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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202735

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202735

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFONTAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés le 18 mars 2022, le 18 septembre 2022 et le 29 octobre 2022, M. B D, représenté par Me Fontaine, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a signalé son profil aux fins de non admission dans le système d'informations Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois en lui délivrant pendant cette instruction une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle, ou à défaut de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de M. D en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il demande d'écarter des débats la pièce numéro 3 produite par le préfet en défense.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

- l'arrêté en litige n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait ;

- il est entachée d'un défaut d'examen ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son insertion associative, professionnelle, de ses attaches familiales en France et sur l'absence de trouble à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office :

- La décision attaquée est illégale par la voie de l'exception d'illégalité ;

En ce qui concerne la décision de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- La décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- Elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la proportionnalité de l'atteinte à sa vie privée et familiale

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Par une décision du 19 octobre 2022, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n°87-249 du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales géré par le ministère de l'intérieur ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. C a lu son rapport, en informant en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le présent jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la mesure de signalement de son interdiction de retour sur le territoire français au système d'informations Schengen qui ne constitue pas une mesure faisant grief, en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à la fin de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant arménien né le 6 mars 1974 à Erevan (Arménie), est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 23 mai 2011. Le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 29 juin 2012, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 23 avril 2013. Le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée le 12 juillet 2018 par le préfet de Seine-et-Marne. M. D a été interpellé le 15 mars 2022 par les agents de la police municipale de Chelles pour des faits de conduite d'un véhicule contrevenant aux dispositions de l'article R. 318-1 du code de la route et d'usage d'un permis de conduire contrefait, et a été remis aux agents de la police nationale. L'intéressé a été placé en garde à vue pour des faits de faux et usage de faux dans un document administratif et conduite avec défaut de permis de conduire. Par un arrêté du 16 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Si M. D sollicite, dans le cadre de sa requête, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été prononcée par une décision du président du Bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal administratif de Melun en date du 19 octobre 2022. Dès lors ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, plus lieu de statuer dessus.

Sur la demande de retrait des débats de la pièce numéro 3 annexé au mémoire en défense :

3. Aux termes de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En vue de l'identification d'un étranger qui n'a pas justifié des pièces ou documents mentionnés à l'article L. 812-1 ou qui n'a pas présenté à l'autorité administrative compétente les documents de voyage permettant l'exécution d'une décision de refus d'entrée en France, d'une interdiction administrative du territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une mesure de reconduite à la frontière, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français ou d'une peine d'interdiction du territoire français ou qui, à défaut de ceux-ci, n'a pas communiqué les renseignements permettant cette exécution, les données des traitements automatisés des empreintes digitales mis en œuvre par le ministère de l'intérieur peuvent être consultées par les agents expressément habilités des services de ce ministère dans les conditions prévues par le règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données et par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. ".

4. Aux termes de l'article 8 du décret n° 87-249 du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales géré par le ministère de l'intérieur : " Les fonctionnaires et militaires individuellement désignés et habilités des services d'identité judiciaire de la police nationale, du service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale ainsi que des unités de recherches de la gendarmerie nationale peuvent seuls avoir accès aux données à caractère personnel et aux informations contenues dans le traitement : () 3° Pour procéder aux opérations d'identification à la demande des officiers de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale en vertu des dispositions des articles L. 611-1-1 , L. 611-3 et L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; () ".

5. Il ressort rapport de signalisation versé aux débats par le préfet en troisième pièce annexé au mémoire en défense que le fichier automatisé des empreintes digitales a été consulté le 16 mars 2022 par un fonctionnaire de la sous-direction des systèmes d'information et de la biométrie du service national de la police scientifique. Il ressort en particulier de cette pièce qu'elle indique à la fois les résultats de la consultation décadactylaire concernant M. D, l'identité du fonctionnaire ayant réalisé la consultation ainsi que le numéro de la consultation. Dans ces conditions, M. D, qui se borne à alléguer que le fonctionnaire ayant réalisé la consultation litigieuse n'était pas régulièrement habilité à procéder à une telle consultation, n'est pas fondé à demander au Tribunal d'écarter des débats la pièce numéro 3 produite par le préfet de Seine-et-Marne en défense.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. () ".

7. En premier lieu, le premier alinéa de de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". D'une part, M. D ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse dès lors que la motivation des obligations de quitter le territoire français est explicitement prévue au premier alinéa de l'article L. 613-1 précité. D'autre part, l'arrêté en litige du 16 mars 2022 du préfet de Seine-et-Marne vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, l'arrêté mentionne que M. D ne peut justifier de l'allégation selon laquelle il est entré sur le territoire français le 23 mai 2011, qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur ce territoire sans être titulaire d'un titre de séjour régulièrement délivré ou d'un récépissé de demande de délivrance d'un titre de séjour et qu'il travaille de manière illégale et irrégulière sur le territoire français en méconnaissant les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. Ainsi, l'arrêté en litige comporte les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle, familiale, professionnelle de M. D ainsi qu'à son insertion dans la société française, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision en litige. Si l'arrêté en litige indique que le requérant aurait déclaré travailler comme " pompier ", alors qu'il ressort du procès-verbal d'audition établi le 16 mars 2022 à 12h00 par un agent de la force publique que M. D a clairement indiqué qu'il était " plombier ", cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, ne suffit pas à démontrer l'absence de sérieux de l'administration dans l'analyse de sa situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté comme manquant en fait.

9. En troisième lieu, il ressort de l'arrêté en litige que pour faire obligation à M. D de quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne a retenu qu'il était entré irrégulièrement sur le territoire français en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'une part et, d'autre part, a considéré qu'il travaillait sans l'autorisation de travail prévue par les dispositions de l'article L. 5221-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en méconnaissance des dispositions du 6° de l'article L. 611-1 de ce code. En revanche, si l'arrêté en litige mentionne d'une part que l'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de faux et usage de faux documents administratif et d'autre part que M. D est défavorablement connu des services de police pour des faits de vols, stupéfiants, ces considérations ne constituent pas le fondement de la mesure d'éloignement en litige qui n'a pas été prise sur le fondement des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, point de l'article L. 611-1 qui n'est ni visé dans l'arrêté en litige ni mentionné dans ses motifs. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à M. D de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du comportement du requérant qui ne constituerait pas selon lui une menace pour l'ordre public ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

10. En quatrième lieu, d'une part, aux termes des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. D'autre part, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

12. Si, dans ses décisions des 13 mai 2003 (Cour européenne des droits de l'homme, 13 mai 2003, Chandra c. Pays Bas, n°53102/99) et 6 juillet 2006 (Cour européenne des droits de l'homme, 6 juillet 2006, Yash Priya c. Danemark, n°13594/03), la Cour a estimé que les ressortissants étrangers qui, sans se conformer aux règlements en vigueur, mettent par leur présence sur le territoire d'un État contractant les autorités de ce pays devant un fait accompli, ne peuvent d'une manière générale faire valoir une espérance légitime qu'un droit au séjour leur sera accordé, la Cour a précisé dans sa décision du 21 juin 1988 (Cour européenne des droits de l'homme, 21 juin 1988, Berrehab c. Pays-Bas, n° 10730/87,

25 à 29 ; voir également Cour européenne des droits de l'homme, 26 mars 1992, Beldjoubi c. France, n° 12083/86, § 79), que l'ingérence d'un État contractant à la Convention au droit à la vie privée et familiale d'un étranger en situation irrégulière sur son territoire, au sens des stipulations précitées, doit être justifiée par un besoin social impérieux et, notamment, proportionnée au but légitime poursuivi. Ainsi que la Cour l'a précisé (Cour européenne des droits de l'homme, grande chambre, 24 janvier 2017, Paradiso et Campanelli c/ Italie, § 181), " pour déterminer si une ingérence est "nécessaire, dans une société démocratique", il y a lieu de tenir compte du fait qu'une marge d'appréciation est laissée aux autorités nationales ", dont la décision demeure soumise aux juridictions nationales, et à la Cour si elle est saisie, compétentes pour en vérifier la conformité aux exigences de la Convention (Cour européenne des droits de l'homme, 22 avril 1997, X, Y et Z c. Royaume-Uni, Recueil 1997-II, § 41). Lorsque l'étranger de la cause a un enfant mineur sur le territoire de l'État concerné, la Cour a précisé que le point décisif consiste à savoir si le juste équilibre devant exister entre les intérêts concurrents en jeu -ceux de l'enfant, ceux des deux parents et ceux de l'ordre public- a été ménagé, dans les limites de la marge d'appréciation dont jouissent les États en la matière et donc sous le contrôle du juge, en tenant compte toutefois de ce que l'intérêt supérieur de l'enfant doit constituer la considération déterminante et, à ce titre, l'intérêt supérieur de l'enfant peut, selon sa nature et sa gravité, l'emporter sur celui des parents dont l'intérêt, notamment à bénéficier d'un contact régulier avec l'enfant, reste néanmoins un facteur dans la balance des différents intérêts en jeu (CEDH, 6 juillet 2010, Neulinger et Shuruk c. Suisse, n° 41615/07, § 134 ; CEDH, 10 avril 2012, Pontes c. Portugal, n° 19554/09, § 75). La Cour de justice de l'Union européenne a également précisé que le paragraphe 2 de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne prévoit que, dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale en sorte qu'il s'ensuit qu'une telle disposition est, elle-même, libellée en des termes larges et qu'elle s'applique à des décisions qui, telle une décision de retour adoptée contre un ressortissant d'un pays tiers, parent d'un mineur, n'ont pas pour destinataire ce mineur, mais emportent des conséquences importantes pour ce dernier, constat confirmé par le paragraphe 1 de l'article 3, de la convention internationale des droits de l'enfant, auquel se réfèrent expressément les explications relatives à l'article 24 de la Charte (CJUE, 11 mars 2021, aff. C-112/20, M. A contre État belge,

36 et 37). Il s'ensuit que le juge doit opérer une appréciation entre l'intérêt individuel du requérant au droit au respect de sa vie privée et familiale, l'intérêt général eu égard notamment aux agissements passés de l'étranger mais également de l'intérêt supérieur de l'enfant de ce dernier.

13. D'une part, M. D se prévaut de la belle réussite académique, professionnelle et sociale de ses trois filles, dont l'une est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle. Toutefois, il n'est pas établi que sa présence aux côtés des deux aînées qui sont majeures présenterait le caractère d'un soutien impérieux. Par ailleurs, étant majeures, ces dernières ne sauraient être considérées comme étant des enfants pour l'application des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. S'agissant de la troisième fille du requérant, il n'est pas établi que cette dernière, née à Verdun le 4 janvier 2013, ne pourrait pas reprendre une scolarité normale en Arménie.

14. D'autre part, M. D soutient qu'il est présent en France depuis le 23 mai 2011. Toutefois, la seule longévité de son séjour en France ne suffit pas pour établir qu'il y a fixé le centre de ses intérêts privés. M. D fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France, dès lors qu'il y est présent depuis 2011, Toutefois, M. D, né le 6 mars 1974, n'établit pas qu'il serait dépourvu de toute attache familiale ou privée dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à son départ pour la France à l'âge de 37 ans, et où il n'est pas contesté que son épouse, également ressortissante arménienne dépourvue de titre de séjour serait également admissible.

15. Enfin, M. D fait valoir qu'il travaille en France, ainsi que son épouse. Le requérant se prévaut notamment de ce qu'il a exercé plusieurs activités en qualité de monteur pour le compte de la société Klubb à Ferrière (77410) de mai 2020 à septembre 2021, puis en qualité de plombier chauffagiste pour le compte de la société Intérim N3. Il précise que sa femme exerce une activité d'aide à la personne. De plus, la requérant justifie s'être engagé dans diverses actions caritatives au sein d'une communauté religieuse à Bar le Duc (55000), dont le ministre du culte a attesté la réalité. Cependant, il ressort de son procès-verbal d'audition du 16 mars 2022 à 12h00 que le requérant reconnaît avoir été mis en cause dans une procédure de vol à Verdun le 1er juin 2012. Il ressort de ce procès-verbal que le requérant reconnait avoir été condamné dans une procédure de violence contre une personne dépositaire de l'autorité publique le 1er janvier 2014. De même, M. D reconnaît avoir été condamné pour des faits de conduite sans permis en 2018 pour lesquels il a effectué des travaux d'intérêt général à la mairie de Mitry-Mory. De plus, le requérant ne conteste pas avoir conduit le 13 mars 2022 son véhicule sous couvert d'un " permis de conduire " roumain qu'il aurait acheté sur internet et qu'il a reçu par La Poste.

16. Il résulte de ce qui vient d'être dit que, eu égard à la balance entre l'intérêt individuel du requérant au droit au respect de sa vie privée et familiale, l'intérêt supérieur de son ou de ses enfants et l'intérêt général eu égard à ses agissements passés, les éléments présentés relativement à l'existence d'une vie privée et familiale en France ne suffisent pas à contrebalancer la nécessité de protéger l'ordre public eu égard à la gravité des faits commis. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

17. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de ce que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des effets de sa décision sur la vie privée et familiale de M. D doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant fixation du pays de destination de la reconduite :

19. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. D ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

20. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du lui fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

22. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

23. L'arrêté en litige vise l'ensemble des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment celles de l'article L. 612-6 de ce code. En outre, cet arrêté indique que M. D déclare être entré en France le 23 mai 2011, qu'il déclare être marié à une ressortissante arménienne et avoir trois enfant à charge, avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 12 juillet 2018 et être défavorablement connu des services de police pour des faits de vols, des infractions en lien avec des stupéfiants et de conduite de véhicule sans permis de conduire. Ainsi, l'arrêté en litige a répondu aux exigences de motivation spéciale prescrites par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision faisant interdiction à M. D de retourner sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

24. En second lieu, en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. D, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressée. En outre, en limitant à une année la durée de l'interdiction de retour du requérant sur le territoire français le préfet de Seine-et-Marne ne peut être regardé comme ayant dans les circonstances de l'espèce commis une erreur d'appréciation compte tenu de la répétition des infractions à la conduite routière et de sa condamnation pour des faits de violence contre une personne dépositaire de l'autorité publique, de l'inexécution d'une précédent mesure d'éloignement dont il n'est pas contesté qu'elle a été régulièrement notifiée à l'intéressé, et ce, nonobstant les efforts d'insertion de M. D dans la société française et de la réussite de ses filles dans leur parcours scolaire, universitaire et professionnel. Enfin, pour ces mêmes motifs de fait, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale par la mesure d'interdiction de retourner en France pendant une année doit également être écarté.

25. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 mars 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la mesure de signalement aux fins de non admission au système d'informations Schengen :

26. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". En vertu de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour prise en application de l'article L. 613-5 sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription au fichier des personnes recherchées.

27. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou prolonge l'interdiction de retour dont cet étranger fait l'objet, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressée de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet en tant que telle d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la mesure de signalement aux fins de non admission de M. D dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

28. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet de seine et marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. D tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné,

S. CLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2202735

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