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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204000

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204000

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 avril et 26 juillet 2022, Mme C B épouse A, représentée par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 31 décembre 2021 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B épouse A soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- elle est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une lettre du 16 juin 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 29 juillet 2022 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate a été prise le 17 novembre 2022.

Mme B épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blanc, conseillère,

- et les observations de Me Richard, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A, ressortissante nigériane, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 décembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente instance, la requérante demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".

3. Par l'arrêté attaqué, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer une carte de séjour temporaire à la requérante au titre de l'admission exceptionnelle au séjour et de sa vie privée et familiale, au motif notamment que sa présence sur le territoire français constitue une menace à l'ordre public, dès lors que la requérante a été condamnée par le tribunal correctionnel de Paris le 27 octobre 2016 à une peine de quatre ans d'emprisonnement dont deux ans avec sursis simple partiel pour des faits de " proxénétisme aggravé : victime livrée à la prostitution à son arrivée sur le territoire de la République : fait commis à Paris courant janvier 2015 jusqu'au 13 juin 2015 ; traite d'être humain commise à l'égard d'une personne à son arrivée sur le territoire de la République fait commis à Paris courant janvier 2015 jusqu'au 13 juin 2015 ". Si ces faits ne sont pas contestés, il ressort, toutefois, des pièces du dossier que les faits ayant donné lieu à condamnation pénale ont été commis au cours du premier semestre 2015, que si elle a été incarcérée au titre de la détention provisoire entre le 15 juin 2015 et 14 février 2016, le reste de sa peine a été effectué sous le régime de la semi-liberté en vertu d'un jugement du 19 février 2019 du Tribunal de grande instance de Créteil, qui a également prévu qu'elle travaillerait en tant qu'auxiliaire de vie au sein de la résidence Vallée de la Marne située à Joinville-le-Pont. Il ressort également des pièces du dossier et, en particulier, de la lettre de recommandation rédigée par le président de l'association Tamaris du 4 septembre 2019, que, dès le 18 mars 2016, la requérante a intégré cette association, qui a pour mission d'aider les personnes victimes de la prostitution, que la requérante y a appris le français et a commencé à travailler. Dans ces conditions, et alors que le préfet de Seine-et-Marne ne soutient pas que la requérante aurait commis d'autres faits susceptibles d'entraîner des poursuites pénales, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour au motif qu'elle constituait une menace à l'ordre public, le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 31 décembre 2021 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Par voie de conséquence, il y a également lieu d'annuler les décisions du 31 décembre 2021 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ".

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de la requérante et de prendre une nouvelle décision dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

7. La requérante a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Richard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Richard.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 31 décembre 2021 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B épouse A, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de la situation de Mme B épouse A et de prendre une nouvelle décision dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Richard, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Richard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A, à Me Richard et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

T. BLANCLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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