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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201318

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201318

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBEN HAMIDANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 23 février 2022, la société " Bella Vita ", représentée par Me Ben Hamidane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a ordonné la fermeture administrative de l'établissement " L'Atmosphère " qu'elle exploite au 69 avenue de Coeuilly à Champigny-sur-Marne, pour une durée de quinze jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme dont il appartiendra au tribunal de fixer le montant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors, d'une part, qu'aucune mise en demeure ni de rapport ne lui ont été notifiés et, d'autre part, que le principe du contradictoire n'a pas été respectée, faute d'avoir pu présenter des observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée et compte tenu de l'insuffisance du délai entre la prétendue mise en demeure et la notification de la décision ;

- la mesure prise à son encontre est entachée d'une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce pour être disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société " Bella Vita " ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2021-1465 du 10 novembre 2021

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duhamel,

- et les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. La société " Bella Vita " exploite au 69 avenue de Coeuilly à Champigny-sur-Marne un établissement de restauration rapide à l'enseigne " L'Atmosphère ". Après que les services de police de la direction territoriale de la sécurité de proximité du Val-de-Marne eurent, le 7 janvier 2022, constatés au sein de cet établissement l'absence de respect des consignes sanitaires liées à l'épidémie de Covid 19 et mis en demeure, le jour même, l'exploitant de respecter les obligations sanitaires s'imposant à lui, un second contrôle a été effectué le 20 janvier 2022 au cours duquel de nouvelles infractions à la règlementation sanitaire ont été relevées. Par un arrêté du 2 février 2022, la préfète du Val-de-Marne a prononcé la fermeture de l'établissement " L'Atmosphère " pour une durée de quinze jours. La société " Bella Vita " demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; () ".

3. L'arrêté attaqué se fonde sur les dispositions des articles L. 3131-1 et suivants du code de la santé publique ainsi que sur le décret du 1er juin 2021 modifié prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire. Il est motivé par le fait qu'en dépit de la mise en demeure notifiée à l'issue du contrôle effectué le 7 janvier 2022 par les services de police au cours duquel des infractions à la règlementation sanitaire avaient été constatées tenant en l'absence de port du masque de protection par quatre employés, un nouveau contrôle, réalisé le 20 janvier 2022, a mis, de nouveau, en évidence une infraction de même nature, en l'absence de port du masque de protection par un livreur. La décision attaquée de fermeture administrative est alors motivée par un objectif de santé publique afin de faire respecter les mesures imposées pour limiter la propagation du virus de la Covid-19. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté serait insuffisamment motivé manque en fait et ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, si la société requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que la mise en demeure et le rapport des forces de police ne lui ont pas été notifiés, il ressort des pièces du dossier que M. A B, se présentant comme responsable de l'établissement " L'Atmosphère ", a signé le 7 janvier 2022 le procès-verbal du même jour valant mise en demeure dressé par les services de police. Par ailleurs, la société " Bella Vita " ne saurait utilement soutenir qu'elle n'a pas été destinataire du rapport du 20 janvier 2022 établi par le chef de la circonscription de proximité de Champigny-sur-Marne dès lors que ce rapport constitue un document préparatoire et que l'arrêté contesté en reprend les éléments utiles.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ".

6. L'émergence d'un nouveau coronavirus, responsable de la maladie à coronavirus 2019 ou covid-19 et particulièrement contagieux, a été qualifiée d'urgence de santé publique de portée internationale par l'Organisation mondiale de la santé le 30 janvier 2020, puis de pandémie le 11 mars 2020. La propagation du virus sur le territoire français a conduit le ministre des solidarités et de la santé puis le Premier ministre à prendre, à compter du 4 mars 2020, des mesures de plus en plus strictes destinées à réduire les risques de contagion. Le législateur, par l'article 4 de la loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19, a déclaré l'état d'urgence sanitaire pour une durée de deux mois à compter du 24 mars 2020, puis, par l'article 1er de la loi du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions, a prorogé cet état d'urgence sanitaire jusqu'au 10 juillet 2020 inclus. Cet état d'urgence a été prorogé en dernier lieu par la loi du 10 novembre 2021 portant diverses dispositions de vigilance sanitaire jusqu'au 31 juillet 2022. Il s'ensuit que, compte tenu de cet état d'urgence sanitaire, la préfète du Val-de-Marne justifie, ainsi qu'elle le précise au demeurant dans sa décision, d'une situation d'urgence à ordonner la fermeture de l'établissement exploité sous l'enseigne " L'Atmosphère " et de circonstances exceptionnelles au sens de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration précité. Par suite, l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire n'a pas eu pour conséquence d'entacher d'irrégularité l'arrêté litigieux.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 1 du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire alors en vigueur : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance. (). ". Aux termes de l'article 40 de ce même décret alors en vigueur : " I. - Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après ne peuvent accueillir du public que dans le respect des conditions prévues au présent article () /. IV. - Portent un masque de protection : 1° Le personnel des établissements ; / 2° Les personnes accueillies de onze ans ou plus lors de leurs déplacements au sein de l'établissement. ".

8. Par ailleurs, aux termes de l'article 29 du même décret : " Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret. ". Il résulte de ces dernières dispositions que le préfet ne peut prononcer la fermeture administrative d'un établissement de manière provisoire qu'après une mise en demeure restée sans suite.

9. Il ressort des pièces du dossier que le 7 janvier 2022, à l'issue d'un contrôle des services de police, un procès-verbal valant mise en demeure a été notifié et signé par un employé de l'établissement " L'Atmosphère " se présentant comme le responsable, concernant des manquements à la réglementation sanitaire caractérisés par le non-respect de la distanciation sociale entre les clients, l'absence de port du masque de protection par le personnel, l'absence d'un dispositif de contrôle de passe sanitaire, la présence d'employés dépourvus de passe sanitaire et le déplacement des clients sans masque au sein de l'établissement. Un délai de vingt-quatre heures ouvrées, soit jusqu'au 9 janvier 2022, a alors été donné à l'exploitant pour se conformer aux obligations qui sont applicables à son établissement. Il ressort également de ces mêmes pièces que le 20 janvier 2022, un contrôle de police effectué au sein du même établissement a révélé une nouvelle infraction de même nature en l'absence, notamment, de port du masque par un livreur. Compte tenu de la gravité de la situation sanitaire liée à l'épidémie de covid-19 et du manque de rigueur dont la société " Bella Vita " a fait preuve quant à la prévention de la transmission du virus, la mesure de police contestée s'avérait nécessaire pour prévenir une nouvelle réitération de faits de même nature propices au développement du virus et n'était pas disproportionnée, compte tenu de la durée de la fermeture administrative limitée à quinze jours, au regard de l'objectif de santé publique poursuivi. Par suite, et sans que la société requérante puisse en tout état de cause utilement faire valoir les conséquences économiques qu'entrainerait la fermeture de son établissement, ni les mesures de formation professionnelle à l'hygiène qu'elle aurait mise en place à destination de ses employés, la préfète du Val-de-Marne a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, ordonner la fermeture de l'établissement de restauration rapide à l'enseigne " L'Atmosphère " pour une durée de quinze jours.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société " Bella Vita " doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société " Bella Vita " demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de la société " Bella Vita " est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société " Bella Vita " et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. C , président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

Le président,

M. CLa greffière,

M.NODIN

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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