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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205872

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205872

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCLAIM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 9 juin 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme B C D.

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2022, Mme C D, représentée par la SELARL Claim Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mars 2022 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé la société Flunch à la licencier pour motif disciplinaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée en ce qu'elle n'explique pas les raisons pour lesquelles les observations qu'elle a présentées à l'inspectrice du travail ont été écartées ;

- c'est à tort que l'inspectrice du travail a considéré que les propos injurieux qu'elle avait diffusés sur facebook visaient ses collègues et supérieurs hiérarchiques et qu'ils constituaient une faute ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas de nature à causer un trouble objectif au bon fonctionnement de l'entreprise ;

- la demande de licenciement présente un lien avec son mandat ;

- la décision en litige est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, la société Flunch, représentée par Me Paccioni, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme C D la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

- les conclusions de M. Cyril Dayon, rapporteur public,

- et les observations de Me Paccioni, avocat de la société Flunch.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 janvier 2022, la société Flunch a sollicité auprès de l'administration l'autorisation de licencier pour motif disciplinaire Mme C D, salariée protégée. Par une décision du 15 mars 2022 dont Mme C D demande l'annulation, l'inspectrice du travail a autorisé son licenciement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives ou de fonctions de conseiller prud'homme, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Un agissement du salarié intervenu en-dehors de l'exécution de son contrat de travail ne peut motiver un licenciement pour faute, sauf s'il traduit la méconnaissance par l'intéressé d'une obligation découlant de ce contrat de travail.

En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :

3. Aux termes des articles R. 2421-5 et R. 2421-12 du code du travail : " la décision de l'inspecteur du travail est motivée ".

4. La décision de l'inspectrice du travail du 15 mars 2022 comporte le visa des textes dont il a été fait application et expose les raisons pour lesquelles elle estime que les faits imputables à la salariée constituent une faute et revêtent une gravité suffisante pour autoriser son licenciement en précisant les éléments sur lesquels elle fonde sa décision. Ces considérations de droit et de fait, qui portent sur l'ensemble des éléments soumis à l'appréciation de l'inspectrice du travail, sont suffisamment précises pour permettre à Mme C D de comprendre les motifs dont il a été tenu compte. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ne résulte pas des dispositions précitées, ni d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe qu'il appartenait à l'administration de l'informer de l'appréciation portée sur les observations qu'elle a formulées au cours de l'enquête contradictoire. Par suite, la décision en litige est suffisamment motivée au sens des dispositions précitées du code du travail.

En ce qui concerne la matérialité des faits et leur caractère fautif :

5. En premier lieu, il est constant que Madame C D a diffusé, entre le 19 octobre 2021 et le 16 décembre 2021, plusieurs messages particulièrement injurieux et dénigrants à l'égard de tiers sur le réseau social Facebook depuis son compte personnel accessible au public. Madame C D soutient que ces messages ne concernaient aucunement ses collègues de travail mais relevaient de sa vie privée et visaient notamment son ex-mari et sa nouvelle compagne, une personne dénommée Madame A E. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui si elle ne donne jamais l'identité officielle des destinataires des insultes qu'elle profère, décrit une femme qu'elle surnomme " LASALET " ou " LASSALLET " en ces termes : " un garçon manqué, la joggeuse qui sens odeur de chien " ; " une chienne comme de LASSALLET ne peut pas japer plus fort que sa guelle de toutout ", et en disant : " Tu devrez d'abord laver tes joggings ". Ces propos ont permis à sept collègues de Mme C D d'identifier la victime de ces propos insultants comme étant l'adjointe de direction avec laquelle la requérante était en conflit depuis de nombreuses années. Il ressort également des pièces du dossier que les cinq personnes que Mme C D représente dans ses messages d'insultes par des " émoticônes " représentant un gorille, une girafe, un ouistiti, un pingouin et un clown ont pu être identifiées sans aucune ambiguïté au cours de l'enquête contradictoire réalisés par l'inspectrice du travail comme étant cinq salariés de la société Flunch travaillant avec la requérante. Contrairement à ce que soutient Mme C D, il ne ressort pas des pièces du dossier que les messages litigieux évoquent l'ex-époux de la requérante ou encore une rivalité amoureuse avec la nouvelle compagne de ce dernier. En outre, l'attestation de l'ex-époux de Mme C D, rédigée en des termes vagues et qui se borne à indiquer que sa nouvelle compagne " ne souhaite pas communiquer de son identité ", n'est pas suffisante pour établir la réalité des allégations de la requérante. Enfin, si Mme C D conteste la valeur probante des déclarations des salariés du restaurant Flunch qui lui sont défavorables au motif qu'il s'agirait de témoignages de complaisance en faveur de la direction, il ressort des pièces du dossier que ces témoignages ont été recueillies non pas par la société Flunch mais par l'inspectrice du travail au cours de l'enquête contradictoire, qu'ils sont précis, cohérents entre eux et non stéréotypés. Dans ces conditions, l'inspectrice du travail, a pu, à bon droit, considérer que les faits reprochés à Mme C D étaient établis et qu'il constituait un manquement fautif à une obligation essentielle de son contrat de travail suffisamment grave pour justifier son licenciement.

6. En second lieu, alors que la demande de licenciement adressée à l'inspectrice du travail était motivée par un comportement fautif, Mme C D ne peut utilement invoquer un moyen tiré de l'absence de trouble objectif causé au fonctionnement de l'entreprise.

En ce qui concerne le lien avec le mandat et le détournement de pouvoir :

7. Mme C D soutient qu'il existe un lien entre ses mandats représentatifs et la procédure de licenciement en litige, notamment en raison des violences commises par le directeur du magasin dont elle aurait été victime. Toutefois, s'il est constant que les relations étaient particulièrement conflictuelles entre la requérante et ses supérieurs hiérarchiques depuis plusieurs années, la requérante n'apporte aucun élément sérieux permettant d'établir la réalité des violences alléguées, qui sont d'ailleurs contredites par plusieurs témoignages recueillis par l'inspectrice du travail au cours de son enquête contradictoire. Par suite, Mme C D n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'inspectrice du travail a retenu que la demande d'autorisation de licenciement était sans lien avec son mandat.

8. Par ailleurs, si Mme C D allègue que la décision de l'inspectrice du travail est entachée d'un détournement de pouvoir, elle n'apporte à l'appui de ce moyen, aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 15 mars 2022.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme C D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C D une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la société Flunch et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C D est rejetée.

Article 2 : Mme C D versera à la société Flunch une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C D, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la société Flunch.

Copie en sera transmise au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 9 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. GallaudLa greffière,

C. Kiffer

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de l'emploi et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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