jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2208898 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | FAUVEAU IVANOVIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 3 août 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement l'allocation de demandeur d'asile à compter du 3 août 2022, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation personnelle et ses droits ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a procédé à aucun examen de sa situation personnelle et n'a pas évalué sa vulnérabilité ; ces vices de procédure ont exercé une influence sur le sens de la décision contestée et l'ont privé d'une garantie ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des faits pertinents.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;
- ses services ont commis une erreur de plume en fondant la décision en litige sur la circonstance que M. A n'avait pas honoré deux convocations alors qu'elle est justifiée par le fait qu'il avait été déclaré en fuite en refusant d'embarquer lors de son vol de transfert vers la Slovénie ; cette erreur de plume est sans conséquence sur les droits de M. A.
Par une ordonnance du 8 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 juin 2023 à 12 heures.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né en 1995 à Nangarhar (Afghanistan), qui a déposé une demande d'asile en France, enregistrée le 12 août 2021 selon la procédure dite " Dublin ", a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. A défaut d'avoir honoré les convocations aux rendez-vous des 9 septembre et 7 octobre 2021, l'intéressé a été déclaré en fuite par les services préfectoraux. Par un courrier du 8 juillet 2022, la directrice territoriale de l'OFII lui a notifié son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil. M. A a formulé des observations le 19 juillet 2022. Par une décision du 3 août 2022, dont le requérant demande l'annulation, la directrice de l'OFII lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun. Il suit de là que les conclusions que M. A a présentées tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle étant devenues sans objet, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / (). / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / () ".
4. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes applicables, à savoir les articles
L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également les éléments de fait propres à la situation de M. A et précise notamment qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'étant abstenu de s'être rendu aux entretiens personnels des 9 septembre et 7 octobre 2021 et qu'avant de prendre cette décision, l'OFII a examiné les besoins de l'intéressé et sa situation personnelle et familiale. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement sans que la circonstance que l'OFII aurait commis une erreur quant au motif susceptible de justifier cette décision ait une influence sur l'exigence de motivation prévue à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration n'ait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A ainsi qu'à l'évaluation de sa vulnérabilité alors qu'il a, à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile en guichet unique, le 12 août 2021, effectivement bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII, qui n'a pas mis en exergue d'éléments particuliers de vulnérabilité, laquelle a été évaluée à 1 sur une échelle allant de 0 à 3, et qu'il n'a présenté aucun élément nouveau relatif à sa situation. Au demeurant, si aux termes des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII est tenu de réaliser un entretien tendant à évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile lors de la présentation de leur première demande, aucune disposition ni aucun principe n'impose qu'un nouvel entretien soit réalisé avant l'édiction d'une décision mettant fin au bénéfice des conditions matérielles. M. A ne peut, dans ces conditions, soutenir avoir été privé d'une garantie.
7. En troisième et dernier lieu, pour justifier la décision en litige, l'OFII s'est fondé sur la circonstance tirée de ce que M. A n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en n'honorant pas les rendez-vous des 9 septembre et 7 octobre 2021.
8. M. A soutient que cette décision le place dans une situation de vulnérabilité et de précarité extrêmes, d'autant que dans son pays d'origine il a été victime de violences physiques et psychologiques, alors qu'il n'a jamais volontairement manqué à aucune des obligations s'imposant à lui au titre de l'asile. A cet égard, M. A fait valoir qu'" il a[vait] été orienté par l'OFII dans le département de l'Essonne le 25 août 2021 et que, depuis cette date, il dépendait de la Préfecture de l'Essonne qui lui a[vait] notifié le 21 septembre 2021 l'arrêté de transfert ".
9. Or, il ressort des pièces du dossier que M. A, ainsi que le relève l'OFII dans un courriel du 20 janvier 2022, qu'il n'avait pu, notamment, honorer, compte tenu de ce qu'il était dans le département de l'Essonne, la convocation du 7 octobre 2021. Ainsi, dans son mémoire en défense, qui a été communiqué à M. A, l'OFII fait valoir que l'intéressé a fait échec à son transfert en Slovénie en refusant d'embarquer le 20 janvier 2022.
10. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondée sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
11. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a, le 21 septembre 2021, notifié à M. A l'arrêté le transférant vers la Slovénie. M. A, qui a indiqué s'opposer à son transfert, a été informé des conséquences d'un refus d'embarquement. Le 21 janvier 2022, l'intéressé a refusé d'embarquer et a, ainsi, fait obstacle à son transfert. La substitution de motif invoquée n'a pas pour effet de priver l'intéressé d'une garantie procédurale. Il y a donc lieu de procéder à cette substitution. Dans ces conditions, M. A ne peut utilement, à l'appui de son moyen, contester la matérialité des faits en invoquant la circonstance qu'il s'est toujours présenté aux convocations des autorités. En outre, l'intéressé n'apporte aucun élément relatif à la situation de vulnérabilité qu'il invoque alors, au demeurant, ainsi que cela ressort des énonciations du point 6., que l'entretien dont il a bénéficié n'a pas révélé d'éléments particuliers de vulnérabilité. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle à supposer qu'il ait entendu invoquer de tels moyens en soulevant l'" erreur manifeste d'appréciation des faits pertinents ".
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 3 août 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à
l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
La rapporteure,
F. LUNEAU
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2208898
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026