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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204584

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204584

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantQNIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 mai 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Melun, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par M. C.

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2021, M. B, représenté par Me Fouad Qnia, demande au tribunal d'annuler la décision du 20 septembre 2019 par laquelle la ministre du travail a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 22 janvier 2019 et a autorisé la société Atalian Propreté à le licencier.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, la société Atalian Propreté, représentée par Me Saadat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, la ministre du travail, de la santé et des solidarités conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marine Robin, conseillère,

- et les conclusions de Mme Félicie Bouchet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Atalian Propreté a sollicité auprès de l'administration l'autorisation de licencier pour motif disciplinaire M. B, salarié protégé. Par une décision du 22 janvier 2019, l'inspecteur du travail de la section 9 de l'unité territoriale du Val-de-Marne de la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France (DRIEETS) a refusé d'accorder l'autorisation de licencier ce dernier. A la suite du recours hiérarchique exercé par la société Atalian Propreté, la ministre du travail a, par une décision du 20 septembre 2019, annulé la décision de l'inspecteur du travail et a autorisé cette société à licencier le salarié protégé. Par la requête visée ci-dessus, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande d'autorisation de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

Sur la motivation de la décision attaquée :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 2421-5 du code du travail : " la décision de l'inspecteur du travail est motivée () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 2421-16 du même code du travail : " L'inspecteur du travail et, en cas de recours hiérarchique, le ministre examinent notamment si la mesure de licenciement envisagée est en rapport avec le mandat détenu, sollicité ou antérieurement exercé par l'intéressé ".

4. Les conditions dans lesquelles est notifiée une décision prise sur le recours hiérarchique formé à l'encontre d'une décision de l'inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de prononcer le licenciement d'un salarié protégé sont sans incidence sur le respect de l'exigence de motivation qui découle des dispositions précitées. Au demeurant, il ressort des termes de la décision en litige, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, que le ministre du travail a considéré que le comportement que le salarié a adopté le 16 octobre 2018 est constitutif d'une faute d'une gravité suffisante justifiant son licenciement, contrairement à ce qu'a retenu l'inspecteur du travail. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait insuffisamment motivée.

Sur la matérialité et le caractère fautif des faits :

5. Pour autoriser l'employeur à licencier M. B, la ministre du travail a considéré que le comportement violent et menaçant que le salarié a adopté le 16 octobre 2018 envers une collègue est établi, est susceptible de porter atteinte à l'intégrité physique de cette dernière et a eu des répercussions sur sa santé. La ministre a en conséquence estimé que ces faits présentaient une gravité telle qu'ils justifient le licenciement du salarié.

6. Il ressort des pièces du dossier que, le 16 octobre 2018, M. B a eu une altercation avec une autre cheffe d'équipe au sujet d'une tâche à effectuer sur le site de nettoyage où ils se trouvaient. Les quatre attestations des salariés produites par l'employeur sont concordantes et relatent une attitude agressive, menaçante et violente de la part de M. B qui a haussé le ton face à sa collègue, lui indiquant qu'il estimait n'avoir aucun ordre à recevoir de sa part et tapant sur un bureau. A la suite de cet événement, ladite collègue a déposé plainte et a déclaré un accident du travail ayant entrainé quinze jours de soins sans arrêt de travail. Le compte rendu de l'enquête menée par le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail conclut que M. B manifeste une animosité à l'encontre de la salariée. Il ressort également des attestations de salariés produites, ainsi que du procès-verbal de la réunion du comité d'entreprise qui s'est tenue le 12 novembre 2018, à l'issue duquel un avis favorable au licenciement de M. B a été unanimement émis, que ce dernier adopte de manière récurrente un comportement inapproprié et agressif envers ses collègues. En outre, l'intéressé a déjà fait l'objet d'un avertissement le 29 juin 2017 en raison de son refus de respecter les directives de sa hiérarchie et les règles de sécurité. Par suite, au regard de la gravité du manquement commis par M. B et de sa qualité de chef d'équipe, le ministre en charge du travail n'a pas fait une appréciation erronée des faits de l'espèce en estimant que la faute ainsi commise revêtait une gravité suffisante pour justifier le licenciement du requérant.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense par la société Atalian Propreté et par la ministre du travail, de la santé et des solidarités, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la ministre du travail du 20 septembre 2019 qui a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 22 janvier 2019 et a autorisé son licenciement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que demande la société Atalian Propreté au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Atalian Propreté au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la ministre du travail et de l'emploi et à la société Atalian Propreté.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Marine Robin, conseillère,

Mme Héloïse Mathon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

M. Robin

Le président,

T. Gallaud La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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