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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200627

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200627

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSENECHAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 janvier 2022 et le 15 mars 2023, Mme A G, représentée par Me Senechal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 novembre 2021 par lequel la préfète

du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte

de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Senechal, son conseil, de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne lui a pas été communiqué ;

- méconnaît les stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- méconnaît les stipulations du 5 du même article.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 22 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G épouse C, ressortissante algérienne se maintenant en situation irrégulière sur le territoire français a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 5 novembre 2021 dont Mme G demande au tribunal l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la signataire de l'arrêté en litige est Mme B D, sous-préfète de l'Hay les Roses et non pas Madame F E contrairement à ce que soutient la requérante. Mme D a reçu délégation de la préfète du Val-de-Marne par un arrêté n° 2021/00660 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de l'Haÿ-les-Roses à l'exception de certains actes, au nombre desquels ne figurent pas les décisions relevant de la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'impose au préfet de communiquer l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En tout état de cause, cet avis a été produit par la préfète du Val-de-Marne dans le cadre la présente instance.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7. au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays " . Si ledit accord régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf dispositions contraires expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour.

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ".

6. Pour refuser à Mme G la délivrance du certificat de résidence qu'elle avait sollicitée, la préfète du Val-de-Marne, a relevé, en se fondant sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qu'elle avait recueilli, que si l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale et que si le défaut de prise en charge médicale pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité elle pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé. La requérante soutient que son diabète de type 1 ne peut être soigné en Algérie au motif que dans son pays d'origine les médicaments et les pompes à insuline ne sont pas disponibles soit en raison de leur absence sur le marché algérien, soit en raison de leur coût ou encore de pénuries. Cependant, la transmission d'ordonnances médicales et d'articles de presse indiquant que l'Algérie ne dispose pas encore des dernières innovations thérapeutiques dans le traitement du diabète ne suffissent pas à démontrer que la requérante ne pourrait y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé et qu'elle ne serait pas en capacité financière de l'acquérir. Par suite, Mme G n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a fait une inexacte application du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

7. En quatrième lieu, le 5 de l'article 6 de ce même accord prévoit également la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence d'un an : " au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

8. Mme G soutient qu'elle est entrée en France le 20 août 2019, qu'elle a épousé le 23 octobre 2020 un ressortissant tunisien titulaire d'une carte de résident et qu'elle a fait de nombreux efforts d'intégration en France notamment par les études et le travail. Toutefois, au vu sa courte durée de présence en France et du caractère très récent de son mariage à la date de la décision attaquée et alors qu'elle n'établit, ni même n'allègue être dépourvue d'attache dans son pays d'origine qu'elle a quitté à peine deux ans auparavant et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans, la décision contestée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas ainsi les stipulations citées au point 7.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au présent litige : " I.- L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

10. Il résulte des termes mêmes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Dans la mesure où l'arrêté attaqué vise ce dernier article, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée doit être écarté.

11. En second lieu, il résulte de ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme G doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi

du 10 juillet 1991

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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