jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2111992 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | FAUVEAU IVANOVIC |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n° 2108738, par une requête, enregistrée le 25 septembre 2021, M. C, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin en totalité à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter du 29 juillet 2021, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente décision et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil, Me Fauveau Ivanovic, d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- son droit à l'information a été méconnu dès lors qu'il n'a pas été informé par écrit et dans une langue qu'il comprend des motifs pour lesquels il pourrait être mis fin aux conditions matérielles d'accueil ;
- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors, d'une part, que l'OFII n'a pas pris en compte la circonstance selon laquelle il était hébergé et, d'autre part, que sa vulnérabilité n'a pas été évaluée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a pas refusé de proposition d'hébergement et que sa situation particulière, ses capacités d'hébergement et ses besoins n'ont pas été pris en compte.
Par une ordonnance du 11 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 mai 2022 à 12 heures.
Un mémoire en défense, présenté par l'OFII, a été enregistré le 1er septembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Par un courrier du 14 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors que, eu égard au motif retenu relatif à un refus de proposition d'hébergement, la décision contestée ne pouvait légalement être fondée sur les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles visent notamment les hypothèses où le demandeur d'asile quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été effectivement admis ou ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile.
Par un mémoire, enregistré le 18 septembre 2023, l'OFII a présenté des observations sur ce moyen susceptible d'être relevé d'office en soutenant notamment que celui-ci n'était pas fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2021.
II. Sous le n° 2111992, par une requête, enregistrée le 26 décembre 2021, M. C, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin en totalité à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter du 17 novembre 2021, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente décision et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil, Me Fauveau Ivanovic, d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors, d'une part, que l'OFII n'a pas pris en compte la circonstance selon laquelle il était hébergé et, d'autre part, que sa vulnérabilité n'a pas été évaluée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'OFII ne pouvait lui retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en application des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors, d'une part, que sa situation particulière, ses capacités d'hébergement et ses besoins n'ont pas été pris en compte et, d'autre part, que son refus de proposition d'hébergement ne peut lui être opposé en ce qu'il n'avait pas été valablement informé des conséquences d'un tel refus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la décision en litige est suffisamment motivée ;
- elle n'est pas entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de M. A, eu égard en particulier à la prise en compte de sa situation de vulnérabilité ;
- l'intéressé a régulièrement été informé des conséquences d'un refus de proposition d'hébergement ;
- la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur de droit dès lors que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait légalement lui être retiré en application de l'article
L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'en refusant une proposition d'hébergement, l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile ;
- il sollicite subsidiairement une substitution de base légale en ce qu'il pouvait valablement fonder une telle décision de cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur les dispositions de l'article L. 551-15 du code précité, lesquelles sont issues d'une recodification à droit constant de l'article L. 744-7 du même code dans sa version antérieure, et qu'une telle substitution ne prive le requérant d'aucune garantie essentielle ;
- il n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- à supposer même que la décision litigieuse doive faire l'objet d'une annulation, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été rétabli, pour l'exécution de l'ordonnance du juge des référés du 13 janvier 2022, à compter du mois de janvier 2022 et jusqu'au terme du mois qui a suivi la notification de la décision par laquelle la cour nationale du droit d'asile a reconnu à M. A la qualité de réfugié, de sorte que les conclusions à fin d'injonction ne sauraient porter que sur la période du 17 novembre 2021 au 31 décembre 2021.
Par un courrier du 14 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de ce que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 17 novembre 2021 présentées par M. A sont dépourvues d'objet, eu égard à l'intervention d'un jugement dans l'instance n° 2108738 relative à une décision du 29 juillet 2021 suspendue par une ordonnance du juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dès lors que la décision du
17 novembre 2021, prise pour l'exécution de ladite ordonnance du juge des référés, revêt un caractère provisoire et ne produit des effets que jusqu'à l'intervention de la décision des juges du fond dans le cadre de la première instance.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2022.
Vu :
- l'ordonnance n° 2108722 du 14 octobre 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Melun ;
- l'ordonnance n° 2111976 du 13 janvier 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Melun ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 septembre 2023 à 11h30 :
- le rapport de Mme Bousnane, rapporteure,
- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant afghan né le 4 mars 1999 à Nangarhar (Afghanistan), est entré en France afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a été enregistrée en procédure normale le 10 juin 2021. L'intéressé a accepté, le même jour, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 29 juillet 2021, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié la cessation de ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il aurait refusé une proposition d'hébergement le 16 juin 2021. Par une ordonnance n° 2108722 du 14 octobre 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Melun, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a, d'une part, ordonné la suspension de l'exécution de cette décision et, d'autre part, enjoint à l'OFII de réexaminer la situation de M. A. Par une décision du 17 novembre 2021, prise pour l'exécution de cette ordonnance, la directrice territoriale de l'OFII a de nouveau notifié à l'intéressé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il aurait refusé une proposition d'hébergement le 2 juillet 2021. Par une ordonnance n° 2111976 du 13 janvier 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Melun, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a, d'une part, ordonné la suspension de l'exécution de cette décision et, d'autre part, enjoint à l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. A. Par deux requêtes n° 2108738 et 2111992, enregistrées respectivement les 25 septembre et 26 décembre 2021, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions des 29 juillet et 17 novembre 2021 portant cessation de son bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2108738 et 2111992, présentent à juger, à titre principal, de la légalité de deux décisions portant cessation des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. A. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 29 juillet 2021 :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () ". L'article L. 551-16 du même code dispose : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants :1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; 4° Il a dissimulé ses ressources financières ;
5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. () ". Il résulte de ces dispositions, qui précisent les cas dans lesquelles les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées ou retirées, que l'octroi des aides matérielles aux demandeurs d'asile est subordonné à l'acceptation d'une offre d'hébergement dans un lieu déterminé.
4. D'autre part, les dispositions de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui définissent les missions de l'OFII, prévoient que " L'Office français de l'immigration et de l'intégration est () chargé, sur l'ensemble du territoire, du service public de l'accueil des étrangers titulaires, pour la première fois, d'un titre les autorisant à séjourner durablement en France. () Il a également pour mission de participer à toutes actions administratives, sanitaires et sociales relatives : () 2° A l'accueil des demandeurs d'asile et à la gestion de l'allocation pour demandeur d'asile () ".
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que pour prononcer la cessation des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. A, le directeur territorial de l'OFII s'est fondé, d'une part, sur les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, sur la circonstance selon laquelle l'intéressé aurait refusé une proposition d'hébergement le 16 juin 2021. Toutefois, un tel motif ne figure pas au nombre des cas dans lesquelles les conditions matérielles d'accueil peuvent être retirées sur le fondement dudit article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, si l'OFII fait valoir qu'une telle décision entrait dans le champ d'application du 3° dudit article L. 551-16, dès lors qu'en refusant une proposition d'hébergement alors qu'il s'était engagé à y accéder lors de son acceptation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, M. A n'aurait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Il résulte des dispositions rappelées au point précédent que l'OFII ne saurait être qualifié d'autorité chargée de l'asile au sens de l'article L. 551-16 du code précité, de sorte que le directeur territorial de l'OFII ne pouvait, sans méconnaître le champ d'application de la loi, fonder sa décision sur ces dispositions. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que, bien qu'il ait fait l'objet d'une proposition d'hébergement, M. A aurait été effectivement admis dans un lieu d'hébergement, de sorte que la décision en litige ne pouvait, en tout état de cause, être fondée sur le 2° de l'article L. 551-16.
6. Il résulte de ce qui précède que le directeur territorial a entaché d'une méconnaissance du champ d'application de la loi la décision du 29 juillet 2021 par laquelle il a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. A. Il y a lieu, dès lors, d'en prononcer l'annulation.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 17 novembre 2021 :
S'agissant du non-lieu à statuer :
7. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".
8. Si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires. Il en résulte notamment que, lorsque le juge des référés a prononcé la suspension d'une décision administrative et qu'il n'a pas été mis fin à cette suspension, soit par l'aboutissement d'une voie de recours, soit dans les conditions prévues à l'article L. 521-4 du code de justice administrative, soit par l'intervention d'une décision au fond, il incombe à l'administration, sur injonction du juge des référés ou lorsqu'elle est saisie par la personne intéressée en ce sens, de procéder au réexamen de sa situation.
9. Une décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé.
10. Il en est notamment ainsi lorsque l'administration décide, à l'issue du réexamen faisant suite à la décision de suspension d'une décision défavorable prise par le juge des référés, de prendre une décision favorable. Eu égard à son caractère provisoire, une telle décision peut être remise en cause par l'autorité administrative. Elle peut ainsi être retirée à la suite du jugement rendu au principal sur le recours pour excès de pouvoir formé contre la décision initialement défavorable sous réserve que les motifs de ce jugement ne fassent pas par eux-mêmes obstacle à ce que l'administration reprenne une décision défavorable, et que le retrait intervienne dans un délai raisonnable à compter de la date où le jugement a été notifié à l'administration.
11. Il en va de même lorsque l'administration décide, à l'issue du réexamen faisant suite à la décision de suspension de la décision défavorable prise par le juge des référés, de prendre à nouveau une décision défavorable. Il appartient alors à la personne intéressée qui entend contester la nouvelle décision de respecter le délai de recours contentieux prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative.
12. Il résulte de ce qui précède que, dans tous les cas, le jugement rendu au principal sur le recours pour excès de pouvoir formé contre la décision initiale est, par lui-même, sans incidence sur le maintien en vigueur de la nouvelle décision prise après réexamen, qu'elle soit favorable ou défavorable. Cette nouvelle décision ne saurait être regardée, à raison de son seul caractère provisoire, comme retirée de plein droit de l'ordonnancement juridique à la date où a été rendu un tel jugement. Par conséquent, l'annulation de la première décision par un jugement devenu irrévocable, ou statuant également sur une requête tendant à l'annulation de la seconde décision, ne prive pas d'objet les conclusions en annulation de ladite seconde décision.
13. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision du 17 novembre 2021 a été prise pour l'exécution de l'ordonnance n° 2111976 du 13 janvier 2022 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Melun, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a notamment ordonné la suspension de l'exécution de la décision du 29 juillet 2021 jusqu'à l'intervention des juges du fond. D'autre part, par le présent jugement, ladite décision du 29 juillet 2021 est annulée. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'intervention d'un tel jugement n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 novembre 2021 présentées par M. A.
S'agissant des conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 novembre 2021 :
14. M. A soutient notamment que la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'OFII ne pouvait lui retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en application des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. D'une part, il ressort des pièces du dossier que pour prononcer la cessation des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. A, le directeur territorial de l'OFII s'est fondé, d'une part, sur les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, sur la circonstance selon laquelle l'intéressé aurait refusé une proposition d'hébergement le 2 juillet 2021. Toutefois, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, cette décision est entachée d'une méconnaissance du champ d'application de la loi.
16. D'autre part, l'OFII sollicite une substitution de base légale en faisant valoir qu'une telle décision de cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait valablement être fondée sur les dispositions de l'article L. 551-15 du code précité, lesquelles sont issues d'une recodification à droit constant de l'article L. 744-7 du même code dans sa version antérieure, et que cette substitution ne prive le requérant d'aucune garantie essentielle. Il résulte toutefois desdites dispositions de l'article L. 551-15 que celles-ci prévoient uniquement les hypothèses dans lesquels l'octroi des aides matérielles aux demandeurs d'asile peut être totalement ou partiellement refusé. Dans ces conditions, si le 2° de ces dispositions subordonne à l'acceptation d'une proposition d'hébergement dans un lieu déterminé l'attribution initiale du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, elles ne sauraient légalement servir de fondement à une décision portant retrait dudit bénéfice une fois celui-ci octroyé.
17. Il résulte de ce qui précède que la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A est entachée d'une méconnaissance du champ d'application de la loi. Il y a donc lieu d'en prononcer l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, le rétablissement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile de M. A à compter du mois d'août 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction, d'une part, que l'OFII a rétabli le versement de cette allocation à M. A à compter du mois de janvier 2022 jusqu'au moins de novembre 2022, d'autre part, que la Cour nationale du droit d'asile a reconnu la qualité de réfugié à M. A par une décision du 4 octobre 2022 qui lui a été notifiée le 11 octobre suivant, de sorte que le bénéfice de l'allocation a pris fin au terme du mois de novembre 2022, conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, il y seulement lieu d'enjoindre à l'OFII de verser à M. A l'allocation pour demandeur d'asile due au titre des mois d'août, septembre, octobre, novembre et de
décembre 2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII, dans chaque instance, une somme de 1 000 euros à verser à Me Fauveau Ivanovic, avocate de M. A, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 29 juillet 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A est annulée.
Article 2 : La décision du 17 novembre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de verser à M. A l'allocation pour demandeur d'asile due au titre des mois d'août, septembre, octobre, novembre et de décembre 2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera dans chacune des
deux instances à Me Fauveau Ivanovic, avocate de M. A, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Fauveau Ivanovic, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La rapporteure
L. Bousnane
Le président
X. Pottier
La greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2108738
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026