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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111961

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111961

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 novembre 2021 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a suspendu son permis de conduire pour une durée de 6 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui restituer son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le degré de gravité de l'infraction reprochée consistant en un excès de vitesse n'est pas de nature à créer par elle-même une situation d'urgence ; le recours à la procédure contradictoire ne serait pas de nature à compromettre l'ordre public ; le recours à la procédure d'urgence prévue par l'article L.224-2 du code de la route après la remise d'un avis de rétention de son permis de conduire ne saurait le priver d'une procédure contradictoire telle que prévue à l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration ; aucun élément venant s'ajouter aux faits reprochés n'est de nature à établir l'impossibilité de respecter la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la nature des examens médicaux auxquels il doit se soumettre est insuffisamment précisée en méconnaissance de l'article R.221-13 du code de la route ;

- les informations sur l'homologation et le nom de l'organisme ayant procédé à la vérification du cinémomètre n'ont pas été précisées en méconnaissance des articles L.224-1 et L.224-2 du code de la route et du décret n°2001-387 du 3 mai 2001 ; dans ces conditions, le cinémomètre utilisé n'a pas été vérifié.

Par mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que ;

- les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, de l'article R. 221-13 du code de la route et de l'absence de mention des dates de vérification et du laboratoire ayant homologué le cinémomètre sont inopérants ;

- le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en droit et en fait.

Par une ordonnance du 1er avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er août 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bonneau-Mathelot a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui a, le 5 novembre 2021, commis une infraction au code de la route caractérisée par un dépassement de 40 kilomètres par heure ou plus de la vitesse maximale autorisée, a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire. Eu égard au danger grave et immédiat qu'a représenté M. A en infraction pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même, la validité de son permis de conduite a été suspendu pour une durée de six mois par un arrêté n° 21/3864 du préfet de Seine-et-Marne du 8 novembre 2021. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Les mesures prises sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route sont au nombre des mesures de police qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

3. L'arrêté contesté vise le code de la route et notamment son article L. 224-2. Il rappelle que M. A a fait l'objet d'un procès-verbal pour avoir commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, qu'une mesure de rétention du permis de conduire du requérant a été prise, que les vérifications prévues à l'article R. 413-1 du code de la route ont révélé un dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée et indique que le requérant constitue un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même. Il suit de là que l'arrêté litigieux, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est motivé.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.- Le représentant de l'État dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique ; / (). / II.- La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas d'accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, de refus d'obtempérer commis dans les conditions prévues à l'article L. 233-1-1, de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2. / () ".

5. D'autre part, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, (), sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 de ce code énonce que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () ".

6. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article

L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les soixante-douze heures de la rétention du permis de conduire et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur dont la vitesse excessive a été établie retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de la procédure contradictoire préalable.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a, le 5 novembre 2021, à 16 h 40, commis une infraction au code de la route caractérisée par un dépassement de 40 kilomètres par heure ou plus de la vitesse maximale autorisée en roulant à 154 kilomètres par heure sur une portion limitée à 90 kilomètres par heure. Cette circonstance était de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même. Ainsi, M. A entrait bien dans le champ d'application des dispositions précitées au point 5. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable, inopérant, doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : / 1° Tout conducteur ou accompagnateur d'un élève conducteur auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles

L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; / 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction du droit de conduire ; / 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus ".

9. Pour contester la légalité de l'arrêté en litige prononçant la suspension de son permis de conduire en raison de l'infraction commise le 5 novembre 2021, M. A ne peut utilement invoquer l'insuffisance des indications sur la nature des examens médicaux auxquels il doit se soumettre sur le fondement de l'article R. 221-13 du code de la route. Un tel moyen ne serait en effet opérant que pour contester un éventuel refus de restitution du permis au terme de cette période. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R.221-13 du code de la route doit être écarté comme inopérant.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L.224-2 du code de la route :

" I. - Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () ; / 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km / h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ; / () ".. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que soit portées sur l'arrêté portant suspension du permis de conduire les mentions permettant d'identifier l'appareil de contrôle utilisé pour constater l'infraction reprochée au contrevenant. Dès lors, la circonstance que l'avis de rétention du permis de conduire ne mentionne pas les références de l'appareil de contrôle utilisé est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 novembre 2021 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de

M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction qu'il a présentées doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au

préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.

La magistrate désignée,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2111961

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