jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2205117 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | MASILU-LOKUBIKE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mai 2022, Mme C A, représentée par Me Masilu, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 14 avril 2022 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui renouveler son titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'État (préfet de Seine-et-Marne) la somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
La décision de refus de renouvellement de son titre de séjour :
- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;
- méconnaît les articles L. 423-1 et L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est insuffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Masilu, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante ivoirienne née le 26 août 1983 à Yamoussoukro (Cote d'Ivoire), est entrée en France sous couvert d'un visa C le 8 novembre 2017. Elle a sollicité le 25 février 2022 le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de français sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 14 avril 2022 le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation des deux premières décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité du refus de renouvellement du titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est mariée avec un ressortissant de nationalité française le 14 décembre 2019. Toutefois, le préfet de Seine-et-Marne a formulé une demande d'enquête auprès de la direction centrale de la sécurité publique de Seine-et-Marne dans le cadre de l'instruction de la demande de naturalisation introduite par Mme A concernant la réalité et la sincérité de son mariage, ainsi que sur l'existence d'une communauté de vie avec son époux. Dans ce cadre, il ressort du rapport d'enquête du 25 janvier 2021, d'une part, que chacun des époux connaît peu de choses sur l'autre, notamment quant à la situation familiale de Mme A dans son pays d'origine. D'autre part, les échanges de messages figurant dans le téléphone de l'intéressée mettent en doute la sincérité de son mariage. Ainsi, le rapport d'enquête établit que la requérante a notamment écrit : " Chéri je te demande une seule chose en ce moment m'aider à avoir mon séjour. J'ai constaté que je suis de trop dans ta vie, une fois que j'aurais (sic) mes papiers, si tu veux je pourrais (sic) partir pour que tu vives ta vie comme tu le veux () ". Ces échanges établissent que Mme A s'est mariée dans le seul but d'obtenir une régularisation de sa situation administrative sur le territoire. Et si Mme A soutient que la communauté de vie avec son époux a toujours existé depuis son mariage et qu'elle produit des documents et attestations en ce sens, ces pièces ne permettent toutefois pas d'établir la réalité du maintien du lien conjugal à la date de la décision contestée. A cet égard, la circonstance que l'enquête de police ait été établie antérieurement au 5 février 2021, date de délivrance du précédent titre de séjour, est sans incidence. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Mme A soutient que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée, professionnelle et familiale dès lors qu'elle travaille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 34 ans où vivent toujours ses trois enfants mineurs. La double circonstance qu'elle ait signé, d'une part, un contrat d'intégration républicaine le 17 mai 2021 et, d'autre part, un contrat de travail à durée déterminée en qualité de qualité d'assistante de vie à compter du 24 février 2022, qui a vocation à être transformé en contrat à durée indéterminée à compter du 1er août 2022, ne suffit pas à la faire regarder comme ayant noué en France des liens personnels, professionnels et amicaux. Par suite, en refusant le renouvellement d'un titre de séjour à Mme A, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard aux éléments de fait ainsi rappelés, le moyen titré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant n'est pas davantage fondé.
6. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de renouvellement ou de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d''asile, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Le préfet n'était, dès lors, pas tenu de statuer sur le droit de Mme A à séjourner en France à un autre titre que celui qui était invoqué. Il n'est pas établi, ni même allégué, que l'intéressée aurait sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage de la motivation de la décision attaquée portant refus de titre de séjour que le préfet ait examiné d'office si l'intéressée était susceptible de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces articles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté comme inopérant.
7. En quatrième et dernier lieu, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A remplissait effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance du titre de séjour qu'il avait sollicité, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour de sa demande.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, le premier alinéa de de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
10. En l'espèce, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, elle vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elle précise que le mariage contracté pas l'intéressée n'est pas sincère et serait un moyen d'obtenir la régularisation de sa situation administrative sur le territoire français. Enfin, elle souligne que les enfants de l'intéressée séjournent toujours dans son pays d'origine enfant. Par suite, la décision est suffisamment motivée en droit et en fait.
11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.
12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme A ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
13. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du préfet de Seine-et-Marne du 14 avril 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gracia, président,
M. Israël, premier conseiller,
Mme Potin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le rapporteur,
D. B
Le président,
J-Ch. GraciaLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026