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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110780

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110780

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantZANATTA - FELTESSE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 novembre 2021 et 22 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Zanatta, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande tendant au renouvellement de sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de renouveler sa carte de résident dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux et personnalisé ;

- est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été précédé pour avis de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- est fondé sur des faits matériellement inexacts et est entaché d'erreur de droit en le regardant comme sollicitant pour la première fois un titre de séjour ;

- est dépourvu de base légale en se fondant sur l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que ces dispositions ne permettent pas d'opposer la menace à l'ordre public que représente le comportement d'un étranger qui demande le renouvellement de sa carte de résident ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier de ces dispositions ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfète du Val-de-Marne, à qui la présente procédure a été communiquée, n'a pas présenté d'observations.

Par une ordonnance du 20 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacote,

- et les observations de Me Zanatta, représentant M. A, requérant présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant angolais né le 23 janvier 1983, est entré sur le territoire français le 1er janvier 1995. Il a sollicité auprès de la préfecture du Val-de-Marne le renouvellement de sa carte de résident. Par un arrêté du 28 octobre 2021, la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande et lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle d'une validité de vingt-quatre mois. Par sa requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021/656 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne du même jour et qui n'avait pas à être visé dans l'arrêté contesté, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à Mme Mireille Larrède, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles, () et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne " à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. Par ailleurs, si le caractère contradictoire de la procédure fait en principe obstacle à ce que le juge se fonde sur des pièces qui n'auraient pas été préalablement communiquées à chacune des parties, le tribunal peut toutefois en l'espèce se fonder régulièrement sur l'arrêté précité du 1er mars 2021, bien qu'il n'ait ni été produit par la défense, ni été communiqué aux parties, dès lors qu'il s'agit d'un acte réglementaire et régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne et qu'il est librement accessible et consultable, notamment sur le site Internet de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".

4. La décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, dès lors, suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de renouveler la carte de résident de M. A, la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

7. A défaut de préciser le fondement sur lequel il estimerait que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté et alors que les pièces du dossier ne permettent pas de déterminer qu'il était en possession d'une carte de résident dont le refus de renouvellement rendait obligatoire la saisine préalable de cette commission, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit ". En outre, l'article R. 431-5 de ce code dispose que " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ". L'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionne en son 5°, les cartes de résident.

9. Il résulte de ces dispositions qu'une demande de renouvellement de carte de résident doit être présentée avant l'expiration de cette carte.

10. Il est constant que M. A a sollicité seulement le 23 juillet 2021 le renouvellement de sa carte de résident arrivée à expiration le 19 septembre 2020. Par suite, cette demande doit être regardée, non comme un renouvellement, mais comme une demande nécessitant d'être examinée au regard des textes et principes applicables à une première délivrance de carte de résident. Le requérant ne peut dès lors utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. A se prévaut du fait que ce retard est dû à la circonstance que le consulat général de l'Angola était fermé pendant de longues périodes à raison de la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid 19 et qu'il n'a pu faire renouveler son passeport dans les délais, il ne l'établit pas et il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait été dans l'impossibilité matérielle de demander le renouvellement de son titre de séjour avant l'expiration de sa validité. En outre, la circonstance qu'il réside depuis vingt-sept ans sur le territoire français est sans influence. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté est fondé sur des faits matériellement inexacts et est entaché d'erreur de droit doivent être écartés.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

12. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 10 du présent jugement que, pour porter son appréciation sur la demande de titre de séjour de l'intéressé, la préfète du Val-de-Marne pouvait légalement prendre en compte le comportement de M. A au regard de l'ordre public conformément aux dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux premières demandes de délivrance d'une carte de résident. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est dépourvue de base légale doit être écarté.

13. En septième lieu, il est constant que M. A a fait l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Créteil le 1er décembre 2016 à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 15 août 2016. Eu égard à la gravité et au caractère récent de ces faits et en dépit de leur caractère isolé, la préfète du Val-de-Marne a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 432-1 précité, ni commettre d'erreur d'appréciation, considérer que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public.

14. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le refus de renouvellement de la carte de résident de M. A est accompagné de la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle d'une validité de vingt-quatre mois. Par suite, alors qu'il n'a pas été mis fin à son droit au séjour sur le territoire français, M. A ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de sa carte de résident et lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle d'une validité de vingt-quatre mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le rapporteur,

J.-N. LACOTE

La présidente,

C. LEDAMOISEL

La greffière,

H. BOURDAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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