrice adjointe du GHEF l'a suspendue de ses fonctions, à compter du 15 septembre 2021, dans l'attente de régulariser sa situation afin de répondre à l'obligation vaccinale. Elle était, par ailleurs, informée qu'à compter du 15 septembre 2021, elle ne percevrait plus aucune rémunération. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision du 15 septembre 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée du 15 septembre 2021 qu'elle a été signée par Mme C en sa qualité de directrice adjointe du GHEF. Toutefois, le GHEF, à qui la requête de Mme A a été communiquée, n'a produit aucune observation en défense et ne justifie pas d'une délégation de signature consentie à Mme C pour signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 15 septembre 2021 doit être accueilli.
3. D'autre part, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, dans sa rédaction alors applicable : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique (). / II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. Il précise les différents schémas vaccinaux et, pour chacun d'entre eux, le nombre de doses requises. / Ce décret fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les personnes mentionnées au même I et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d'identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis. Il détermine également les éléments permettant d'établir le résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 et le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19 ". Aux termes de l'article 13 de cette loi : " I - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. / (). / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. / () ". Et aux termes de l'article 14 de la même loi : " I. - (). / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / (). / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. / () ".
4. Il résulte des dispositions des articles 12 et 14 de la loi du 5 août 2021 précitées au point 3. du présent jugement que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
5. En l'espèce, par une décision du 15 septembre 2021, la directrice adjointe du GHEF a suspendu sans traitement Mme A de ses fonctions à compter du 15 septembre 2021 pour défaut de présentation d'un justificatif de sa vaccination contre la Covid-19. Or, il est constant qu'à cette date, Mme A était placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service depuis le 10 septembre 2021. Par suite, la décision de suspension prise à l'encontre de Mme A ne pouvait être d'effet immédiat et devait voir son entrée en vigueur différée au terme de son congé.
6. Il résulte de ce tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision contestée du 15 septembre 2021 par laquelle la directrice adjointe du GHEF a suspendu Mme A de ses fonctions sans traitement à compter du 15septembre 2021, dans l'attente de régulariser sa situation afin de répondre à l'obligation vaccinale, doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Le présent jugement, qui annule la décision attaquée du 15 septembre 2021 implique nécessairement que l'administration prenne une nouvelle décision rétablissant Mme A dans ses droits à rémunération, pour la période courant du 15 septembre 2021 au terme de son congé pour invalidité temporaire imputable au service, assimile la période d'absence du service de l'intéressée à compter de cette même date à une période de travail effectif pour la détermination de la durée de ses congés payés ainsi que pour ses droits acquis au titre de son ancienneté, et prenne en compte cette même période au titre de son avancement, dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHEF la somme de 1 500 euros que Mme A demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 15 septembre 2021 par laquelle la directrice adjointe du
Grand hôpital de l'Est francilien a suspendu Mme A de ses fonctions, sans traitement, à compter du 15 septembre 2021, dans l'attente de régulariser sa situation afin de répondre à l'obligation vaccinale, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au Grand hôpital de l'Est francilien de prendre une nouvelle décision rétablissant la rémunération de Mme A, pour la période courant du 15 septembre 2021 au terme de son congé, d'assimiler la période d'absence du service de l'intéressé à compter de cette même date à une période de travail effectif pour la détermination de la durée de ses congés payés ainsi que pour ses droits acquis au titre de son ancienneté, et de prendre en compte cette même période au titre de son avancement, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 4 : Le Grand hôpital de l'Est francilien versera à Mme A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au
Grand hôpital de l'Est francilien.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.
La présidente-rapporteure,
S. BONNEAU-MATHELOT
L'assesseure la plus ancienne,
J. RECHARDLa greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026