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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200640

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200640

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200640
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre DALO
Avocat requérantCHAMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 janvier 2022 et les 13 et 21 mars 2023, Mme B C, représentée par Me Chamas, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 4 050 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation, assortie des intérêts à taux légal à compter de la date de réception par la préfecture de la demande préalable et de leur capitalisation ;

2°) de condamner l'Etat à l'indemniser le préjudice moral subi en lui allouant la somme

forfaitaire de 2 000 euros ;

3°) de mettre à la charge de la préfète du Val-de-Marne la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- par une décision du 25 juin 2020, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ;

- par une ordonnance du 5 août 2021, le tribunal a enjoint à l'autorité préfectorale de lui attribuer un logement social avant le 1er novembre 2021 sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- faute pour les services préfectoraux d'avoir exécuté l'ordonnance du 5 août 2021 du tribunal administratif de Melun, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- l'intéressée a droit à l'indemnisation des préjudices subis tenant aux troubles dans ses conditions d'existence et à un préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- deux propositions de logement ont été adressées à Mme C en 2020 puis 2021, la première ayant échoué du fait de l'insuffisance des ressources de l'intéressée, la seconde ayant été rejetée en raison du caractère incohérent des pièces du dossier fourni au bailleur ;

- la requérante n'a pas renouvelé sa demande de logement social en 2022 et a été radiée du fichier des demandeurs de logement social le 16 octobre 2022 ;

- Mme C et sa famille sont désormais logés dans un logement de type T3 du parc locatif privé, situé 119 boulevard de la République à Champs-sur-Marne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil,

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A, premier vice-président, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées. :

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement de type T3, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 25 juin 2020 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l'intéressée, le tribunal administratif de Melun a, par une ordonnance du 5 août 2021, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer son relogement, conformément à la décision de la commission de médiation, avant le 1er novembre 2021. En l'absence de relogement, Mme C a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 9 novembre 2021, par la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 4 050 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement et d'exécution de l'ordonnance du tribunal administratif de Melun du 5 août 2021 et 2 000 en réparation du préjudice moral.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti, qui commence à courir, dans le Val-de-Marne, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat. Si l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, le préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué n'a pas à être indemnisé. La disproportion peut, en revanche, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.

3. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement à Mme C, de la durée de cette carence, soit vingt-et-un mois après la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois suivant la décision du 25 juin 2020 de la commission de médiation jusqu'à la radiation de l'intéressée, le 16 octobre 2022, du fichier des demandeurs de logement social, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total trois personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice moral en condamnant l'Etat à verser à la requérante une somme de 1 300 (mille trois cents) euros.

Sur les intérêts et la capitalisation :

4. La requérante a droit aux intérêts au taux légal à compter du 9 novembre 2021, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.

5. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 21 janvier 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 9 novembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts.

Sur les frais d'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme C tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une somme de 1 300 euros assortie des intérêts au taux légal calculés à partir du 9 novembre 2021. Les intérêts échus à la date du 9 novembre 2022 seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le magistrat désigné,

B. GUEVEL La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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