vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2111112 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MOULOUADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Moulouade, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de Me Moulouade, une somme de
1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
La décision portant refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- ont été prises par une autorité incompétente ;
- ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, l'avis de l'OFII n'ayant pas été transmis ;
La décision portant refus de séjour :
- est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen dès lors que le préfet aurait dû apprécier la situation du requérant au regard des dispositions de l'article L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2021, le préfet de
Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'ordonnance n° 2020-560 du 13 mai 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère,
- et les observations de Me Moulouade, avocate de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 15 mai 1970 et se maintenant irrégulièrement en France, a sollicité le 14 juin 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté, en date du 3 novembre 2021 dont M. A demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 21/BC/072 du 19 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation de signature à M. Cyrille Le Vély, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer notamment la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code des relations entre le public et l'administration : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".
4. Contrairement à ce que soutient M. A, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité préfectorale de joindre à la décision de refus de titre de séjour dont la délivrance a été sollicitée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'avis émis au préalable par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Au demeurant, l'administration a produit, en cours d'instance, une copie de l'avis, visé par l'arrêté attaqué, rendu le 22 octobre 2021, qui a été communiquée à la requérante dans le cadre de l'instruction. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été édictée au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
6. Il ressort des termes de son avis du 22 octobre 2021, sur lequel s'est notamment fondé le préfet de Seine-et-Marne, que le collège de médecins de l'OFII a considéré que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. M. A soutient qu'il souffre d'une hépatite B chronique active, pathologie nécessitant un suivi médical régulier, produit divers certificats médicaux récents justifiant de la réalité de sa pathologie, de la prise d'un traitement médicamenteux depuis octobre 2018 et de la nécessité d'en assurer un suivi régulier et une surveillance rapprochée, et fait valoir qu'il n'aura pas accès en Côte d'Ivoire à un traitement effectif dès lors que son salaire de pompiste ne le lui permet pas. Toutefois, les documents mentionnés dans la requête, à savoir une publication scientifique de l'institut de recherche pour le développement datant de 2015, ainsi qu'un extrait d'une étude du 8 mars 2021 sur l'accès aux antiviraux en Afrique, ne suffisent pas à établir que M. A ne pourrait pas avoir effectivement accès, dans son pays d'origine, à la prise en charge médicale que nécessite son état de santé. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point 5.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes du I de l'article de l'ordonnance
n° 2020-306 du 25 mars 2020, dans sa version issue de l'ordonnance n° 2020-560 du
13 mai 2020 : " Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. ". Aux termes de
l'article 2 de cette même ordonnance : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de
deux mois. ".
8. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. M. A soutient avoir déposé le 9 juin 2020 une demande de titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale, reçue le même jour par les services préfectoraux. Compte tenu de la prolongation des délais de recours échus pendant la période correspondant à l'état d'urgence sanitaire en exécution des dispositions précitées de l'ordonnance du 25 mars 2020, soit jusqu'au 24 juin 2020, le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet dans un délai de deux mois, à compter du 9 août 2020, décision dont le requérant n'établit ni même n'allègue avoir demander l'annulation. En outre, il ressort de l'accusé de dépôt de sa demande de titre de séjour du 14 juin 2021, que M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le seul fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne n'était pas tenu d'instruire sa demande au regard d'autres dispositions, et notamment des articles L. 435-1 et L. 423-23 du même code, qui ne constituaient pas le fondement de celle-ci. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation et n'est pas davantage fondé à se prévaloir utilement des dispositions de l'article L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la délégation de signature mentionnée au point 2 donnait compétence à la signataire de l'arrêté attaqué pour prendre l'obligation de quitter le territoire français en litige.
10. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'OFII sur lequel s'est fondé le préfet de Seine-et-Marne pour prendre la décision de refus de titre de séjour ne peut utilement être invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas été prise sur ce fondement.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Si M. A soutient qu'il réside en France auprès de sa mère, atteinte d'handicap et nécessitant une aide quotidienne qu'il lui apporte, il ne démontre pas que ses frères et sœurs présents en France ne pourraient pas s'occuper de leur mère. Par ailleurs, il est constant que M. A est célibataire et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 47 ans. Dans ces conditions, en dépit de la circonstance que l'intéressé justifie avoir exercé plusieurs emplois en France depuis l'année 2017, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français en litige a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne ait fait une appréciation manifestement erronée des conséquences qu'emporte l'obligation de quitter le territoire français en litige sur la situation personnelle et familiale de M. A.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Moulouade et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Aurore Perrin, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
La rapporteure,
A. PerrinLe président,
T. Gallaud
La greffière,
O. Dusautois
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026