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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111123

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111123

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantPOUILHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2021, M. B C, M. A C et Mme D C, représentés par Me Tasciyan, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 29 mai 2021 par laquelle le conseil municipal a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Férolles-Attilly ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Férolles-Attilly une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 2121-10 et L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'il appartient à la commune de Férolles-Attilly d'apporter la preuve de la convocation régulière des conseillers municipaux au moins trois jours francs avant la séance du conseil municipal ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 153-19 du code de l'urbanisme et L. 123-15 du code de l'environnement dès lors que le rapport du commissaire enquêteur doit contenir un examen de toutes les observations recueillies durant l'enquête publique et que ses conclusions doivent être motivées ;

- le rapport de présentation du plan local d'urbanisme est insuffisant dès lors qu'il n'explique pas le changement de classement de leurs parcelles, ni ne justifie le classement en zone AUa du secteur des Grimpériaux en méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme ;

- le classement en zone agricole des parcelles leur appartenant méconnaît les dispositions de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elles sont situées à proximité d'une vaste zone résidentielle dont l'ouverture à l'urbanisation n'aurait aucune conséquence sur la faune ou la flore ;

- le classement en zone AUa des parcelles cadastrées section B n° 769 et n° 761 situées dans le secteur des Grimpériaux méconnaît l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'ouverture à l'urbanisation de cette zone n'a pas été véritablement étudiée par les documents du plan local d'urbanisme, qu'il s'agit d'une zone excentrée, classée en espace boisé et potentiellement humide.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2022, la commune de Férolles-Attilly, représentée par Me Pouilhe, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une lettre du 30 juin 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 15 juillet 2022.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 31 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dutour, conseillère,

- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tasciyan, représentant les requérants, et de Me Pouilhe, représentant la commune de Férolles-Attilly.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 29 mai 2021, le conseil municipal de Férolles-Attilly a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune. Par un courrier du 3 août 2021, M. B C, M. A C et Mme D C, en leur qualité de propriétaires de parcelles situées sur le territoire de la commune de Férolles-Attilly, ont formé un recours gracieux à l'encontre de cette délibération, rejeté par une décision implicite du maire de Férolles-Attilly. Par la présente instance, ils demandent l'annulation de la délibération du 29 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. " Aux termes de l'article L. 2121-11 de ce même code : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion () ".

3. Les requérants soutiennent que les conseillers municipaux ont été irrégulièrement convoqués. Toutefois, il ressort des termes de la délibération du 29 mai 2021 qu'une convocation leur a été adressée le 21 mai 2021, soit six jours francs avant la séance du conseil municipal. Contrairement à ce qu'ils soutiennent et à défaut de toute précision apportée par eux, les mentions de la délibération font foi jusqu'à preuve du contraire. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération en litige méconnaîtrait les dispositions des articles L. 2121-10 et L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales doit être écarté dans toutes ses branches.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire ". Aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. Si ce délai ne peut être respecté, un délai supplémentaire peut être accordé à la demande du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête par l'autorité compétente pour organiser l'enquête, après avis du responsable du projet. / Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage () ". Aux termes de l'article R. 123-19 du même code : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions et contre-propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans un document séparé, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet ". Il résulte de ces dispositions que, si celles-ci n'imposent pas au commissaire enquêteur de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, elles l'obligent à indiquer, en livrant ses conclusions, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.

5. Si les requérants font grief au rapport du commissaire enquêteur de ne pas contenir un examen de toutes les observations recueillies durant l'enquête publique et de ne pas être suffisamment motivé, le commissaire enquêteur n'est toutefois pas tenu de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête. En outre, il ressort des pièces du dossier que le commissaire enquêteur, qui a recensé et analysé en les regroupant par thèmes toutes les observations présentées, a réalisé une synthèse des observations et a donné son avis. Par ailleurs, il a détaillé les raisons l'amenant, au regard du déroulement de l'enquête et des caractéristiques du projet, à émettre un avis favorable assorti de réserves et de recommandations. Les requérants ne sont, par suite, pas fondés à soutenir que les conclusions du commissaire enquêteur ne contiendraient pas un examen de toutes les observations recueillies durant l'enquête publique et seraient insuffisamment motivées.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / () ".

7. Les requérants soutiennent que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme de la commune ne justifie pas le changement de classement de leurs parcelles et le classement en zone AUa du secteur des Grimpériaux. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les parcelles dont les requérants sont propriétaires dans le secteur de l'Orme Maroto, anciennement classées en zone AUb et désormais classées en zone A, sont situées dans la plaine agricole de la commune entre les Clos et le bourg de Férolles-Attilly. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme expose les motifs de ce changement de classement en indiquant notamment que l'accroissement démographique attendu ne s'est pas réalisé et en rappelant l'objectif de modération de consommation de l'espace fixé par le projet d'aménagement et de développement durables. D'autre part, le rapport de présentation du plan local d'urbanisme mentionne à plusieurs reprises le traitement des zones humides potentielles dont fait notamment partie le secteur des Grimpériaux nouvellement classé en zone AUa. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation du plan local d'urbanisme doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

10. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées section A n° 1 et n° 2 appartenant aux requérants étaient déjà classées en zone A par le plan local d'urbanisme antérieur. Les parcelles cadastrées section B n° 22 et A n° 7, n° 8, n° 15 et n° 119 étaient toutes partiellement classées en zone AUb par le plan local d'urbanisme antérieur dès lors que ce terrain avait été identifié dans le cadre d'une orientation d'aménagement et de programmation pour créer un ensemble de 400 logements en raison de l'évolution démographique de la commune. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'évolution démographique attendue n'a pas eu lieu et qu'après l'enquête publique, le nouveau plan local d'urbanisme a identifié ces parcelles comme relevant plutôt du secteur visant à pérenniser l'activité agricole. Il ressort des pièces du dossier qu'elles se situent au nord-est de la commune dans la plaine agricole et sont toujours exploitées. Les requérants, qui se bornent à soutenir que leurs parcelles sont situées à proximité d'une vaste zone résidentielle dont l'ouverture à l'urbanisation n'aurait aucune conséquence pour la faune ou la flore, ne produisent à l'appui leurs allégations qu'une carte du schéma directeur de la région Île-de-France qui ne classerait pas leurs parcelles en espace agricole. En outre, le classement des parcelles litigieuses en zone A est cohérent avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables qui prévoit de " préserver l'espace agricole " trame jaune ", élément paysager garant de la pérennisation de l'activité agricole de la commune ". Par suite, les moyens tirés de l'existence d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-20 de ce code : " Les zones à urbaniser sont dites " zones AU ". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs destinés à être ouverts à l'urbanisation. / Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone et que des orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement en ont défini les conditions d'aménagement et d'équipement, les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par les orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement. / Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU n'ont pas une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, son ouverture à l'urbanisation est subordonnée à une modification ou à une révision du plan local d'urbanisme comportant notamment les orientations d'aménagement et de programmation de la zone ".

12. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et ne sont pas non plus tenus, pour fixer le zonage, de respecter les limites des propriétés. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

13. Les requérants soutiennent que les incidences de l'ouverture à l'urbanisation des parcelles cadastrées section B n° 769 et 761 situées dans le secteur des Grimpériaux n'ont pas été étudiées dans les différents documents composant le plan local d'urbanisme, alors qu'il s'agit d'un secteur excentré, situé en espace boisé classé et en zone humide. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et des constatations opérées au point 7 du présent jugement que ces parcelles étaient déjà classées en zone AUa par le plan local d'urbanisme antérieur, que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme et le projet d'aménagement et de développement durables exposent le souhait de la commune d'étendre l'urbanisation du bourg de Férolles-Attilly avec notamment la réalisation d'un projet de 33 logements et mentionnent le traitement des zones humides potentielles dont ce secteur fait partie. En outre, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, il est constant que les parcelles cadastrées section B n° 769 et 761 ne se situent pas en zone d'espace boisé et que cette zone n'est pas excentrée mais au contraire se situe dans la continuité du bourg de Férolles-Attilly. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Férolles-Attilly, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais liés à l'instance. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge solidaire de ces derniers une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Férolles-Attilly et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts C est rejetée.

Article 2 : Les consorts C verseront solidairement à la commune de Férolles-Attilly la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à M. A C, à Mme D C et à la commune de Férolles-Attilly.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Dutour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La rapporteure,

L. DUTOURLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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