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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207156

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207156

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL CHEYSSON MARCHADIER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 juillet 2022, 13 juillet 2024 et 22 octobre 2024, Mme B I, M. H I, Mme D F, M. G F, Mme A C et M. E C, représentés par la Selas AGN avocats Paris demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2022 par lequel le maire de Saint-Maur-des-Fossés a délivré à la SCCV " Saint-Maur Quai de Bonneuil " un permis de construire un immeuble à usage d'habitation comprenant trois logements sur un terrain situé 111, quai de Bonneuil, ainsi que la décision implicite du maire de Saint-Maur-des-Fossés rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Maur-des-Fossés une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- leur requête est recevable dès lors qu'ils disposent notamment de la qualité et d'un intérêt à agir en tant que propriétaires des parcelles contiguës au terrain d'assiette du projet contesté et dès lors que celui-ci est susceptible d'affecter les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leurs biens ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme et de l'article 10-1 de la loi du 3 janvier 1977 sur l'architecture dès lors que, si le projet de construction a bien été établi par un architecte, ce dernier n'a pas établi de déclaration écrite préalable auprès du conseil régional de l'ordre des architectes ;

- le projet en litige méconnait les dispositions de l'article U3-4-3 du règlement du plan local d'urbanisme en ne prévoyant aucune des installations exigées par ce règlement en matière de gestion des eaux pluviales et à défaut d'établir que l'infiltration des eaux sur le terrain est possible ;

- il méconnaît les dispositions de l'article U3-7-7 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'une des façades du bâtiment comportant une ouverture est implantée en retrait, à moins de six mètres de la limite séparative latérale ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 1.1.1 du plan de prévention des risques naturels d'inondation dès lors que des locaux de stockage des déchets sont implantés en demi sous-sol de la construction :

- il méconnaît les dispositions de l'article U3-11-4.1 de ce règlement dès lors que la construction projetée ne s'insère pas harmonieusement avec les constructions voisines.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, la commune de Saint-Maur-des-Fossés, représentée par la Selarl Landot et associés, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête ou à ce qu'il soit sursis à statuer afin de permettre une mesure de régularisation du projet. Elle demande en outre qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme I et autres requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 avril 2023 et le 17 mai 2023, la SCCV " Saint-Maur quai de Bonneuil ", représentée par la Selarl Cheysson Marchadier et associés, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête. Elle demande en outre qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme I et autres requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Par un courrier du 24 octobre 2024, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de surseoir à statuer sur la requête de M. et Mme I et autres requérants dans l'attente de la régularisation de l'illégalité tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article 1.1 du plan de prévention des risques naturels d'inondation du Val-de-Marne dès lors que le projet de construction prévoit la réalisation, en sous-sol, en sus des places de stationnement, d'un local de stockage des déchets d'une surface de 4 m².

Un mémoire présenté pour la commune de Saint-Maur-des-Fossés a été enregistré le 29 octobre 2024 en réponse à l'invitation à présenter des observations sur le sursis à statuer.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duhamel,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- les observations de Me Verdier, représentant M. et Mme I et autres requérants,

- et les observations de Me D'Andrea, représentant la commune de Saint-Maur-des-Fossés.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 janvier 2022, le maire de Saint-Maur-des-Fossés a délivré à la société " Saint-Maur quai de Bonneuil " un permis de construire un immeuble collectif d'habitation de trois logements sur la parcelle cadastrée section EK n° 152 située 111, quai de Bonneuil, en zone U.3 du plan local d'urbanisme alors applicable. Par un courrier du 21 mars 2022, M. et Mme I et autres requérants ont sollicité du maire de Saint-Maur-des-Fossés le retrait de cet arrêté. Par un arrêté du 10 janvier 2023, le maire de Saint-Maur-des-Fossés a délivré à la société pétitionnaire un permis de construire modificatif. M. et Mme I et autres requérants demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2022 ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Saint-Maur-des-Fossés et la société " Saint Maur quai de Bonneuil " :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ". En vertu de l'article L. 600-1-3 du même code de l'urbanisme : " Sauf pour le requérant à justifier de circonstances particulières, l'intérêt pour agir contre un permis de construire () s'apprécie à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction. Par ailleurs, sauf circonstances particulières, l'intérêt pour agir d'un requérant contre un permis de construire s'apprécie au vu des circonstances de droit et de fait à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire, sans qu'il y ait lieu de tenir compte de circonstances postérieures, qu'elles aient pour effet de créer, d'augmenter, de réduire ou de supprimer les incidences de la construction, de l'aménagement ou du projet autorisé sur les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance mentionnées à l'article L. 600-1-2. A ce titre, il y a lieu de procéder à cette appréciation au vu des constructions environnantes dans leur état à cette date.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme I, M. et Mme F, et M. et Mme C sont voisins immédiats du projet dès lors que leurs trois habitations sont implantées sur des terrains jouxtant les limites séparatives du projet. Alors que la parcelle qui constitue le terrain d'assiette du projet comporte actuellement une maison individuelle de niveau R+1, la construction projetée d'un immeuble d'habitation de niveau R+2 de près de dix mètres de hauteur avec deux terrasses accessibles au dernier niveau est de nature à créer des vues sur leurs propriétés et à générer des troubles de jouissance. Dans ces conditions, les requérants justifient d'une qualité leur donnant intérêt pour agir contre cet arrêté. Par suite, les fins de non-recevoir opposées par la commune de Saint-Maur-des-Fossés et la société " Saint Maur quai de Bonneuil " doivent être écartées.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la société " Saint Maur quai de Bonneuil " tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2023 lui délivrant un permis de construire modificatif :

5. Aux termes de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation intervient au cours d'une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue et que ce permis modificatif, cette décision modificative ou cette mesure de régularisation ont été communiqués aux parties à cette instance, la légalité de cet acte ne peut être contestée par les parties que dans le cadre de cette même instance. " Il résulte de cette disposition que les parties à une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue sont recevables à contester la légalité d'un permis modificatif, d'une décision modificative ou d'une mesure de régularisation intervenue au cours de cette instance, lorsqu'elle leur a été communiquée, tant que le juge n'a pas statué au fond, sans condition de forme ni de délai.

6. Par suite, la société " Saint Maur quai de Bonneuil " ne peut utilement faire valoir que le permis de construire modificatif délivré par arrêté du 10 janvier 2023 serait définitif et insusceptible de recours, M. et Mme I et autres requérants étant recevables, sans condition de forme ni de délai, à contester ce permis modificatif dans le cadre de l'instance qu'ils ont initiée à l'encontre du permis de construire initial du 28 janvier 2022. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la société " Saint Maur quai de Bonneuil " ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions en annulation :

7. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

8. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 10 janvier 2023, soit postérieurement à l'introduction de la requête, le maire de Saint-Maur-des-Fossés a accordé à la société " Saint-Maur quai de Bonneuil " un permis de construire modificatif. Par suite, ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. et Mme I et autres requérants ne peuvent utilement invoquer les moyens tirés d'une part du vice de procédure pour défaut de déclaration écrite préalable de l'architecte du projet auprès du conseil régional de l'ordre des architectes et, d'autre part, de la méconnaissance des dispositions de l'article U3-7-7 du règlement du plan local d'urbanisme, ces vices allégués ayant été régularisés par le permis de construire modificatif.

9. En premier lieu, aux termes de l'article U.3 - 4-3 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable relatif à la gestion des eaux pluviales : " Les rejets de descentes d'eaux pluviales sur le domaine public ne sont pas autorisés sur le trottoir ou sur le caniveau de la chaussée. / Afin d'alimenter la nappe phréatique d'une part (sous réserve d'installation de dispositifs anti-pollution soit naturel soit par un ouvrage spécifique), et d'éviter la saturation des réseaux d'autre part, seul l'excès de ruissellement doit être canalisé après qu'aient été mises en œuvre les solutions susceptibles de : limiter l'imperméabilisation du terrain, limiter la concentration des pollutions, favoriser l'évaporation et l'évapotranspiration (), favoriser l'infiltration des eaux de pluie dans les secteurs où l'infiltration est possible. Le zonage communal eaux pluviales, réalisé dans le cadre de l'actualisation du Schéma directeur d'assainissement, précise les possibilités d'infiltration. / Différentes techniques permettent de tendre vers cet objectif du " zéro rejet " d'eaux pluviales pour les pluies courantes (jusqu'à la pluie annuelle) : toiture terrasse végétalisée, noue*, bassin sec, bassin en eau, puits d'infiltration, tranchée d'infiltration, stockage et réutilisation des eaux pluviales pour l'arrosage ou pour le lavage des espaces extérieurs / En particulier, ces techniques devront être mises en œuvre sur les aires de stationnement à l'aire libre. () ".

10. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice descriptive jointe au dossier de demande du permis de construire qu'il privilégie l'infiltration des eaux pluviales collectées dans les surfaces perméables du terrain d'assiette, il ne résulte pas des dispositions précitées que le pétitionnaire soit tenu d'établir les capacités d'infiltration de la parcelle concernée. En tout état de cause, il ressort de cette même notice que 422 m² du terrain seront aménagés en surface de pleine terre perméable, sans que cela ne soit contesté par les requérants.

11. D'autre part, en se bornant à soutenir qu'aucune des installations exigées par le règlement du plan local d'urbanisme n'est prévue par le projet, alors qu'il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice descriptive et des plans joints au dossier de demande du permis de construire modificatif, qu'un puit d'infiltration et un puisard de collecte et de dispersion des eaux pluviales sont prévus dans le jardin privatif du Loft A et au niveau du parking, les requérants n'établissent pas que les dispositions précitées seraient méconnues. A cet égard, la circonstance que le maire de Saint-Maur-des-Fossés ait attiré l'attention du pétitionnaire dans l'article 1 de l'arrêté attaqué sur les dispositions règlementaires à mettre en œuvre afin de gérer les eaux pluviales ne peut être regardé, comme le soutiennent les requérants, comme révélant une méconnaissance de ces dispositions alors qu'il s'agit seulement prescriptions assortissant l'autorisation afin de s'assurer de la conformité du projet à celles-ci. Par suite, le moyen ne pourra qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1.1.1 du plan de prévention des risques naturels d'inondation (PPRI) : " Sont interdits : / La construction de sous-sols ou le changement d'affectation des locaux situés en sous-sols pour un usage autre que le stationnement, sauf dispositions prévues au 1.2.6 et à l'exception des locaux et équipements liés à la prévention et à la gestion des inondations () ". L'article 1.2.6 du PRRI prévoit, en ce qui concerne les équipements techniques de traitement des déchets, que : " Dans tous les cas, les planchers habitables ou fonctionnels seront situés au-dessus de la cote des P.H.E.C. / A titre exceptionnel et sous réserve d'une étude montrant l'impossibilité d'appliquer la règle ci-dessus, les planchers fonctionnels pourront être situés sous la cote des PHEC, y compris en sous-sol, à condition qu'ils restent accessibles en cas de crue centennale et sous réserve d'une étude hydraulique pouvant aboutir à des mesures compensatoires. Des mesures de protection locale ou un cuvelage étanche adaptés seront mis en place ".

13. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la construction en demi sous-sol de la construction d'une aire de stationnement et d'un local de stockage des déchets. Si le dossier de demande de permis de construire comprend une attestation de prise en compte du PPRI par l'architecte en charge du projet, il ressort de l'examen des plans de coupe que le niveau situé très majoritairement en dessous du niveau du sol naturel, qui constitue donc bien un sous-sol, et non un " demi sous-sol " comme l'affirment les parties en défense, comportera un local dédié au stockage des poubelles, ce qui n'est pas conforme aux dispositions précitées qui n'autorisent que les stationnements. S'il ressort par ailleurs de la notice descriptive du dossier de demande de permis de construire modificatif que ce local poubelle fera l'objet d'un cuvelage, il ne ressort d'aucune pièce du dossier et n'est pas même allégué que l'étude prévue par l'article 1.2.6 du PPRI précité démontrant l'impossibilité d'appliquer la règle d'exclusion des plancher fonctionnels au-dessous de la cote des plus hautes eaux connues figurerait au dossier de demande de permis de construire. Enfin, la circonstance que l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme traite à la fois du sort des places de stationnement et des locaux de stockage des déchets ne permet pas de regarder, comme le fait valoir la commune de Saint-Maur-des-Fossés, les locaux de stockage de déchets comme des locaux dédiés au stationnement. Par suite, c'est en méconnaissance de l'article 1.1.1 du plan de prévention des risques naturels d'inondation que le projet attaqué prévoit la réalisation d'un tel local en sous-sol. Ce moyen devra dès lors être accueilli.

14. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article U.3 11-4-1 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable : " Les constructions nouvelles doivent s'intégrer au tissu existant, en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers ainsi que celles des façades existantes (rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs) et des couvertures (toitures, terrasses, retraits), ceci n'exclut pas l'architecture contemporaine. ".

15. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction pourrait, compte tenu de sa nature et de ses effets, avoir sur le site. Il est exclu de procéder, dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité du permis de construire délivré à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés par le plan local d'urbanisme de la commune.

16. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la notice de présentation et des photographies jointes au dossier de demande de permis de construire, que le terrain d'assiette est situé dans une zone composée de maisons individuelles et d'immeubles d'habitation collective de formes et volumes variés sans teintes ou couleurs prédominantes contrairement à ce que soutiennent les requérants. Le tissu urbain environnant est ainsi assez hétérogène, sans unité architecturale particulière. Si les requérants soutiennent que le style architectural contemporain du projet en litige contraste avec les maisons implantées dans son environnement immédiat, les dispositions citées au point 14 du règlement du plan local d'urbanisme n'excluent pas ce type d'architecture. Par suite, compte tenu de la présence dans le secteur de plusieurs immeubles collectifs et de maisons aux formes et gabarits non homogènes, c'est sans erreur d'appréciation que le maire de Saint-Maur-des-Fossés a accordé le permis de construire attaqué, le projet ne pouvant être regardé comme portant atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants ou à un site urbain.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

17. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. "

18. Le vice retenu aux points 12 et 13 du présent jugement n'affecte qu'une partie identifiable du projet. Dès lors, il y a lieu d'annuler l'arrêté attaqué seulement en tant que le projet prévoit la construction en sous-sol d'un local de stockage des déchets. Il y a lieu de fixer un délai de quatre mois pendant lequel la pétitionnaire pourra en demander la régularisation.

Sur les frais liés aux instances :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes demandées par les défenderesses sur ce fondement. Il n'y a également pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune la somme demandée par les requérants.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 28 janvier 2022, par lequel le maire de Saint-Maur-des-Fossés a délivré à la société " Saint-Maur quai de Bonneuil " un permis de construire est annulé en tant qu'il méconnait l'article 1.1.1 du plan de prévention des risques inondation.

Article 2 : Le délai accordé à la société " Saint-Maur quai de Bonneuil " pour solliciter la régularisation de son projet est fixé à quatre mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Saint-Maur-des-Fossés et de la société " Saint-Maur quai de Bonneuil " formées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B I, M. H I, Mme D F, M. G F, Mme A C et M. E C, à la commune de Saint-Maur-des-Fossés et à la société " Saint-Maur quai de Bonneuil ".

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Combier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

La présidente,

I. GOUGOTLa greffière,

A J. YAO

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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