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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208881

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208881

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208881
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantAUCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 en tant que la préfète du

Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois, sous astreinte de cent euros par jour de retard, à compter du jugement ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 en tant que la préfète du

Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière : d'une part, elle est insuffisamment motivée en fait ; d'autre part, la préfète du Val-de-Marne n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 24 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

2 septembre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise née en 1983 à Dakar (Sénégal), a sollicité le 27 février 2019 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 9 août 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté, à titre principal, en tant que la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français et, à titre subsidiaire, en tant que la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, Mme B soutient, sous l'intitulé " A) Sur la légalité externe ", que " la décision attaquée paraît entachée d'illégalité externe, en raison de l'irrégularité de la procédure " et fait valoir, " sur l'irrégularité de la procédure " que " la décision attaquée a été rendue en violation des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration " et que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. D'une part, l'argumentation juridique développée par le conseil de Mme B, fondée sur les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, est sans lien avec l'irrégularité de la procédure invoquée, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de la décision en litige étant de nature à caractériser un vice de forme de cette décision. Dans ces conditions, Mme B ne peut être regardée comme ayant présenté utilement une argumentation au soutien de l'irrégularité de procédure dont elle estime la décision entachée. D'autre part, il ne ressort pas des pièces versées au dossier ni des termes de la décision attaquée que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ".

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles

L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. D'une part, Mme B, qui produit une demande d'autorisation de travail remplie par son employeur et des fiches de paie sur une période de deux ans, soutient justifier d'une ancienneté professionnelle conséquente et de motifs exceptionnels de régularisation eu égard à sa situation en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que Mme B aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle ne remplit, en tout état de cause, pas les conditions à défaut de justifier de " la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Par ailleurs, si Mme B produit une attestation de concordance, non revêtue de sa signature, par laquelle son employeur a attesté, le 20 février 2019, qu'elle avait été recrutée, sous l'identité de

Mme D C, en qualité d'agent de propreté pour la période courant du

3 octobre 2016 au 31 novembre 2018 au sein de la Sarl Mg Service Conseil, elle ne conteste pas, ainsi que le relève la préfète du Val-de-Marne dans la décision attaquée, " avoir été en congé de maternité au mois de septembre 2020 et ne plus travailler depuis la naissance de son enfant au mois de janvier 2021 ". Mme B ne peut ainsi justifier d'une insertion professionnelle particulière en France. A cet égard, la circonstance qu'elle ait produit le formulaire Cerfa de demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger résidant en France renseignée par la Sarl Mg Service Conseil le 3 août 2022, soit quelques jours avant la décision litigieuse, n'est pas suffisante pour considérer que Mme B justifierait d'un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la préfète du Val-de-Marne aurait méconnu ces dispositions.

7. D'autre part, Mme B, qui se prévaut d'une durée de séjour de sept ans, allègue avoir des liens suffisamment intenses, stables et anciens sur le territoire français. Toutefois, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que Mme B aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle ne remplit, en tout état de cause, pas les conditions. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et de la décision attaquée que Mme B, célibataire et mère d'un garçon, né en 2017, scolarisé en école maternelle depuis l'année 2020, et d'une fille, née en 2021, séjourne dans des conditions précaires en France et ne peut justifier d'une insertion particulière en France ni d'attaches familiales sur le territoire français. Dans ces conditions, et sans qu'elle puisse utilement invoquer la circulaire Valls, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porté, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels la décision contestée a été prise.

8. En troisième et dernier lieu, compte tenu des considérations qui viennent d'être énoncées aux points 6. et 7. du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 6. à 8. du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision critiquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 août 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, décision à l'encontre de laquelle elle n'a invoqué aucun moyen. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions aux fins d'annulation présentées tant à titre principal qu'à titre subsidiaire ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions que Mme B a présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2208881

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