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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202050

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202050

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202050
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre DALO
Avocat requérantCHAMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 février 2022 et le 28 mars 2023, M. C A, représenté par Me Chamas demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 4 000 euros en réparation des préjudices moral et troubles dans les conditions d'existence qu'il estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation, avec les intérêts à compter de la notification de la demande préalable d'indemnisation et la capitalisation des intérêts ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de présenter son dossier aux commissions d'attribution des logements compétentes en application des dispositions de l'article L. 441-2 du code de la construction et de l'habitation, dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sur le fondement des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- par une décision du 23 mai 2019, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- l'intéressé a droit à l'indemnisation des préjudices subis ; il éprouve des troubles dans les conditions d'existence en raison de son hébergement dans la résidence " Les Cormailles " à Ivry-sur-Seine ; il ressent un préjudice moral résultant de la négation par l'administration de son droit au logement opposable.

Par un mémoire enregistré le 27 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'intéressé a reçu deux propositions de relogement en juin 2021 pour un logement de type T3 avec un loyer de 585 euros et en mars 2022 pour un logement de type T3 avec un loyer de 366 euros ; l'intéressé a été relogé le 3 novembre 2022 dans un logement de type T3 à Ivry-sur-Seine (94200) ;

- l'intéressé n'établit pas l'existence d'un préjudice moral distinct des troubles dans les conditions d'existence.

Par une lettre du 27 mars 2023, le tribunal a informé les parties de ce que le présent jugement est susceptible de se fonder sur le moyen tiré de ce que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte tendant à l'attribution d'un logement social présentées dans le présent litige indemnitaire sont irrecevables, en raison de l'existence d'une voie de recours parallèle sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et L. 778-1 et R. 778-1 du code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. B, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.

L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire à l'audience.

Une note en délibéré a été enregistrée le 30 mars 2023 pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence dans un logement de type T3, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 23 mai 2019 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. En l'absence de relogement, M. A a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 16 décembre 2021, par la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par sa requête, M. A demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.

Sur la recevabilité à fin d'injonction et d'astreinte :

2. Les conclusions de M. A tendant à ce que le tribunal enjoigne à l'Etat de présenter son dossier aux commissions d'attribution de logement des bailleurs sociaux dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte, étrangères au contentieux indemnitaire, relèvent de la voie de recours prévue par les dispositions du paragraphe I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et doivent faire l'objet d'une requête distincte en injonction assortie le cas échéant d'une astreinte. Par suite, ces conclusions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A s'est vu reconnaître le droit au logement opposable pour un logement de type T3-T4 par une décision du 23 mai 2019 par la commission de médiation du Val-de-Marne pour les motifs suivants : " logé dans un logement de transition, dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale " et " logement sur-occupé et avec personne handicapée à charge, ou avec enfant mineur à charge, ou vous êtes handicapé ". Or, si l'intéressé n'a en principe aucun droit à indemnisation, sous réserve de l'hypothèse où le logement est inadapté à ses capacités financières et ses besoins, lorsque seul le délai anormalement long a été retenu par la commission de médiation, la circonstance que M. A a été hébergé dans une structure d'hébergement lui ouvre droit à une indemnisation. En outre, la préfète du Val-de-Marne fait valoir qu'elle a présenté la candidature de l'intéressé en vue de son relogement à deux reprises. Toutefois, il ressort de l'extrait de l'application " SYPLO " versé aux débats par la préfète que s'agissant de la proposition de relogement au 2 rue Pierre Guignois à Ivry-sur-Seine (94200) la commission d'attribution des logements de la société Hlm ICF La Sablière n'a pas retenu le dossier de l'intéressé car elle a estimé que ses revenus n'étaient pas suffisants, et que s'agissant de la proposition de relogement au 21 rue J.B. Renoult à Ivry-sur-Seine la commission d'attribution des logements de l'office public d'habitat a attribué ce logement à un autre demandeur. Ainsi, ces deux propositions de relogement sont sans incidence sur l'appréciation de la carence de l'Etat à reloger M. A compte tenu de ce que l'obligation de relogement est une obligation de résultat. En revanche, il est constant que sur la présentation de la candidature de M. A à la commission d'attribution des logements de l'office public d'habitat d'Ivry-sur-Seine au titre de son quota de réservation, ce dernier s'est vu attribuer le 3 novembre 2022 un logement social de type T3 pour un loyer de 407 euros par mois. Dans ces conditions, si le requérant est fondé à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à son égard au titre de la carence fautive à le loger, la période d'engagement de cette responsabilité doit être regardée comme s'achevant le 3 novembre 2022.

5. En second lieu, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit trente-cinq mois après de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes considérées comme vivant au foyer au titre des articles L. 441-1 et L. 441-4 du code de la construction et de l'habitation pendant la période en cause, soit au total deux personnes au sens des dispositions de l'article L. 442-12 du même code, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser à M. A une somme de 1 500 (mille cinq cent) euros.

6. En second lieu, l'indemnité susceptible d'être allouée à la victime d'un dommage causé par l'administration a pour seule vocation de replacer la victime dans la situation qui aurait été la sienne si le dommage ne s'était pas produit. En l'espèce, M. A soutient qu'il a éprouvé un préjudice moral, distinct des troubles dans les conditions d'existence. Toutefois, le requérant se borne dans ses écritures à invoquer dans des termes généraux une atteinte à un droit au logement opposable que lui confère la législation applicable sans apporter le moindre élément de nature à caractériser la spécificité d'un tel préjudice au regard de sa propre situation. Par suite, un tel moyen ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat à son égard à hauteur de 1 500 (mille cinq cent) euros au titre des dommages et intérêts dont elle se prévaut.

En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation :

8. En premier lieu, M. A a droit aux intérêts au taux légal à compter du 16 décembre 2021, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.

9. En second lieu, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 25 février 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 16 décembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts.

Sur les frais d'instance :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisé.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 1 500 (mille cinq cent) euros assortie des intérêts au taux légal calculés à partir du 16 décembre 2021. Les intérêts échus à la date du 16 décembre 2022 seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêt.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Chamas, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné,

S. B La greffière,

T. JELLOULI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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