jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2200476 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | FAUVEAU IVANOVIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil l'a autorisé à se maintenir dans son lieu d'hébergement jusqu'au 1er octobre 2021 ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui assurer un hébergement, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation personnelle et ses droits ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière, en l'absence de toute vérification par l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la notification régulière de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides rejetant sa demande d'asile ;
- elle est entachée de " vices de procédure " ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration, à qui la requête a été communiquée le 28 février 2022, n'a pas produit d'observations.
Par ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2022 à 12 h 00.
Un mémoire en défense présenté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été enregistré le 24 mai 2023 et n'a pas été communiqué.
M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Delon.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant bangladais né le 27 avril 1990, entré sur le territoire français en 2019, a déposé une demande d'asile auprès de l'Office de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 20 novembre 2020 et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil, notamment un lieu d'hébergement, le 26 novembre suivant. A la suite de la décision du directeur de l'OFPRA du 24 août 2022, rejetant sa demande d'asile, par décision du 17 novembre 2021, dont M. B demande l'annulation, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a décidé de le maintenir dans son lieu d'hébergement au plus tard jusqu'au 1er octobre 2021.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à bénéficier de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La Cour nationale du droit d'asile () statue sur les recours formés contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (). / A peine d'irrecevabilité, ces recours doivent être exercés dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision de l'office () ". Aux termes de l'article L. 531-22 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides notifie par écrit sa décision au demandeur d'asile, par tout moyen garantissant la confidentialité et la réception personnelle de cette notification. Toute décision de rejet est motivée en fait et en droit et précise les voies et délais de recours. Aucune décision ne peut naître du silence gardé par l'office ". Aux termes de l'article R. 531-20 du même code : " La preuve de la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut être apportée par tout moyen ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 552-14 du même code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ". Aux termes de l'article R. 531-17 du même code : " La décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides comporte la mention des nom, prénom, qualité et service d'appartenance de son auteur. / () Toutefois, la décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides est notifiée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception lorsque le demandeur établit qu'il n'est pas en mesure d'accéder au procédé électronique ou lorsque la demande est déposée dans un département qui ne figure pas sur la liste des départements dans lesquels ce procédé est mis en place. Cette liste est établie par arrêté du ministre chargé de l'asile. L'office peut également ne pas recourir à ce procédé notamment pour des motifs liés à la situation personnelle du demandeur ou à sa vulnérabilité () ".
5. Il résulte des termes de la décision attaquée que, pour décider de la fin de l'hébergement M. B au 1er octobre 2021, la directrice territoriale de l'OFII de Créteil s'est fondée sur le caractère définitif de la décision de rejet opposée par l'OFPRA à sa demande d'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier des différents courriels adressés par l'intervenante sociale pour le compte de M. C le 16 août 2021, qu'à la suite du dépôt de sa demande d'asile le 20 novembre 2020, le requérant a été reçu en entretien par l'OFPRA le 11 juin 2021. Celle-ci n'a eu connaissance de la décision attaquée que le 17 novembre 2021 sur le site de l'OFII, intimant à l'intéressé de quitter son lieu d'hébergement au plus tard le 1er octobre 2021 au motif que la décision du directeur de l'OFPRA, faute de recours devant la Cour nationale du droit d'asile dans le délai mentionné à l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avait acquis un caractère définitif. Or, M. B soutient n'avoir pas reçu notification de la décision en cause, et être ainsi en mesure de pouvoir exercer un recours auprès de la Cour. Il n'est pas contesté que son changement d'adresse a été effectué auprès des services de l'OFPRA, lequel a d'ailleurs été rappelé par l'intervenante sociale dans son courriel du 16 août 2021. En outre, si le directeur de l'OFPRA expose dans son courriel du 22 novembre 2021 que le requérant est réputé avoir reçu notification de la décision le 1er septembre 2021, il reconnaît également, par courriel du 14 décembre 2021 versé au dossier, que le pli contenant la décision de rejet de la demande d'asile de M. B est revenu à l'Office. Dans ces conditions, la décision par laquelle le directeur de l'OFPRA a rejeté le 24 août 2021 la demande d'asile de M. B ne peut être regardée comme ayant été régulièrement notifiée. Ainsi, cette décision ne revêt pas un caractère définitif, en application de l'art. L. 542-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La directrice territoriale de l'OFII ne pouvait, dès lors, légalement se fonder sur ce motif pour mettre fin, par la décision attaquée, à l'hébergement du requérant, au plus tard le 1er octobre 2021. Ainsi, cette décision est entachée d'erreur de droit et doit être annulée.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision la directrice territoriale de l'OFII de Créteil du 17 novembre 2020.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
8. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique qu'il soit fait droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par M. B, tendant à ce que l'OFII lui assure, sous réserve de changement des circonstances de droit et de fait, un hébergement, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer l'astreinte réclamée.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. () ".
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Fauveau Ivanovic, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Fauveau Ivanovic de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil du 17 novembre 2021 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'assurer à M. B, sous réserve de changement des circonstances de droit et de fait, un hébergement, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Fauveau Ivanovic une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Fauveau Ivanovic renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Fauveau Ivanovic.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Delon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 juin 2023.
La rapporteure,
E. DELON
La présidente,
M. LOPA DUFRÉNOTLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026