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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211074

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211074

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantGUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 17 novembre 2022, Mme C D, représentée par Me Guillou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge du préfet de Seine-et-Marne la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ; le caractère erroné de la motivation a pour conséquence un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard au regard du pouvoir général d'appréciation du préfet de Seine-et-Marne ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par suite de l'illégalité de la décision lui ayant fait obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 avril 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Réchard,

- et les observations de Me Guillou, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante albanaise née le 6 janvier 1988 à Rajce Librazhd (Albanie), a fait l'objet d'un arrêté du 8 juin 2018 par lequel le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par une ordonnance n° 1806252 du 30 octobre 2018, confirmée par une ordonnance n° 18VE04027 du 27 mai 2019 du président de la 6ème chambre de la cour administrative d'appel de Versailles, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme D dirigée contre cet arrêté comme manifestement irrecevable. Le 29 septembre 2021, la requérante a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour que le préfet de Seine-et-Marne a implicitement rejetée. Par un jugement n° 2202541 du 13 juillet 2022, le tribunal administratif de Melun a annulé la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande au motif qu'elle n'était pas motivée et lui a enjoint de procéder au réexamen de la demande de Mme D. En exécution de ce jugement, le préfet de Seine-et-Marne a procédé au réexamen de cette demande et, par un arrêté du 12 octobre 2022, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ".

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. B A, nommé préfet de Seine-et-Marne par décret du président de la République du 30 juin 2021, publié le 1er juillet 2021 au journal officiel de la République française (texte n° 62). Celui-ci était compétent tant pour prendre la décision attaquée que la signer, sans devoir, contrairement à ce qu'allègue la requérante, être titulaire d'une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et ne peut ainsi qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. D'une part, la décision attaquée vise notamment les textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, elle énonce les éléments relatifs au parcours de la requérante et à sa situation professionnelle et familiale. Dès lors, elle comporte les considérations de droit et de fait qui en sont le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée, qui ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs de celle-ci, doit être écarté.

6. En troisième lieu, en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision en litige, que le préfet de Seine-et-Marne se serait dispensé de procéder à un examen de la situation de la requérante.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (). "

8. Mme D soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'une part, si la requérante fait valoir qu'elle est entrée en France le 5 mars 2015 et qu'elle s'y maintient depuis cette date, elle ne produit aucune pièce probante de nature à établir cette date et qu'elle aurait résidé continument sur le territoire français depuis lors ainsi qu'en 2016 et 2017. En revanche, sa présence en France est établie depuis l'année 2018. D'autre part, si elle soutient occuper un poste d'employée de boulangerie et plus généralement un emploi depuis le mois d'avril 2019, il ressort des pièces qu'elle a versées au dossier qu'elle a occupé un emploi de vendeuse au sein de la société Raimana, sous couvert d'un contrat à durée déterminée du 14 mars au 13 juin 2019 en raison d'un surcroît d'activité puis, sous couvert d'un contrat à durée indéterminée à compter du 13 juin 2019, modifié le 1er octobre 2021 consécutivement à la prise en location gérance à compter de cette date du fonds de commerce par la société ADS Créteil. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et, notamment, de l'attestation employeur destinée à Pôle Emploi que la période d'emploi s'est achevée le 30 janvier 2022, que la case " 59. Démission (motif) : démission " a été cochée et qu'un reçu pour solde de tout compte a été signé par la requérante ainsi que le gérant de la société ADS Créteil le 30 janvier 2022. Mme D ne contredit, par ailleurs, pas les mentions de la décision attaquée selon lesquelles elle a, au cours de l'instruction de sa demande, présenté un contrat à durée indéterminée en qualité de vendeuse et une autorisation de travail complétée par son la société Emblématique Montrouge et que la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a, le 17 juin 2022, émis un avis défavorable et, qu'en outre, les bulletins des mois de février à avril 2022 faisaient apparaître une absence injustifiée la privant de tout revenu. Dans ces conditions, elle ne peut justifier, à la date de la décision critiquée, d'une insertion professionnelle. Compte tenu des considérations qui viennent d'être énoncées, alors au demeurant que la requérante est célibataire et sans enfant et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays où réside son père, Mme D n'est pas fondée à soutenir, à supposer même établie la présence en France d'un frère et de deux sœurs, que le préfet de Seine-et-Marne a porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise et ne méconnaît pas, ainsi, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que la demande de Mme D n'était pas justifiée par des considérations humanitaires ou par un motif exceptionnel au sens des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Il résulte de ces dispositions que lorsque l'obligation de quitter le territoire français, qui ressortit des catégories de décisions devant être motivées en droit et en fait, vise un étranger faisant l'objet d'un refus de titre de séjour, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de motivation spécifique.

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 5. du présent jugement que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, serait insuffisamment motivée par suite de l'insuffisance de motivation de celle lui ayant refusé la délivrance d'un titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 9. du présent jugement que le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

13. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8. du présent jugement, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de " son pouvoir général d'appréciation " et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle le préfet fixe le pays à destination duquel sera reconduit l'étranger qui n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français, laquelle constitue une décision distincte de la mesure d'éloignement elle-même en vertu des dispositions de l'article L. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constitue une mesure de police qui doit, en principe, être motivée.

16. Si Mme D a, sous l'intitulé " 1 - Sur l'illégalité externe ", invoqué l'" absence d'examen approfondi et [l']insuffisance de motivation ", elle n'a, au vu de l'argumentation qu'elle a développé, entendu contester que la seule motivation de la décision fixant le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être reconduite. Or, cette décision, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise sa nationalité et relève qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine, comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut donc qu'être écarté.

17. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 9. et 10. à 14. du présent jugement, que le moyen invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité des décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté..

18. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2022 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ne peuvent qu'être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles qu'elle a présentées sur le fondement l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2211074

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