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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202591

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202591

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202591
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantZENNOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 et 30 mars 2022, M. B C, représenté par Me Zennou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, sous astreinte de 150 euros, au préfet de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir sur le fondement des dispositions des article L. 911-1 et L. 911-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il soutient que :

* En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance du II de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision a été prise sans que sa situation ait fait l'objet d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure pour avoir méconnu le droit d'être entendu préalablement ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, né le 2 février 1984 et de nationalité algérienne, est entré en France le 5 octobre 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Il a ensuite été titulaire d'un certificat de résidence algérien d'un an mention " conjoint de français " valable du 27 mai 2020 au 26 mai 2021. Le 2 août 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans en qualité de conjoint de français sur le fondement des stipulations du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté du 21 février 2022 dont M. C demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer ce certificat, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application notamment les dispositions applicables de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte également les considérations de faits qui en constituent le fondement. Elle précise notamment les conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé, sa situation matrimoniale, en particulier l'absence d'effectivité de la communauté de vie entre les époux et la plainte déposée par l'épouse du requérant contre ce dernier pour " menace de mort réitérée " ainsi que sa situation professionnelle, ses attaches dans son pays d'origine et les menaces auxquelles il serait susceptible d'être exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision contestée, qui ne consiste pas en une reproduction d'une formule stéréotypée, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne qui a fait état des principaux éléments de la situation administrative, personnelle et familiale de M. C, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à l'édiction de la décision contestée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (). Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () ".

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

6. L'autorité préfectorale peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'un accord bilatéral comme en l'espèce l'accord franco-algérien, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux. Lorsque le préfet recherche d'office si l'étranger peut bénéficier d'un titre de séjour sur un ou plusieurs autres fondements possibles, l'intéressé peut se prévaloir, à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, de la méconnaissance des dispositions au regard desquelles le préfet a également fait porter son examen. Enfin, l'étranger ne peut faire l'objet d'une mesure ordonnant sa reconduite à la frontière ou prescrivant à son égard une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque la loi ou une convention internationale prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.

7. En l'espèce, le préfet de Seine-et-Marne s'est borné à examiner la situation de M. C sur le fondement invoqué par le demandeur, en l'occurrence le a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en sa qualité de conjoint de français. Il s'est, en revanche, abstenu d'examiner si le requérant pouvait se voir délivrer un certificat de résidence algérien sur le fondement du 5) de l'article 6 du même accord. Dans ces conditions, et en l'absence pour le préfet d'avoir expressément examiné d'office la situation de M. C au regard de ces dernières stipulations, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour contester la légalité de la décision portant refus d'un titre de séjour.

8. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'arrivée de M. C sur le territoire français est récente. A la date de la décision contestée, il était en instance de divorce et sans enfant. Le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans et où son père et ses deux frères vivent. Enfin, si M. C soutient être agent de service, il ne justifie d'aucune intégration particulière en France. Par suite la décision du préfet de Seine-et-Marne refusant de lui délivrer un certificat de résidence ne méconnaît pas les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité. Elle ne méconnaît pas davantage, et pour les mêmes motifs, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III () ". L'obligation de quitter le territoire ayant été prise en raison du refus de titre de séjour, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. La motivation du refus de titre étant, ainsi qu'il a déjà été dit, suffisante, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Toutefois, en vertu de leurs termes mêmes, ces dispositions ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français faisant suite à une décision de refus de titre de séjour qui est prise en réponse à une demande formulée par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, la décision portant obligation de quitter le territoire ne porte pas une atteinte excessive au droit à la vie familiale que M. C tient des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale. Pour le même motif, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en obligeant le requérant à quitter le territoire.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B C et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. D, président,

Mme Morisset, conseillère,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

La rapporteure,

A. A

Le président,

M. DLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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