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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206172

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206172

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDRAI ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin 2022 et le 6 juillet 2022, la société Apys 26, représentée par la SELARL KOHN et Associés, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 13 mai 2022 par laquelle le président de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois a préempté la parcelle cadastrée G n°39 située 164 quai de Polangis, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que le délai dont dispose l'autorité pour payer le prix du bien expire le 13 septembre 2022 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors qu'elle est tardive ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- il n'existe pas de projet d'action ou d'opération d'aménagement ;

- la mise en œuvre du droit de préemption ne répond pas à un intérêt général.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022 l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois, représenté par Me Drai, conclut à titre principal à l'irrecevabilité, à titre subsidiaire au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Apys 26 en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la société ne dispose pas d'un intérêt à agir pour contester la présente décision en l'absence de la production de tout contrat attestant de sa qualité d'acquéreur évincé ni d'une quelconque atteinte à ses intérêts du fait de la décision de préemption ;

- la promesse de vente étant caduque, l'urgence n'est pas caractérisée ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision contestée ;

- la requête enregistrée sous le n° 2206182 tendant à l'annulation de la décision en litige

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Gêne, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et a entendu les observations de :

- Me Bedot, représentant la société Apys 26, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- Me Cocrelle, représentant l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois, qui a maintenu les termes de son mémoire en défense et fait valoir l'absence d'urgence en raison de la caducité de la promesse de vente du fait de la clause de réserve de préemption présente dans le contrat de vente au profit de la société APYS 26.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 13 mai 2022, le président de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois a préempté la parcelle cadastrée G n°39 située 164 quai de Polangis. La société Apys 26, acquéreur évincé, demande la suspension de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier l'urgence qu'il y aurait urgence à suspendre l'exécution de la décision du 13 mai 2022 par laquelle par laquelle le président de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois a préempté la parcelle cadastrée G n°39 située 164 quai de Polangis, la société Apys 26 soutient que le délai de 4 mois imparti à la personne publique pour acquérir le bien expire le 13 septembre 2022. Cependant, si eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets vis-à-vis de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision, il peut en aller autrement au cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la promesse de vente du 12 juillet 2021 conclue entre la SCI BPTO et la société APYS 26, portant sur la parcelle cadastrée G n°39 située 164 quai de Polangis, stipule que l'exercice du droit de préemption fait obstacle à la production des effets de la ladite promesse entre les parties et ce même en cas d'annulation de ladite préemption ou de renonciation ultérieure à l'exercice de ce droit de la part de son bénéficiaire. Il s'ensuit qu'à la réception de la décision contestée du 13 mai 2022, la promesse de vente ne pouvait plus produire d'effet en application de la réserve stipulée au contrat même en cas d'annulation ou de suspension de l'exécution de cette décision. Par suite, la société Apys 26 ne justifie pas d'une urgence à obtenir la suspension de l'arrêté contesté au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

6. aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. () ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour exercer légalement ce droit, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain doivent, d'une part, justifier, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption

7. Pour motiver la décision de préemption en litige, le président de l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois a relevé notamment, d'une part, " le souhait de regrouper les musées d'intérêt territoriaux de Nogent-sur-Marne, de Saint-Maur-des-Fossés et le carré des canotiers dans une seule entité ", " l'étude de définition d'un pôle muséal et de loisir, en date du 22 janvier 2022, définissant un concept nouveau fédérateur entre patrimoine, culture et tourisme qui pourrait impulser une dynamique culturelle intercommunale, ", " l'axe 1 du PADD du Plan Local d'Urbanisme de la commune de Joinville-le-Pont visant à renforcer le rôle de la vallée de la Marne ", et a indiqué que " ce projet s'inscrit dans deux volets du projet d'aménagement et de développement durable du PLUI en cours d'élaboration débattu au conseil de territoire du 7 décembre 2021 ". Eu égard aux éléments ainsi apportés relatif au projet de création d'un pôle muséal intercommunal utilisant la parcelle située 164 quai de Polangis, le moyen tiré du défaut de réalité du projet d'action ou d'opération d'aménagement ayant justifié la décision de préemption n'est pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

8. En outre, en l'état de l'instruction, aucun des autres moyens invoqués n'est davantage de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la société Apys 26 à fin de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense. Les conclusions présentées par la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par l'établissement public territorial Paris Est Marne au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Apys 26 est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement public territorial Paris Est Marne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Apys 26, à l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois et à la SCI BPTO.

Le juge des référés,

Signé : B. A

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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