vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2204230 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | FAUVEAU IVANOVIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Fauveau Ivanovic demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er mars 2022 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil portant cessation des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter du 1er mars 2022, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Fauveau Ivanovic, avocate de Mme A, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait dû conduire un nouvel entretien de vulnérabilité avant de prendre sa décision ;
- est entachée du vice de défaut d'examen sérieux de sa situation :
- est entachée de plusieurs erreurs d'appréciation, dès lors qu'elle justifiait d'un motif légitime de ne pas se présenter aux autorités en vue de son embarquement vers l'Espagne et qu'elle se trouvait en situation de vulnérabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née en 1990, a sollicité le bénéfice de l'asile en France le 23 juillet 2021 et a accepté, le 23 août suivant, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Le 15 octobre 2021, elle s'est vu notifier un arrêté de transfert aux autorités espagnoles. Suite au rejet de son recours en annulation contre cet arrêté, par jugement du tribunal administratif de Versailles du 16 novembre 2021, elle a été convoquée le 7 février 2022 à l'aéroport en vue de l'exécution de la décision de transfert. Mme A ne s'est pas présentée à l'embarquement. Par un courrier du 1er mars 2022, notifié le 3 mars 2022, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a décidé la cessation des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile dont bénéficiait Mme A. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".
3. S'il résulte des dispositions de l'article L. 522-1 du code susvisé, que l'OFII doit réaliser un entretien avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité, elles ne lui imposent pas de réaliser un nouvel entretien avant de prendre une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 23 juillet 2021. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. () ".
5. La décision contestée vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde et indique le motif pour lequel il est mis fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme A, à savoir le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités pour embarquer le 7 février 2022. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écartée.
6. En troisième lieu, si Mme A fait valoir qu'elle disposait d'un motif légitime pour s'abstenir de se présenter aux autorités chargées de l'asile et qu'elle présente une situation de vulnérabilité particulière, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas tenu compte de ces éléments avant de prendre la décision attaquée. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen complet de sa situation doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : /()/ 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; /()/ La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article () prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A ne s'est pas présentée à l'embarquement prévu le 7 février 2022 en vue de l'exécution de l'arrêté la transférant aux autorités espagnoles. Elle soutient qu'elle n'a jamais voulu se soustraire de façon intentionnelle et systématique à l'autorité administrative dans le but de faire obstacle à l'exécution de son transfert vers l'Espagne, mais qu'elle n'a pu se rendre à l'aéroport en raison d'un problème médical. A l'appui de ses allégations, elle se borne toutefois à produire un certificat médical daté du 14 février 2022, par lequel une interne de la Polyclinique Saint-Antoine atteste avoir vu et examiné l'intéressée en consultation le 7 février 2022 " pour un problème médical aigu urgent ". Toutefois, ni ce certificat médical, peu circonstancié, notamment sur l'impossibilité de la requérante d'honorer la convocation de l'administration, ni l'ordonnance délivrée à l'issue de cette consultation, ni aucune pièce relative à son suivi médical antérieur ne permettent d'établir qu'elle était, du fait de son état de santé, dans l'incapacité de se présenter à l'heure fixée à l'aéroport pour embarquer sur le vol prévu. Dans ces conditions, l'OFII n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fondant sa décision sur le non-respect par Mme A des exigences des autorités chargées de l'asile résultant de son abstention de se présenter pour l'embarquement précité. La circonstance que la requérante se serait ensuite rendue à toutes les convocations ultérieures est, à cet égard, sans incidence.
9. D'autre part, Mme A fait valoir qu'elle souffre d'un stress post-traumatique et d'une pathologie gynécologique. Si les pièces médicales produites font état d'une fragilisation psychologique importante en raison de faits vécus dans son pays d'origine et durant son parcours migratoire, et d'un prolapsus vaginal, elles ne suffisent pas à caractériser une situation de vulnérabilité particulière au sens de l'article L. 551-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, qui aurait justifié le maintien des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Par suite, la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la directrice territoriale de l'OFII de Créteil du 1er mars 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de Mme A sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91 647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, la somme de 1 500 euros au titre des frais qu'il aurait exposés si elle n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Fauveau Ivanovic.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Massengo, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.
La rapporteure,
C. MASSENGO
La présidente,
I. BILLANDONLa greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026