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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211436

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211436

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantNGUIYAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 novembre 2022 et 15 mars 2023, M. C B, représenté par Me Nguiyan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 20 janvier 2023 en tant qu'il rejette sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut à ce que le tribunal prononce un non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte et rejette le surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient qu'elle a pris, le 20 janvier 2023, à l'encontre de M. B, un arrêté par lequel elle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Timothée Gallaud, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais se maintenant en France en situation irrégulière, a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " le 13 juin 2022. Le silence gardé sur cette demande pendant plus de quatre mois par la préfète du Val-de-Marne a fait naître le 14 octobre 2022, en application des dispositions combinées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet dont M. B a demandé l'annulation par la requête visée ci-dessus. Dans le dernier état de ses écritures, l'intéressé demande l'annulation de l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 20 janvier 2023 en tant qu'il rejette explicitement sa demande.

2. La décision explicite du 20 janvier 2023 se substitue à la décision implicite née antérieurement du silence gardé par la préfète sur la demande de M. B. Ainsi que ce dernier le soutient, ses conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme dirigées contre cette décision explicite. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient la préfète du Val-de-Marne, l'intervention de l'arrêté du 20 janvier 2023 ne rend pas sans objet la requête. Par suite, l'exception à fin de non-lieu opposée en défense doit être écartée.

3. En premier lieu M. B ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision explicite du 20 janvier 2023, de ce que les motifs de la décision implicite née antérieurement ne lui ont pas été communiqués.

4. En second lieu, aux termes, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

5. M. B soutient qu'il réside en France, de manière continue, depuis l'année 2018 et se prévaut de sa situation professionnelle et familiale. Toutefois, d'une part, le requérant ne conteste pas utilement les termes de l'arrêté du 20 janvier 2023 selon lesquels il a présenté des documents frauduleux pour justifier de l'exercice d'une activité professionnelle en France. D'autre part, si M. B se prévaut de ce qu'il vit en concubinage avec une compatriote titulaire d'une carte de résident avec laquelle il a eu un enfant né le 11 septembre 2019, les pièces du dossier, si elles permettent d'établir que le requérant est hébergé par cette compatriote, ne sont pas suffisantes pour caractériser la réalité de la relation de concubinage invoquée ni pour établir que l'intéressé contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B serait dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'au moins l'âge de 28 ans et où résident ses parents et l'une de ses sœurs. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour en litige ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, la préfète du Val-de-Marne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de M. B ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels et ne répondait pas à des considérations humanitaires au sens des dispositions citées au point précédent.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète

du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Marine Robin, conseillère,

Mme Héloïse Mathon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

T. GallaudL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

M. A

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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