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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209266

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209266

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCRECY NICOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 23 septembre et 2 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Crecy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (" FINIADA ") ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lever son inscription au FINIADA dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et d'avertir la fédération de chasse de Seine-et-Marne de cette levée ;

3°) de mettre à la charge du préfet de Seine-et-Marne la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne représente aucun danger pour l'ordre public, que la décision du juge judiciaire a été frappée d'appel, que le préfet lui a également interdit la détention d'armes de catégorie C alors que le juge judiciaire lui a seulement interdit la détention d'armes de catégorie B, et que la décision l'a empêché de renouveler son permis de chasser.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gracia, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Depuis l'année 1966, M. B est titulaire d'un permis de chasser. Par un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Meaux du 11 janvier 2022, l'intéressé a été reconnu coupable de menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, à Beautheil-Saints, entre le 1er janvier 2020 et le 10 juillet 2021. Il a également été reconnu coupable, par ce jugement, de détention non autorisée d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie B, à

Beautheil-Saints, entre le 1er janvier 2018 et le 12 juillet 2021. Il a ainsi été condamné, pour peine principale à 6 mois d'emprisonnement avec sursis, et à titre de peine complémentaire, à une interdiction de cinq ans de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation. Le

18 janvier 2022, le Bureau de l'exécution des peines du tribunal judiciaire de Meaux a transmis au préfet de Seine-et-Marne l'extrait des minutes du greffe rendant compte de la condamnation de M. B afin de l'inscrire au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes (" FINIADA "), ce qui a été fait le 21 janvier 2022. Par courriel du

13 septembre 2022, le requérant a sollicité du préfet de Seine-et-Marne la communication de la décision par laquelle il a été inscrit à ce fichier. Par un courriel du 4 octobre 2022, le préfet de Seine-et-Marne a indiqué à M. B qu'il a été inscrit au FINIADA le 12 janvier 2022 à la suite du jugement du tribunal judiciaire de Meaux du 11 janvier 2022 dont il a fait l'objet, et l'a invité à se dessaisir des armes en sa possession. Par ordonnance du 18 octobre 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Melun a rejeté la demande de M. B tendant à la suspension, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de la décision par laquelle il a été inscrit au FINIADA. Par la présente requête,

M. B doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision du 12 janvier 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne l'a inscrit au FINIADA, dont il est fait mention dans le courriel du préfet du 4 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes () des catégories A, B et C : () / 2° Les personnes condamnées à une peine d'interdiction de détenir ou de porter un matériel de guerre, une arme, des munitions et leurs éléments soumis à autorisation ou à déclaration ou condamnés à la confiscation de matériels de guerre, d'armes, de munitions et de leurs éléments dont elles sont propriétaires ou dont elles ont la libre disposition, ou faisant l'objet d'une telle interdiction dans le cadre () de toute autre décision prononcée par l'autorité judiciaire ". Aux termes de l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : () / 2° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3 ; () ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'une décision de l'autorité judiciaire condamne une personne à l'interdiction de détention d'armes de catégorie A, B et C, l'autorité administrative est tenue de l'inscrire au FINIADA.

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné notamment à une interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pour une durée de cinq ans avec exécution provisoire et à une confiscation des armes saisies dans le cadre de la procédure dont le requérant est propriétaire ou a la libre disposition. Ainsi, conformément à ce qui a été dit au point 2, le préfet de Seine-et-Marne était tenu d'inscrire l'intéressé au FINIADA, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que M. B ait interjeté appel de ce jugement alors qu'il ressort des termes dudit jugement que les mesures de condamnation précitées sont assorties d'une exécution provisoire.

4. D'autre part, la compétence de l'administration à prendre la décision attaquée étant ainsi liée, l'ensemble des moyens invoqués à son encontre, et notamment le vice de procédure tiré du défaut de procédure contradictoire et les erreurs d'appréciation relatives à la circonstance que l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que la décision contestée a empêché le renouvellement de son permis de chasser sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés. Il en va de même du moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation, dès lors que le préfet aurait également interdit la détention d'armes de catégorie C, alors que, en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris une telle décision, ni qu'elle ferait l'objet du présent recours qui est seulement dirigée à l'encontre d'une décision d'inscription au FINIADA.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 janvier 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne l'a inscrit au FINIADA. Ces conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de la requête.

Sur la répartition des frais du litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante à l'instance, une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président-rapporteur,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le président-rapporteur,

J-Ch. Gracia L'assesseur le plus ancien,

D. Israël

La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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