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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207882

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207882

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantMOULA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 8 août 2022, enregistrée le 11 août 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal le dossier de la requête de M. B.

Par une requête, enregistrée le 2 août 2022 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. A B, représenté par Me Moula, demande au tribunal d'annuler :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2022 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2022 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Il soutient qu'il a été condamné à 8 mois de prison, avec aménagement et a un rendez-vous avec le juge d'application des peines.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 août 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Mullié, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mullié,

- les observations de Me Moula, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et demande, en outre, qu'il soit ordonné au préfet de police de Paris de procéder au réexamen de sa situation. Il invoque les mêmes moyens que dans sa requête et soutient, en outre, que le préfet de police de Paris n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation, que l'existence de la précédente obligation de quitter le territoire français du 9 octobre 2019, à laquelle il se serait soustrait, n'est pas établie, que le préfet de police de Paris a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il justifie d'une ancienneté de séjour sur le territoire français supérieure à dix années, ainsi que le montrent les condamnations figurant dans son casier judiciaire, qu'il justifie d'une vie privée et familiale en tant que concubin et père d'un enfant présent sur le territoire français, qu'il bénéficie d'une aide médicale d'Etat à Rouen et que, s'agissant de l'arrêté du 1er août 2022 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de douze mois, celle-ci est excessive compte tenu de sa situation familiale.

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 10 h 20.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, est entré en France en 2011 selon ses déclarations. Par arrêté du 1er août 2022, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par un arrêté du même jour, il a également prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour pour une durée de douze mois. M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés du 1er août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

3. M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre est entachée d'une erreur de fait, dès lors que l'existence de la précédente obligation de quitter le territoire français du 9 octobre 2019, à laquelle il se serait soustrait, n'est pas établie. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustrait, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de police de Paris, pour prononcer une obligation de quitter le territoire à l'encontre de M. B, s'est fondé sur les dispositions précitées du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la circonstance que l'intéressé n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement est sans effet sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B soutient la décision litigieuse a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il justifie d'une ancienneté de séjour supérieure à dix années sur le territoire français et d'une vie privée et familiale en tant que concubin et père d'un enfant présent sur le territoire français. Si, ainsi que le fait valoir M. B, il a fait l'objet de condamnations pénales en 2011, 2012, 2013, 2016 et 2017, le casier judiciaire produit par le préfet de police de Paris en défense ne saurait suffire à établir que M. B a eu sa résidence habituelle sur le territoire français depuis 2011. En outre, M. B, qui ne produit aucune pièce autre que les décisions attaquées et un formulaire de demande d'aide juridictionnelle, n'établit pas davantage la réalité de sa vie privée et familiale, notamment sa relation de concubinage et sa contribution à l'entretien et à l'éducation d'un enfant sur le territoire français. Enfin, M. B ne démontre pas être dépourvu de toute attache familiale en Tunisie où il a vécu jusqu'à ses vingt-et-un ans. Dans ces conditions, le préfet de police de Paris n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

6. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée ait été prise sans que le préfet de police de Paris ait procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 1er août 2022.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes des dispositions de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes des dispositions de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

9. M. B soutient que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ est entachée d'une erreur de fait, dès lors que l'existence de la précédente obligation de quitter le territoire français du 9 octobre 2019, à laquelle il se serait soustrait, n'est pas établie. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustrait, il ressort de la décision attaquée que le préfet de police de Paris, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, s'est fondé sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur celles du 1° et du 5° de l'article L. 612-3 du même code. Dès lors, si la régularité du fondement du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être vérifiée en l'état des pièces produites, il est constant que M. B ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

13. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe, la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

14. Le requérant fait valoir que la durée fixée par le préfet de police de Paris est excessive compte tenu de sa situation familiale. Toutefois, la motivation de la décision attaquée atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères précités. En outre, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. B, qui n'établit pas la réalité de la situation familiale alléguée, ne démontre pas le caractère excessif de la durée fixée par le préfet à douze mois. Enfin, si, comme il a été dit aux points 3 et 9, l'existence d'une précédente obligation de quitter le territoire n'a pas été établie, il résulte des dispositions précitées de l'article de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la durée maximale autorisée d'interdiction du territoire est fixée à trois ans. Dès lors, compte tenu des trois autres critères, il ne ressort pas des pièces du dossier que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, fixée à douze mois par le préfet de police, prononcée à l'encontre de M. B soit excessive. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés. ".

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois doivent être rejetées.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police de Paris et à Me Moula.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2024.

La magistrate désignée,

N. MULLIÉLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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