jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201887 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FONTENEAU NATHALIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 février 2022 sous le n° 2201887, M. C E, incarcéré au centre pénitentiaire de Fresnes, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 17 février 2022 notifié le 23 par lequel la préfète du Val-de-Marne :
- l'a obligé à quitter le territoire français ;
- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- a fixé le pays de destination ;
- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans ;
- l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais irrépétibles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que :
En ce qui concerne la recevabilité de la requête :
- la notification de l'obligation de quitter le territoire français étant irrégulière, en violation des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les délais de recours ne lui sont pas opposables ; l'arrêté viole l'article L. 614-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- elle viole l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- il est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de la menace qu'il est censé représenter pour l'ordre public ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle viole l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- l'arrêté litigieux de la préfète du Val-de-Marne en date du 17 février 2022 ;
- les pièces, enregistrées le 24 février 2023, présentées pour la préfète du Val-de-Marne par Me Termeau ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. H pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 27 février 2023 en présence de Mme Darnal, greffière d'audience :
- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport et informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables en l'absence d'une telle décision ;
- les observations de Me Fonteneau, représentant M. E, requérant absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que l'obligation de quitter le territoire français qui date de plus d'un an est caduque ;
- les observations de Me Faugeras, représentant la préfète du Val-de-Marne, défendeur, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que le comportement de M. E représente une menace à l'ordre public ; de plus, sa période passée en détention se déduit de sa durée de présence alléguée en France ; en outre, s'il se prévaut de son état de santé, il ne démontre pas qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'une prise en charge de sa pathologie en Algérie ; au surplus, l'intéressé n'a jamais formulé de demande de titre de séjour pour soins ; enfin, il ne démontre aucune vie privée et familiale en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11 heures 20.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "
2. Par un arrêté en date du 17 février 2022 notifié le 23 à 10 heures 05, la préfète du Val-de-Marne a, sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. C E, ressortissant algérien né le 2 septembre 1998 à Annaba, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination , l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen (SIS). Par la requête susvisée, enregistrée le 23 février 2022, M. E demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". M. E ayant bénéficié de l'assistance d'un avocat commis d'office lors de l'audience du 27 février 2023 en la personne de Me Fonteneau, il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision alléguée de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
4. M. E demande l'annulation de la décision par laquelle la préfète l'a signalé aux fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ; toutefois, cette mesure ne constitue pas une décision mais n'est qu'une mesure d'exécution de l'interdiction de retour sur le territoire français ; par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le SIS doivent être rejetées comme irrecevables.
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
5. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 2021/663 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. B G, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, délégation pour signer notamment les décisions litigieuses en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F, cheffe de la direction des migrations et de l'intégration, et de Mme D A, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux. Il n'est en l'espèce ni établi ni même allégué que Mmes F et A n'auraient, à la date de l'arrêté attaqué, pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " ; aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
7. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. E de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le 5° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que le comportement personnel du requérant constitue une menace pour l'ordre public puisqu'il a été condamné à une peine de 18 mois d'emprisonnement pour des faits de transport, détention, offre, cession et acquisition non autorisées de produits stupéfiants, peine prenant fin le 28 février 2022. L'arrêté précise également que l'intéressé est célibataire sans charge de famille et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables. La préfète en déduit que la décision opposée au requérant ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que la présence de M. E constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément aux dispositions de l'article L. 613-2 du même code.
9. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise la nationalité de M. E, en l'espèce algérienne et indique que la décision fixant le pays de destination ne viole pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays. Ces considérations suffisent à établir une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.
10. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
11. Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de retour doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
12. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. E de retourner sur le territoire français pour une durée de 3 ans puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code, précise sa situation personnelle et familiale telle que décrite au point 7 et indique qu'il a été interpellé et condamné pour les faits mentionnés au même point. Si le requérant fait plus particulièrement valoir que la préfète n'a pas motivé son interdiction de retour en France au regard de l'ensemble des éléments propres à sa situation, en n'indiquant pas sa date d'entrée en France ni s'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, cette prise en compte n'est pas obligatoire ainsi qu'il a été dit au point précédent. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 613-2.
13. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède sur la motivation de l'arrêté litigieux ainsi que de la situation personnelle et familiale de M. E que la préfète a suffisamment examiné cette situation avant de prendre l'arrêté contesté.
En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, le conseil de M. E soutient, lors de l'audience publique du 27 février 2023, que l'obligation de quitter le territoire français, qui date de plus d'un an, est désormais caduque. Toutefois, d'une part, le conseil de M. E ne précise pas le fondement légal ou réglementaire d'un tel moyen. D'autre part, s'il résulte des articles L. 731-1 et suivants et L. 741-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur nomenclature en vigueur depuis le 1er mai 2021, que le préfet ne pouvait plus assigner à résidence le requérant ou le placer dans un centre de rétention pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 17 février 2022, soit il y a plus d'un an, il ne résulte toutefois ni de ces textes, ni d'aucun autre, que cette obligation de quitter le territoire français est caduque. En tout état de cause, un tel moyen, qui se rapporte aux conditions d'exécution de la mesure d'éloignement, est donc sans incidence sur sa légalité ; par suite, il doit être écarté comme inopérant.
15. En deuxième lieu, 19. M. E soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit en ce que la préfète ne peut tirer de sa situation pénale le fait qu'il constituerait une menace pour l'ordre public ; il fait également valoir que la mesure d'éloignement le concernant est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la menace qu'il représente pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné à une peine de 18 mois d'emprisonnement pour des faits de transport, détention, offre, cession et acquisition non autorisées de produits stupéfiants, peine prenant fin en février 2022. La lourdeur de cette condamnation, son caractère récent, la multiplicité des faits de nature pénale qui ont valu à M. E cette peine d'emprisonnement, tous ces éléments caractérisent bien de la part du requérant une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen susanalysé sera écarté comme infondé.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " M. E soulève la violation de ces stipulations ; toutefois, la date d'entrée en France du requérant n'est ni démontrée, ni même alléguée ; quoiqu'il en soit, il est de jurisprudence constante que les périodes passées en détention au titre d'une peine privative de liberté ne peuvent s'imputer dans le calcul des durées de résidence habituelle en France, soit en ce qui concerne l'intéressé 18 mois jusqu'en février 2022. De plus, il n'est pas contesté que M. E est célibataire sans enfant à charge, qu'il ne travaille pas et qu'il a été condamné à 18 mois pour des faits de transport, détention, offre, cession et acquisition non autorisées de produits stupéfiants, ce qui n'est pas la meilleure preuve d'une intégration réussie ni d'un respect des valeurs de la République. Enfin, M. E n'établit pas être isolé dans son pays d'origine. Il résulte de ce qui précède que la préfète n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et que, par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.
17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. " ; aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "
18. Si M. E se prévaut de ces dispositions en faisant valoir qu'il présente une pathologie chronique grave nécessitant un traitement qui n'est pas effectivement disponible dans son pays d'origine, les rares pièces médicales qu'il joint à sa requête n'établissent pas que l'intéressé ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement adapté à sa pathologie en Algérie, pays qui au demeurant ne s'apparente pas à un désert médical.
19. Par voie de conséquence, la préfète n'était nullement tenue de saisir le collège des médecins de l'OFII avant de prendre son arrêté du 17 février 2022.
20. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement le concernant serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
21. En sixième lieu, M. E ne saurait utilement invoquer l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français, décision qui ne fixe pas en elle-même le pays de destination.
En ce qui concerne les moyens spécifiques au refus de délai de départ volontaire :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. E n'est pas fondé à soutenir que le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire serait illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
23. En second lieu, le moyen tiré de ce que le refus de délai de départ volontaire serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation de la menace qu'il est censé représenter pour l'ordre public doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 15.
En ce qui concerne les moyens spécifiques à la décision fixant le pays de renvoi :
24. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a repris les dispositions de l'article L. 513-2 du même code dans sa nomenclature antérieure au 1er mai 2021 : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. E soulève la violation de ces dispositions et stipulations ; toutefois, il ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. Au surplus, depuis qu'il est en France, M. E n'établit pas avoir sollicité l'asile. Enfin, si l'intéressé fait valoir qu'il ne pourra bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie en Algérie, il ne l'établit pas de manière probante ainsi qu'il a été dit au point 18.
25. Pour les mêmes raisons, M. E n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché la décision fixant le pays de destination d'erreur manifeste d'appréciation des risques qu'il encourt en cas de retour forcé en Algérie.
En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'interdiction de retour sur le territoire français :
26. En premier lieu, il résulte de ce qui précède sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai que M. E n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
27. En deuxième lieu, il résulte de la situation de M. E et de sa condamnation à 18 mois d'emprisonnement pour des faits de transport, détention, offre, cession et acquisition non autorisées de produits stupéfiants que la préfète n'a pas méconnu l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à trois ans la durée d'interdiction de retour sur le territoire français.
28. Pour les mêmes raisons, la préfète n'a pas non plus entaché cette décision d'erreur manifeste d'appréciation.
29. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 24.
30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 17 février 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Signé : C. HLa greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2201887
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026