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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2210131

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210131

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2210131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantEYRIGNOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2022, Mme B A C, représentée par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 juin 2022 par lequel le maire de Melun a prononcé sa radiation des cadres de la commune ensemble la décision de rejet opposée par cette autorité à son recours gracieux, ainsi que le courrier en date du 22 juillet 2022 par lequel celle-ci l'a informée de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la commune de Melun de procéder à la reconstitution de sa carrière à compter du 4 mai 2022 dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Melun la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'est pas accompagnée de la lettre recommandée n°1A 193 242 3726 9 qu'elle mentionne ainsi que de la preuve de son envoi et de sa bonne réception ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commune de Melun ne lui a pas adressé par lettre recommandée avec accusé de réception de mise en demeure signée par une autorité compétente préalablement à sa radiation des cadres qui l'aurait invitée à reprendre son service dans un délai raisonnable et qui l'aurait informée du risque qu'elle encourait ;

- à la date de la mise en demeure, sa situation était régie par les dispositions de la circulaire du 9 septembre 2021 relative à l'identification et aux modalités de protection des agents publics civils reconnus vulnérables à la covid-19, en conséquence de quoi elle devait être maintenue en autorisation spéciale d'absence jusqu'au 31 juillet 2022 à minima et elle ne pouvait pas être mise en demeure de reprendre son poste avant cette date ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle n'a pas abandonné son poste, que sa situation était justifiée par son état de santé et que rien ne justifie que la date d'effet de la radiation ait été fixée au 4 mai 2022.

Par un mémoire en défense, présenté par Me Eyrignoux et enregistré le 4 septembre 2023, la commune de Melun, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 octobre 2023 à 12h00 par ordonnance du 5 septembre 2023.

Un mémoire a été enregistré le 17 octobre 2023 à 18h27 pour Mme A C postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Par un courrier en date du 1er juillet 2024, les parties ont été informées, en application de l'article L. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre le courrier du 22 juillet 2022 qui ne présente aucun caractère décisoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le décret n° 2021-1162 du 8 septembre 2021 pris pour l'application de l'article 20 de la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificatives pour 2020 ;

- la circulaire (ministère de la transformation et de la fonction publiques) du 9 septembre 2021 relative à l'identification et aux modalités de protection des agents publics civils reconnus vulnérables à la Covid-19 ;

- l'ordonnance du 15 novembre 2022 du juge des référés du présent tribunal (requête n° 2210643) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Issard,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- les observations de Me Lerat, représentant Mme A C,

- et les observations de Me Pawlotsky représentant la commune de Melun.

Une note en délibéré présentée pour Mme A C a été enregistrée le 8 juillet 2024.

Une note en délibéré présentée pour la commune de Melun a été enregistrée le 9 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Madame A C, titulaire du grade d'adjointe administrative territoriale au sein de la commune de Melun, a été placée, à compter du 2 novembre 2020, en autorisation spéciale d'absence pour raisons de santé. Par un courrier en date du 17 septembre 2021, la directrice des ressources humaines de la commune l'a informée de l'évolution du régime des autorisation spéciales d'absence et l'a conviée à un entretien auprès de la médecine du travail qui s'est tenu le 18 octobre 2021. Par un courrier en date du 19 janvier 2022, elle l'a informée de ce que la médecine du travail avait émis un avis favorable à sa reprise de fonctions sous réserve que lui soit proposé un poste adapté à son état de santé et de ce qu'il lui revenait de prendre attache avec le département des ressources humaines dans les quinze jours afin d'organiser son retour au travail. Par un courrier en date du 13 avril 2022, intitulé " Mise en demeure de reprendre votre poste ", le maire de la commune l'a " mise en demeure de fournir les justificatifs de [son] absence à compter du 10 février 2022 et de [le] contacter sous 48h à compter de réception de ce courrier ". Par un courrier en date du 6 mai 2022, la commune de Melun a pris acte de son abandon de poste. Par un arrêté en date du 10 juin 2022, dont la requérante demande l'annulation ensemble le rejet opposé implicitement à son recours gracieux le 19 août 2022, le maire de Melun a procédé à sa radiation des cadres d'emploi de la commune pour abandon de poste. La requérante demande également l'annulation du courrier en date du 22 juillet 2022 par lequel le maire de Melun l'a informée de cette mesure.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre le courrier en date du 22 juillet 2022. Il ressort des pièces du dossier que ce courrier, qui vise à informer la requérante de sa radiation des cadres d'emploi de la commune, n'a aucun caractère décisoire. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation dirigées à son encontre sont irrecevables et doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 10 juin 2022, ensemble la décision de rejet opposée implicitement au recours de gracieux de la requérante le 19 octobre 2023. Aux termes de l'article L. 553-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire peut être licencié dans les cas suivants : 1° Pour abandon de poste ; () ". Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable.

4. Mme A C soutient que la commune de Melun ne lui a adressé aucune mise en demeure prenant la forme d'un document écrit, qui lui aurait été notifié et qui l'aurait informée du risque qu'elle courrait d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable.

5. Il résulte de la réglementation postale qu'en cas d'absence du destinataire d'une lettre remise contre signature, le facteur doit, en premier lieu, porter la date de vaine présentation sur le volet " preuve de distribution " de la liasse postale, cette date se dupliquant sur les autres volets, en deuxième lieu, détacher de la liasse l'avis de passage et y mentionner le motif de non distribution, la date et l'heure à partir desquelles le pli peut être retiré au bureau d'instance et le nom et l'adresse de ce bureau, cette dernière indication pouvant résulter de l'apposition d'une étiquette adhésive, en troisième lieu, déposer l'avis ainsi complété dans la boîte aux lettres du destinataire et, enfin, reporter sur le pli le motif de non distribution et le nom du bureau d'instance. Compte tenu de ces modalités, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière, le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis. "

6. Il ressort de l'avis de réception du courrier du 13 avril 2022 versé par la commune au contradictoire, que ni la date de vaine présentation du pli, ni l'indication du motif pour lequel celui-ci n'a pu être remis n'y sont mentionnées. Il en résulte que, sans qu'il soit besoin d'examiner la régularité de la mise en demeure adressée par la commune de Melun à la requérante dans le cadre de la procédure de radiation des cadres qu'elle engageait à son encontre pour abandon de poste, Mme A C n'a pas été régulièrement informée de ce qu'elle avait la possibilité de retirer ce courrier au bureau d'instance, en conséquence de quoi elle est fondée à soutenir que la commune de Melun ne lui a adressé aucune mise en demeure prenant la forme d'un document écrit, qui lui aurait été notifié et qui l'aurait informée du risque qu'elle encourait une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable et à demander l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2022 et de la décision du 19 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction

7. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Melun de procéder rétroactivement à la réintégration de Mme A C dans les cadres d'emploi de la commune et à la reconstitution de sa carrière à compter du 4 mai 2022, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Melun le versement d'une somme de 1 500 euros à Mme A C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme A C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Melun à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 juin 2022, ensemble la décision du 19 octobre 2022, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Melun de procéder rétroactivement à la réintégration de Mme A C dans les cadres d'emploi de la commune et à la reconstitution de sa carrière à compter du 4 mai 2022, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement

Article 3 : Il est mis à la charge de la commune de Melun la somme de 1 500 euros à verser à Mme A C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Melun sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C et à la commune de Melun.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère.

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024 .

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDON La greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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