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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110909

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110909

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110909
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFAUVEAU IVANOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2021 sous le n° 2110909, M. B A, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 octobre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance et de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter du 8 octobre 2021, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut de réexaminer sa situation ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de

1 500 euros à Me Fauveau Ivanovic au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- sa vulnérabilité n'a pas été évaluée ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne justifie pas qu'il bénéficierait d'une protection effective en Italie, dès lors qu'il n'a jamais exposé ses craintes dans ce pays et n'y est resté que quinze jours ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II°) Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2021 sous le n° 2111074, M. B A, représenté par Me Kwemo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 1er octobre 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de

2 000 euros à Me Kwemo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la vulnérabilité du requérant n'a pas été prise en compte par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête, à titre principal comme étant irrecevable, à titre subsidiaire comme étant infondée.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 22 décembre 2021 et du 19 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Lalande, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est un ressortissant afghan, né en 1997. Il a présenté une demande d'asile le 5 octobre 2020. Les conditions matérielles dont il bénéficiait ont été suspendues le

26 novembre 2020 au motif qu'il avait dissimulé le fait qu'il bénéficiait d'une protection internationale en Italie, dès lors qu'il y a avait demandé l'asile en 2018 et que les autorités de Lecce lui avaient délivré un titre de séjour valide jusqu'au 2 mai 2021 au titre de la protection subsidiaire. En 2021, M. A a présenté une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par la requête n° 2111074, M. A demande d'annuler la décision implicite lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, l'OFII ayant pris le 8 octobre 2021 une décision expresse refusant de rétablir les conditions matérielles d'accueil, cette décision doit être regardée comme ayant retiré, en cours d'instance, la décision implicite contestée. Ce retrait étant définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision implicite, qui ont perdu leur objet. En revanche, les moyens et conclusions de la requête doivent désormais être regardés comme étant dirigés contre la décision du 8 octobre 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2110909 et n° 2111074 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, dès lors, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 22 décembre 2021 et du 19 janvier 2022. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 susvisée : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur (). 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. () ". Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

5. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'OFII de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues, en application des articles L. 551-15 et suivants du même code, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

6. En premier lieu, la décision contestée vise les articles L. 551-16 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que le requérant n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, dès lors qu'à l'enregistrement de sa demande, il a dissimulé le fait qu'il avait déjà obtenu la protection internationale en Italie, et que les motifs avancés au soutien de la demande de rétablissement des conditions matérielles ne justifient pas les raisons pour lesquelles le requérant n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge. Ainsi rédigée, la décision contestée est suffisamment motivée, et le moyen tiré de son absence de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de la décision attaquée, que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rappelé les éléments relatifs à ses besoins, et à sa situation personnelle et familiale. Le requérant, qui a été reçu lors du dépôt de sa demande d'asile, puis lors du dépôt de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, a pu faire valoir les éléments relatifs à sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen de sa vulnérabilité doit être écarté. En outre, les éléments produits ne permettent de conclure à l'existence d'une erreur d'appréciation quant à la vulnérabilité du requérant, alors notamment qu'il a fait l'objet de deux évaluations de vulnérabilité, qui n'ont pas mis en lumière d'éléments particuliers de vulnérabilité.

8. En troisième lieu, M. A soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne justifie pas qu'il bénéficierait d'une protection effective en Italie, alors qu'il n'a jamais exposé ses craintes dans ce pays et n'y est resté que quinze jours. Toutefois, d'une part, il n'est pas contesté que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu au requérant par une décision du 26 novembre 2020 au motif qu'il avait dissimulé l'obtention en Italie d'une protection internationale. D'autre part, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit, dans le cadre de la présente instance, un document par lequel les autorités de Lecce ont délivré au requérant un titre de séjour valide jusqu'au 2 mai 2021 au titre de la protection subsidiaire. Enfin, alors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que le rétablissement des conditions matérielles d'accueil n'est, même à la suite de l'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale, aucunement de plein droit, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu légalement considérer que M. A, qui était alors âgé de 24 ans, et qui se borne à produire un document relatif aux conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Italie, ne démontrait pas être dans une situation justifiant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil en France. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des requêtes de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire présentées par M. A.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil au requérant.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

D. LALANDE L'assesseur le plus ancien,

M. DUMAS

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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