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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2209585

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209585

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2209585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantZENNOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 4 octobre 2022 et 19 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Zennou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requérante soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa demande ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par décision du 21 septembre 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 11 mai 2023 :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante libanaise née en 1994, est entrée en France en octobre 2020 pour y suivre des études sous couvert de titres de séjour. Elle a sollicité, le 17 mai 2022, un changement de statut en qualité de salariée. Par arrêté du 27 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande et l'a obligée à quitter le territoire français. Par la requête précitée, l'intéressée sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité des décisions contestées :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour,

2. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en particulier les éléments ayant trait à la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme B, ainsi que la mention des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 421-1 et suivants et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel, sérieux et approfondi de la situation de Mme B, au regard des informations dont il avait connaissance.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie () avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "étudiant" délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" d'une durée d'un an dans les cas suivants : 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches ".

5. Si la requérante soutient que la décision contestée méconnaît ces dispositions et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation particulière, il ressort des pièces du dossier qu'elle a sollicité le 16 mai 2022, en se prévalant d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'hôtesse d'accueil, une " demande de changement de statut étudiant à salarié ou travailleur temporaire " sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du même code qui subordonne la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " à la détention préalable d'une autorisation de travail, et non pas une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Le préfet de Seine-et-Marne n'ayant pas à statuer sur une demande dont il n'était pas saisi, les moyens précités sont inopérants et doivent donc être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français,

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme B soutient que la décision attaquée lui porte un grave préjudice dès lors qu'elle a organisé sa vie en France où elle a brillamment réussi ses études et réalisé de nombreux stages professionnels, qu'elle est intégrée à la société française, qu'elle a accepté l'emploi précité dans l'attente de trouver un autre emploi dans son secteur, qu'elle a obtenu en novembre 2022 une promesse d'embauche, qu'elle a une sœur de nationalité française et d'un frère titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " et qu'elle doit subir une intervention chirurgicale importante alors que l'accès aux soins est impossible au Liban. Toutefois, elle est célibataire et sans enfant, n'est présente en France que depuis le 16 octobre 2020, sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " qui ne lui donne pas vocation à s'installer durablement sur le territoire, n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans, et ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire national inscrits dans la durée et la stabilité par la seule présence d'un frère et d'une sœur. Les pièces médicales versées au dossier ne suffisent pas à établir que l'état de santé de la requérante ne pourrait être pris en charge de manière appropriée dans son pays d'origine. Ainsi et compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 27 juillet 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles au titre des frais de justice, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Zennou et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé : P. MEYRIGNAC La présidente,

Signé : C. LEDAMOISEL

Le greffier,

Signé : G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,2

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