jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2111995 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | KANZA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 décembre 2021 et le 5 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Kanza, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- l'acte est entaché d'un défaut de motivation ;
- l'acte est entaché d'une erreur de droit, la préfète ayant examiné à tort la demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que la demande était fondée sur l'article L. 423-1 ;
- la préfète a commis une erreur de fait en indiquant la menace à l'ordre public et l'absence d'atteinte disproportionné au droit de mener une vie privée et familiale ;
- la préfète a commis une erreur d'appréciation, car il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- l'acte est entaché d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;
- l'acte porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale prévue par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée est illégale eu égard à ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision doit être annulée par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- Il risque des traitements inhumains et dégradants dans son pays de destination ;
- Cette décision doit être annulée par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée à la Préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 6 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juillet 2023 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. Rehman-Fawcett a été entendu, en son rapport, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 21 août 1989 à Yopougon Abidjan (Côte d'Ivoire) déclare être entré en France le 3 avril 2019. M. A a obtenu la délivrance d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français valable du 15 juillet 2020 au 14 juillet 2021. Le 6 juillet 2021, il a sollicité sur le même fondement, le renouvellement de son titre de séjour avec délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle. Le 16 novembre 2021, il a été convoqué devant la commission du titre de séjour, qui a émis un avis favorable à sa demande. Par des décisions du 13 décembre 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé son pays de destination. M. A demande au tribunal l'annulation des décisions du 13 décembre 2021.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaitre le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.
3. Par un arrêté du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation de signature à Mme Mireille Larrede, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté contesté, aux fins de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant sur la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision de refus de séjour en litige ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant refus de titre de séjour de M. A, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressée, comporte l'indication des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de titre de séjour, notamment au regard de la situation personnelle et familiale du requérant. Elle mentionne notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 sur lesquelles elle se fonde. En particulier, pour refuser de délivrer à l'intéressé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'il ne justifiait pas d'une intégration professionnelle suffisante et de la menace qu'il représentait pour l'ordre public. Ainsi, alors que l'autorité administrative n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant et que la motivation de la décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, la décision contestée est motivée en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de son article L. 432-2 : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations. () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".Pour refuser de renouveler la carte de séjour temporaire de M. A et lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", la préfète du Val-de-Marne s'est fondé sur le motif tiré de ce que la présence de M. A en France constituerait une menace pour l'ordre public du fait de condamnations pénales prononcées , le 21 février 2018 par le Tribunal correctionnel de Paris à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vols aggravé, ensuite le 20 avril 2018 par le tribunal de grande instance de Paris à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol, enfin le 28 janvier 2019 par le président du tribunal de grande instance de Paris à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol. Ces différentes condamnations présentent un caractère réitéré et une gradation dans leur gravité, de plus ils ont été commis régulièrement dans des véhicules affectés au transport collectif de voyageurs. Dans ces conditions, la préfète du Val de Marne pouvait sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que ces condamnations étaient à de nature à établir que la présence de M. A en France constituait une menace à l'ordre public. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Par ailleurs, si M. A se prévaut de son intégration professionnelle et familiale, il ressort toutefois des pièces du dossier, qu'il démontre une intégration professionnelle insuffisante, en versant à la procédure uniquement ses bulletins de paie du 31 décembre 2020 et du 31 octobre 2021 ainsi que des attestations nominatives de présence à la formation civique du contrat d'intégration républicaine, auquel il a participé pendant quatre jours de formation civique. Ces éléments sont insuffisants pour établir la réalité d'une intégration professionnelle. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant est le conjoint d'une ressortissante française il ne verse aucun élément susceptible d'établir l'existence d'une vie commune, hormis un justificatif d'abonnement TotalEnergies. Dès lors, compte tenu des circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. La décision en date du 13 décembre 2021 portant retrait d'un titre de séjour au profit du requérant étant légale, celui-ci n'est pas fondé à contester par la voie de l'exception d'illégalité la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. M. A soutient que la décision fixant son pays de destination méconnaîtrait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, dès lors ce moyen doit être écarté.
12. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les décisions portant retrait de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, M. A ne saurait se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de son éloignement.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la Préfecture du Val-de-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ghaleh-Marzban, présidente,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Rehman-Fawcett, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
Le rapporteur,
C. REHMAN-FAWCETT
La présidente,
S. GHALEH-MARZBAN La greffière,
Y. SADLI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026