vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2200702 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | FAUVEAU IVANOVIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2022, M. B A, représenté par
Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 janvier 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil, en ce compris l'allocation pour demandeur d'asile (ADA), dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de
1 500 euros à Me Fauveau Ivanovic au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- il n'a pas été informé par écrit et dans une langue qu'il comprend des motifs pour lesquels il pourrait être mis fin aux conditions matérielles d'accueil ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;
- sa vulnérabilité n'a pas été évaluée ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le refus d'une proposition d'hébergement n'est pas au nombre des motifs prévus par l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a pas refusé de proposition d'hébergement, qu'il n'a jamais reçue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés en sollicitant, le cas échéant, que soit substitué au motif initialement retenu dans la décision litigieuse celui tiré de ce que les conditions matérielles d'accueil du requérant pouvaient être refusées sur les dispositions de l'article L. 551-15 du code précité, lesquelles sont issues d'une recodification à droit constant de l'article L. 744-7 du même code dans sa version antérieure, et qu'une telle substitution ne prive le requérant d'aucune garantie essentielle.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
16 février 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Lalande, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui indique être un ressortissant afghan, né le 1er janvier 1998, a présenté une demande d'asile le 29 octobre 2021, date à laquelle les conditions matérielles d'accueil lui ont été proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à laquelle il a d'une part accepté de bénéficier des conditions matérielles d'accueil, certifié avoir bénéficié d'une entretien d'évaluation de sa vulnérabilité et avoir été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil et, d'autre part, accepté une orientation vers le service de premier accueil situé à Créteil. M. A demande l'annulation de la décision du 7 janvier 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait refusé une proposition d'hébergement à Choisy faite par une notification de se présenter à un hébergement du 16 novembre 2021, M. A n'ayant pas reçu ce document.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 16 février 2022. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. " L'article
L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. /Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. " L'article L. 552-9 du même code précise que " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ainsi que les décisions de changement de lieu, sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. "
4. D'autre part, l'article L. 551-15 du même code dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 551-16, pour sa part, prévoit que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que pour prononcer la cessation des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. A, le directeur territorial de l'OFII s'est fondé, d'une part, sur les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, sur la circonstance selon laquelle l'intéressé a refusé une proposition d'hébergement. Si un tel motif ne figure pas au nombre des cas dans lesquelles les conditions matérielles d'accueil peuvent être retirées sur le fondement dudit article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, toutefois, l'Office fait valoir à bon droit que la décision pouvait être légalement prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-15 du même code, dès lors que le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur de droit doit être écarté.
7. En deuxième lieu, la décision litigieuse vise notamment l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que le requérant a refusé une proposition d'hébergement, qu'il n'a pas formulé d'observations afin de faire obstacle à la décision attaquée et qu'elle a été prise après évaluation de sa situation personnelle et familiale. Ainsi rédigée, la décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, et est suffisamment motivée.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".
9. Si M. A soutient qu'il n'a pas été informé par écrit et dans une langue qu'il comprend des motifs pour lesquels il pourrait être mis fin aux conditions matérielles d'accueil, il résulte toutefois du document relatif à l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, contresigné par le requérant, que M. A a été informé, par l'intermédiaire d'un interprète en langue pachtou, qu'il a déclarée comprendre, des motifs pour lesquels il pourrait être mis fin aux conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. Si M. A soutient que sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier, et en particulier que sa vulnérabilité n'a pas été évaluée, il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité établie le 29 octobre 2021, que la situation personnelle du requérant a fait l'objet d'un examen propre, et que, de même, sa vulnérabilité a fait l'objet d'un examen spécifique. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
11. En dernier lieu, M. A soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a pas refusé de proposition d'hébergement, qu'il n'a jamais reçue. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui avait accepté son orientation vers la structure d'accompagnement pour demandeur d'asile (SPADA) FTDA de Créteil le
29 octobre 2021, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, ne s'est pas présenté dans cette structure pendant une durée d'un mois suivant son orientation, et qu'il n'est notamment pas allé récupérer son courrier. Par suite, en considérant que M. A avait refusé la proposition d'hébergement, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et
37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Fauveau Ivanovic, et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Dumas, premier conseiller,
M. Pradalié, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
Le président-rapporteur,
D. LALANDE L'assesseur le plus ancien,
M. DUMAS
La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026