jeudi 12 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2300058 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LA CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro 2300058 le 4 janvier 2023 et des pièces enregistrées le 9 janvier 2023, Mme A ou Valentina B, détenue à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis à la date de son recours puis retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de circulation sur le territoire français.
La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, représenté par le cabinet Actis Avocats, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 22 décembre 2022 et 12 janvier 2023.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 7 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les observations de Me Henry-Weissgerber, représentant Mme B, qui soutient que :
* la décision portant obligation de quitter le territoire français viole le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit ;
* et précise en outre abandonner la demande d'aide juridictionnelle figurant au dossier dès lors que Mme B est représentée à l'audience au titre de l'avocat commis d'office ;
- Mme B qui reconnaît avoir fait " pas mal de bêtises " et qu'elle a " payé " pour ces faits. Sa mère l'a laissée dans l'impasse ce qui a provoqué ces " bêtises ". Elle est en France depuis beaucoup de temps où elle souhaite vivre et travailler en liberté. Elle n'a rien en Italie dont elle ne parle même pas la langue ;
- et Me Termeau, représentant le préfet de l'Essonne, absent, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 16h48.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante italienne, née le 18 octobre 1996 à Milan (République italienne), est entrée en France en 1996 selon ses déclarations. L'intéressée a été condamnée le 21 mars 2017 par le tribunal correctionnel de Paris pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, tentative, à une peine de huit mois d'emprisonnement dont trois avec sursis ; sursis révoqué totalement par un jugement du juge d'application des peines du tribunal judiciaire de Bobigny du 12 juillet 2019, et écrouée le 1er novembre 2022 à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis d'où elle est sortie le 27 décembre 2022. Par arrêté du 13 décembre 2022, le préfet de l'Essonne a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai en application du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de circuler sur le territoire français. Par arrêté du même jour, notifié le 27 suivant, la même autorité l'a placée en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 29 décembre 2022 validée par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 2 janvier 2023 à laquelle fait suite une ordonnance du surlendemain statuant sur une requête en omission à statuer. Mme B demande au tribunal d'annuler le premier arrêté du 13 décembre 2022.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; (). ". En application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne autre que la France sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
3. En premier lieu, Mme B soutient que la décision en litige viole les dispositions citées au point précédent dès lors que son comportement ne peut être considérée comme constituant du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il ressort des pièces du dossier qu'outre sa condamnation rappelée au point 1, Mme B fait l'objet de plusieurs signalements et notamment pour conduite sans permis en janvier 2020, mai 2019, septembre 2018, février 2017 qu'elle reconnaît à l'audience, pour vol avec violences en octobre 2022 et pour recel en avril 2021, ne reconnaissant pas le signalement pour enlèvement qui, en tout état de cause, n'a fait manifestement l'objet d'aucune poursuites pénales malgré l'extrême gravité d'une telle incrimination. Il ressort encore du dossier qu'elle a utilisé plusieurs identités. À cet égard, si elle apporte à l'audience la copie d'un acte de naissance au prénom " Valentina ", elle ne justifie pas être cette personne, indiquant elle-même à l'audience avoir toujours été dépourvue de documents d'identité. Enfin, la plainte présentée à l'audience, mise au contradictoire, ne permet pas d'estimer, à elle-seule, qu'elle aurait agi sous contrainte. Ces agissements délictueux, eu égard à leur nature, à leur gravité et à leur multiplicité, suffisaient à établir qu'à la date de la décision contestée, le comportement personnel de la requérante constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de l'Essonne a pu décider d'éloigner l'intéressée sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Mme B fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France, où elle réside depuis de nombreuses années, dès lors qu'elle y a toute sa famille. Elle apporte à l'appui de son moyen, notamment à l'audience plusieurs pièces d'identité, dont des françaises, trois attestations d'hébergement et plusieurs autres documents. Les documents produits à l'audience ont été mis au contradictoire par le magistrat désigné. Toutefois et premièrement, les deux dernières attestations d'hébergements sont postérieures à la décision litigieuse. Deuxièmement, les documents présentés attestent la présence de l'intéressée, à supposer qu'il s'agisse de la même personne, en France de 2003 à 2007 en qualité d'élève scolarisée, en avril et juillet 2011, en juin 2013 ainsi que de 2019 à 2021. Ces éléments sont trop épars pour justifier une durée de présence continue et habituelle en France depuis 1996 ou 2003. Troisièmement, la demande d'admission au séjour au prénom " Valentina " ne porte aucune date de réception par les services préfectoraux. Quatrièmement, la seule présentation de copie d'identité de personnes, dont nombre étaient à l'audience, ne permet, à elle-seule, de justifier le lien de filiation ni l'existence de liens intenses et réguliers qu'elles entretiendraient entre elles. Cinquièmement, l'intéressée a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français par le préfet de l'Essonne le 1er avril 2017 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par un jugement du tribunal administratif de Montreuil produit en défense. Enfin, Mme B est célibataire et sans enfant à charge. Ainsi, en l'état du dossier, la requérante ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'elle invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
6. Aux termes de l'article L. 261-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 251-1 mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-4, à destination duquel les étrangers dont la situation est régie par le présent livre sont renvoyés en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible (). ".
7. Mme B fait valoir qu'elle ne sera jamais acceptée en République italienne dès lors, d'une part, qu'elle ne peut prouver sa nationalité étant dépourvue de tout document et, d'autre part, qu'elle est dépourvue de tout document d'identité. Toutefois, il appartient au préfet de prendre l'attache des autorités italiennes afin de vérifier si ces dernières reconnaissent l'intéressée comme une de ses ressortissantes ou comme pouvant être admise sur son territoire. La période de rétention administrative a notamment pour objet de permettre au préfet de procéder à de telles formalités. Par suite, en l'état du dossier, la décision en litige n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation ni d'aucune erreur de droit.
Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inclus dans le livre II portant dispositions applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° et 3°de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".
9. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'il prononce une interdiction de circulation sur le territoire français, l'autorité administrative doit en déterminer la durée qui ne peut excéder trois ans.
10. L'article 2 de l'arrêté contesté dispose que : " Une interdiction de circulation sur le territoire français est prononcée pour une durée de [préciser la durée] à son encontre. ". Il ressort de cette formulation que le préfet n'a fixé aucune durée à l'interdiction opposée à Mme B en contradiction avec les dispositions citées au point 8 telles qu'explicitées au point 9. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 13 décembre 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne l'a interdite circulation sur le territoire français " pour une durée de [préciser la durée] " mais pas celles de la même date par lesquelles la même autorité l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a interdit Mme A B de circuler sur le territoire français est annulée sans que Mme A B soit dispensée de son obligation de quitter le territoire français.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Essonne.
Lu en audience publique le 12 janvier 2023 à 16h53.
Le magistrat désigné,
Signé : G. C
La greffière,
Signé : N. Riellant
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026