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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2203954

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2203954

jeudi 3 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2203954
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2022 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et le 21 avril 2022 au greffe du présent tribunal, complétée les 16 mai et 8 juin 2022, M. A E, représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 avril 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une date de rendez-vous lui permettant d'obtenir un récépissé de demande de carte de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet des Hauts-de-Seine) une somme de 1.000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision en cause a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est entachée insuffisamment motivée car exempte de toute appréciation de son intégration professionnelle et personnelle sur le territoire, qu'elle a été prise sans qu'il ait été entendu et sans que le dossier de police ne lui ait été communiqué, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il est en France depuis 2011, qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et que la décision prononçant une interdiction de retour est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

- la circulaire NOR INTK1229185C du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 sur les conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-l'ordonnance du président par intérim du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 21 avril 2022 transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. E au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 31 mai 2023, tenue en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Nait Mazi, substituant Me Giudicelli-Jahn, représentant M. E, requérant, qui rappelle qu'il est en France depuis plus de dix ans, ce qui est confirmé par une précédente décision de refus de séjour, qui maintient que sa situation personnelle n'a fait l'objet d'aucun examen sérieux et qui indique qu'il travaille en disposant d'un contrat de travail.

-

Le préfet des Hauts-de-Seine, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant égyptien né le 27 mai 1982 dans le gouvernorat de Dakahliya, entré en France selon ses dires avec un visa délivré par les autorités consulaires slovaques, a fait l'objet, le 20 novembre 2018, d'une décision de refus de séjour par le préfet des Hauts-de-Seine, non exécutée y compris après le rejet de sa requête par un jugement du 25 juillet 2019 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Il a été interpellé le 19 avril 2022 dans les transports publics à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) lors d'un contrôle de police. Ne pouvant justifier de la régularité de son séjour, il a été placé en retenue administrative. Il a déclaré lors de son audition ne pas comprendre la langue française, résider à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), 32 rue Chevreul, travailler comme maçon pour la société " Delta Deco Design " d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), et ne pas avoir l'intention de quitter le territoire français. Par un arrêté du 19 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a donc prononcé à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d'une interdiction de retour de deux ans. Par une requête enregistrée le 20 avril 2022 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. E a demandé l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;

2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme D B, cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui bénéficiait d'une délégation de signature à cette fin, en vertu d'un arrêté n° PCI N° 2022-016 du 10 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué, dans l'ensemble de ses dispositions, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

5. L'arrêté contesté du 19 avril 2022 du préfet des Hauts-de-Seine mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il contient, et notamment que l'intéressé, qui ne pouvait justifier de son entrée régulière sur le territoire français, avait déjà fait l'objet d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, et donc qu'il avait méconnu les dispositions du 3°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que la décision prise ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige, en toutes ses décisions, doit être écarté.

6. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise sans que le requérant ait été en mesure de présenter ses observations en méconnaissance des dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ne pourra également qu'être écarté comme manquant en fait, M. E ayant été auditionné par les services de police le 19 avril 2022 et ayant indiqué à cette occasion être venu en France " pour travailler " et ne pas avoir l'intention de quitter le territoire français.

7. En quatrième lieu, la circonstance que le " dossier de police " ne lui ait pas été communiqué préalablement à l'édiction de la décision en litige est sans incidence sur sa légalité, dès lors que celle-ci n'a pour objet que de tirer les conséquences de la situation de l'intéressé au regard de son droit au séjour sur le territoire national, sur la base d'informations et d'éléments que l'intéressé est seul à même de fournir, à l'exception de toute investigation particulière par l'autorité administrative. Le moyen sera donc écarté comme inopérant.

8. En cinquième lieu, l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration institue une garantie au profit de l'usager en vertu de laquelle toute personne qui l'invoque est fondée à se prévaloir, à condition d'en respecter les termes, de l'interprétation, même illégale, d'une règle contenue dans un document que son auteur a souhaité rendre opposable, en le publiant dans les conditions prévues aux articles R. 312-10 et D. 312-11 du même code, tant qu'elle n'a pas été modifiée. En outre, l'usager ne peut bénéficier de cette garantie qu'à la condition que l'application d'une telle interprétation de la règle n'affecte pas la situation de tiers et qu'elle ne fasse pas obstacle à la mise en œuvre des dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l'environnement. Les mentions accompagnant la publication de ce document ont pour objet de permettre de s'assurer du caractère opposable de l'interprétation qu'il contient. En instituant le mécanisme de garantie de l'article L. 312-3, le législateur n'a pas permis de se prévaloir d'orientations générales dès lors que celles-ci sont définies pour l'octroi d'une mesure de faveur au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, alors même qu'elles ont été publiées sur l'un des sites mentionnés à l'article D. 312-11 du même code. S'agissant des lignes directrices, le législateur n'a pas subordonné à leur publication sur l'un de ces sites la possibilité pour toute personne de s'en prévaloir, à l'appui d'un recours formé devant le juge administratif. Dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

9. Par suite, la circonstance que M. E serait en mesure de démontrer sa présence sur le territoire depuis 2011 ainsi que son intégration professionnelle, et remplirait ainsi les critères fixés par la circulaire du 28 novembre 2012 susvisée pour voir sa situation régularisée est sans incidence sur la légalité de la décision en litige dès lors qu'il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas fondé à s'en prévaloir dans le cadre d'une requête formée contre elle. Le moyen sera donc écarté comme inopérant.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Si le requérant soutient qu'il vit en France depuis plus de dix ans à la date de la décision contestée et qu'il travaille, il est constant qu'il a déclaré que sa famille est toujours dans son pays d'origine. Il n'établit donc pas l'impossibilité pour lui de continuer sa vie privée et familiale dans son pays d'origine. Par suite, c'est sans erreur manifeste d'appréciation, au regard des stipulations rappelées au point précédent, que le préfet des Hauts-de-Seine, le 19 avril 2022, lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Si l'intéressé soutient que la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre serait disproportionnée, il est constant qu'il n'a pas respecté une précédente obligation de quitter le territoire français, y compris après le rejet de son recours le 25 juillet 2019, et qu'il travaille comme salarié sans disposer d'une quelconque autorisation en ce sens et qu'il est célibataire et sans enfants sur le territoire national. C'est donc sans erreur d'appréciation que l'autorité administrative a pu fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour le concernant.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. E ne pourra qu'être rejetée dans l'ensemble de ses composantes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A E, au préfet des Hauts-de-Seine et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2023.

Le magistrat désigné, La greffière,

C : M. Aymard C : N. Riellant

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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