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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300098

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300098

mercredi 5 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300098
TypeDécision
Formation7ème chambre
Avocat requérantEDIFICES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 janvier 2023, 6 février 2023, 5 décembre 2023 et 20 janvier 2024, M. K H, Mme L M, M. B E et Mme J E, représentés par Me Julié, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a délivré à la société Vilogia un permis de construire un immeuble collectif de quatorze logements sociaux sur un terrain situé 140 boulevard d'Alsace-Lorraine au Perreux-sur-Marne, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux, ainsi que les arrêtés des 10 octobre 2023 et 8 décembre 2023 par lesquels la préfète du Val-de-Marne a délivré à la société pétitionnaire des permis de construire modificatifs pour ce projet ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- le permis attaqué a été délivré sur la base d'un dossier de demande incomplet, faute pour la société pétitionnaire d'y avoir joint l'attestation prévue à l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme, ainsi qu'une notice décrivant d'une part le traitement réservé aux clôtures et d'autre part l'organisation et l'aménagement des accès au terrain ;

- il a été obtenu par fraude, la société pétitionnaire ayant sciemment produit une vue ne faisant pas apparaître l'une des deux maisons entourant le projet, dans le but de tromper les services instructeurs sur l'insertion du projet dans son environnement ;

- le projet méconnaît l'article 3.3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) du Perreux-sur-Marne, dès lors que l'accès pour les véhicules mesure moins de 3, 50 mètres de largeur ;

- le dernier niveau de la construction méconnaît les dispositions générales du règlement du PLU relatives aux attiques ainsi que son article UA 7.1.2 ;

- l'implantation d'une annexe n'est pas conforme aux dispositions des articles UA 7.2.6 et UA 8.2 du règlement du PLU ;

- la hauteur de l'immeuble excède la hauteur maximale autorisée par l'article UA 10.2.1 du règlement du PLU ;

- le projet méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et la préfète du Val-de-Marne aurait dû faire usage du pouvoir de modération de la hauteur des constructions qu'elle tient de l'article 10.2.2 du règlement du PLU ;

- le projet méconnaît les dispositions des articles UA 11.5.2 et UA 11.5.6 du règlement du PLU relatives au traitement des clôtures ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UA 12 du règlement du PLU relatives aux obligations en matière de stationnement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 septembre 2023, 29 septembre 2023 et 22 décembre 2023, la société Vilogia, représentée par Me Balaÿ et Me Hermary, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit une pièce le 9 novembre 2023 qui a été communiquée.

Un mémoire présenté par la société Vilogia a été enregistré le 28 février 2024 et n'a pas été communiqué.

Des pièces complémentaires, présentées pour la société Vilogia et la préfète du Val-de-Marne en réponse à des demandes de pièces, ont été enregistrées les 9 octobre 2024, 7 novembre 2024 et 6 février 2025 et ont été communiquées, en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 5 février 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par les requérants tendant à l'annulation de l'arrêté portant permis de construire modificatif du 10 octobre 2023, faute pour eux de produire l'acte attaqué conformément aux exigences de l'article R. 412-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 7 février 2025 en réponse au moyen relevé d'office et a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Prissette,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- les observations de Me Julié, représentant M. H et autres requérants,

- et les observations de Me Hy, substituant Me Balaÿ et Me Hermary, représentant la société Vilogia.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 5 juillet 2022, la préfète du Val-de-Marne a délivré à la société Vilogia un permis de construire un immeuble collectif de quatorze logements sociaux sur un terrain situé 140 boulevard d'Alsace-Lorraine au Perreux-sur-Marne. Par un courrier du 1er septembre 2022, réceptionné le 6 septembre suivant, M. H, Mme M, et M. et Mme E ont formé un recours gracieux contre cet arrêté. Une décision implicite de rejet est née le 6 novembre 2022 du silence gardé par l'autorité administrative pendant plus de deux mois sur ce recours. Le projet a été modifié par des arrêtés portant permis de construire modificatifs délivrés à la société Vilogia les 10 octobre 2023 et 8 décembre 2023. Les requérants demandent l'annulation du permis de construire du 5 juillet 2022, de la décision implicite rejetant leur gracieux, ainsi que des permis de construire modificatifs des 10 octobre 2023 et 8 décembre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2023 :

2. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. / () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la photographie du panneau d'affichage produite par les requérants à l'appui de leur mémoire en réplique, qu'un permis de construire modificatif n° PCM 094 058 22 01006 M02 a été délivré à la société Vilogia le 10 octobre pour un projet situé 140 boulevard d'Alsace Lorraine. Si la société pétitionnaire fait valoir que la première demande de permis de construire modificatif qu'elle a présentée pour le projet de construction attaqué a été classée sans suite le 26 octobre 2023 et qu'elle n'a obtenu un permis de construire modificatif que par un arrêté du 8 décembre 2023, produit spontanément à l'instance, les pièces qu'elle produit pour en justifier sont relatives à une autre demande n° PCM 094 058 21 01042 M02. Dans ces conditions, dès lors qu'il n'est pas établi que le permis de construire du 10 octobre 2023 photographié par les requérants et dont ils demandent l'annulation aurait été retiré, et en l'absence de production par ces derniers, malgré une demande en ce sens du tribunal, de l'arrêté délivrant ledit permis de construire modificatif n° PCM 094 058 22 01006 M02, leurs conclusions à fin d'annulation de cet arrêté ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables en application des dispositions précitées de l'article R. 412-1 du code de justice administrative.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Aux termes de l'article L. 422-2 de ce code : " Par exception aux dispositions du a de l'article L. 422-1, l'autorité administrative de l'État est compétente pour se prononcer sur un projet portant sur : () / d) Les opérations de logement situées dans les secteurs arrêtés par le préfet en application du deuxième alinéa de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation et appartenant aux catégories de constructions ou d'aménagements listées dans l'arrêté pris en application du même article L. 302-9-1, et les opérations ayant fait l'objet, pendant la durée d'application de cet arrêté, d'une convention prise sur le fondement du sixième alinéa dudit article L. 302-9-1 ". Aux termes de l'article R. 422-2 du même code : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable dans les communes visées au b de l'article L. 422-1 et dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : () / g) Pour les constructions à usage de logement situées dans les secteurs arrêtés par le préfet en application du deuxième alinéa de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation et appartenant aux catégories de constructions ou d'aménagements énumérées dans l'arrêté pris en application du même alinéa, et les opérations ayant fait l'objet, pendant la durée d'application de cet arrêté, d'une convention prise sur le fondement du sixième alinéa du même article. / () / Le préfet peut déléguer sa signature au responsable du service de l'Etat dans le département chargé de l'instruction ou à ses subordonnés, sauf dans le cas prévu au e ci-dessus. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature, notamment en matière d'ordonnancement secondaire : / 2° Pour les matières relevant de leurs attributions, aux chefs des services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat dans le département ; / () ". Aux termes de l'article 44 de ce même décret : " I. - Les chefs des services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat dans le département, ainsi que l'adjoint auprès du directeur départemental des finances publiques mentionné au 15° de l'article 43, peuvent donner délégation pour signer les actes relatifs aux affaires pour lesquelles ils ont eux-mêmes reçu délégation aux agents placés sous leur autorité. () / ".

6. Enfin, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaitre le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.

7. Par un arrêté n° 2022/2024 du 3 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du Val-de-Marne n° 17 du 29 mai au 3 juin 2022, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à M. D I, chargé par intérim des fonctions de directeur régional et interdépartemental de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile de France, à l'effet de signer, notamment, les permis de construire. L'article 3 de cet arrêté prévoit expressément qu'en application du décret du 29 avril 2004, que M. I peut, sous sa responsabilité, subdéléguer sa signature à ses collaborateurs. Ainsi, par une décision du 9 juin 2022 n° DRIEAT-IDF-2022-0564 portant subdélégation de signature pour les matières exercées pour le compte de la préfète du Val-de-Marne, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 18 du 4 au 10 juin 2022, le directeur régional et interdépartemental de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile de France par intérim a donné subdélégation à M. G C, ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat, directeur-adjoint de l'unité départementale du Val-de-Marne et signataire de l'arrêté attaqué du 5 juillet 2022, à l'effet de signer tous les actes prévus à l'article 1er de l'arrêté n° 2022-2024 du 3 juin 2022, au titre desquels figurent les autorisations d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le moyen tiré des insuffisances entachant le dossier de demande de permis de construire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public. ".

9. Les requérants soutiennent que la construction projetée comporte des saillies sur le domaine public de sorte que le dossier de demande de permis de construire aurait dû comporter une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine autorisant l'occupation du domaine public. Il ressort des pièces du dossier que par un courriel du 24 mars 2022, le département du Val-de-Marne, gestionnaire du domaine public, a donné un avis favorable au principe de surplomb des balcons du projet. Si les requérants soutiennent que ce document n'était pas joint à la demande d'autorisation, la société Vilogia produit le courriel du 13 avril 2022 par lequel elle a adressé cet avis au service instructeur, dans le cadre de la demande de pièces complémentaires qui lui a été adressée le 21 mars 2022. Il n'est ni établi, ni même allégué que cette pièce n'aurait pas été régulièrement réceptionnée, de sorte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le dossier de demande de permis de construire déposé par la société pétitionnaire aurait été incomplet à ce titre. Par suite, cette branche du moyen doit être écartée.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / () ".

11. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

12. Les requérants soutiennent que la notice descriptive du projet est insuffisante, dès lors qu'elle n'indique pas si les murs de clôture présents sur la parcelle seront conservés ou reconstruits. Si ladite notice se borne à indiquer que le terrain d'assiette du projet " présente une façade et une clôture (muret et grille) sur le boulevard d'Alsace Lorraine ", le plan de masse et le plan du local vélo font quant à eux apparaître les murs de clôtures existants, dont il ressort qu'ils seront tous conservés après travaux. En se bornant à soutenir que ces mentions seraient insuffisantes à établir la conformité des clôtures au respect des dispositions de l'article UA 11.5.2 du règlement du plan local d'urbanisme, qui imposent une hauteur des clôtures inférieure ou égale à 2 mètres, les requérants ne démontrent pas que cette insuffisance, à la supposer même établie, aurait été de nature à exercer une influence sur l'appréciation du service instructeur, alors notamment que la société pétitionnaire fait valoir sans être sérieusement contestée que le projet n'emporte aucune modification des clôtures. Il suit de là que cette branche du moyen doit être écartée.

13. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ".

14. Si les requérants soutiennent que le dossier de demande est dépourvu de la notice prévue au f) de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, il ressort des pièces du dossier que la notice architecturale décrit l'accès des véhicules au parking de la construction, les dimensions du local vélo et le nombre de places de stationnement. En outre, le plan du rez-de-chaussée représente la configuration du parc de stationnement ainsi que le bateau créé pour y accéder. Ce plan, côté, permet notamment de connaitre les dimensions des sept places créées. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas davantage fondés à soutenir que le dossier de demande serait entaché d'insuffisance à cet égard. Par suite, la dernière branche de ce moyen doit également être écartée.

En ce qui concerne le moyen tiré de ce que le permis de construire aurait été obtenu par fraude :

15. La fraude, dont le juge de l'excès de pouvoir apprécie l'existence à la date du permis de construire, est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier, y compris le cas échéant au vu d'éléments dont l'administration n'avait pas connaissance à cette date, que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration ou s'est livré à des manœuvres en vue d'obtenir un permis de construire indu.

16. Les requérants soutiennent que le permis de construire attaqué a été obtenu frauduleusement, la société pétitionnaire ayant délibérément produit comme document " vue d'insertion " une vue sur laquelle l'une des deux villas encadrant le terrain d'assiette du projet a été supprimée, de manière à fausser l'appréciation portée par les services instructeurs sur la conformité du projet à l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Toutefois, ces constructions apparaissent dans d'autres documents de la demande d'autorisation et notamment sur le plan de masse, qui précise leur hauteur, sur les photographies de l'environnement d'implantation du projet et sur les plans de façade. Le moyen selon lequel le permis de construire contesté aurait été obtenu par fraude ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3.3 du règlement du plan local d'urbanisme :

17. Aux termes de l'article 3.3 du règlement du plan local d'urbanisme du Perreux-sur-Marne, alors applicable : " sur une même unité foncière, chaque construction devra avoir un accès de 3, 50 m minimum au niveau du terrain naturel ".

18. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse établi à l'échelle, que l'accès à la construction projeté mesurera 3, 60 mètres de largeur, conformément aux dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux attiques et de l'article UA 7.1.2 de ce règlement :

19. D'une part, les définitions du règlement du plan local d'urbanisme du Perreux-sur-Marne définissent l'attique comme " un niveau en attique correspondant au dernier niveau d'une construction implantée en retrait d'au minimum 2, 5 m par rapport au nu de la façade sur rue et d'au minimum 2 m par rapport au nu de la façade arrière ".

20. Les requérants soutiennent que le projet méconnaîtrait ces dispositions, dès lors que le dernier niveau de la construction n'est pas implanté en retrait d'au minimum deux mètres par rapport au nu de la façade arrière. Toutefois, la circonstance que le dernier niveau de l'immeuble ne corresponde pas à la définition de l'attique au sens du règlement du plan local d'urbanisme n'entache pas en elle-même d'illégalité le permis de construire attaqué, mais fait seulement obstacle à l'application, s'agissant de ce niveau, des dispositions particulières du règlement du plan local d'urbanisme réservées aux attiques.

21. D'autre part, aux termes de l'article UA 7.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Au-delà de la bande de 15 m comptée perpendiculairement depuis l'alignement ou depuis la marge de recul de 5 mètres minimum imposé(e), les constructions devront être implantées en retrait des limites séparatives latérales. Ce retrait doit être de : • 3 m minimum en cas de façade aveugle ou ne comportant que des jours de souffrance ou des ouvertures avec une allège d'une hauteur supérieure à 1,90 m. • 8 m minimum en cas de baies ". Une baie est définie par les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme comme une " ouverture pratiquée dans un mur ou un toit, servant au passage, à la vue, à l'éclairage ou à l'aération d'un bâtiment. Le calcul des distances aux articles 7 et 8 se fait au droit de la baie " et sont considérés comme des baies créant des vues " les fenêtres, les portes fenêtres, les balcons, les loggias, les terrasses supérieures à 0.20 mètres du terrain naturel, les ouvertures de toiture ".

22. En l'espèce, les requérants soutiennent que le balcon implanté sur la façade arrière du bâtiment, situé au-delà de la bande de 15 mètres, ne pouvait être implanté à 3 mètres de la limite séparative latérale la plus proche. Si, en application des dispositions précitées, un balcon est en principe constitutif d'une baie créant des vues, il ressort des pièces jointes au dossier de demande d'autorisation que le flanc du balcon en cause sera surmonté d'un pare-vue opaque mesurant 1, 90 mètres. Eu égard à ses caractéristiques, ce pare-vue doit être regardé comme une façade aveugle, de sorte qu'un retrait de 3 mètres minimum seulement devait être respecté en application de l'article UA.7.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance des articles UA 7.2.6 et UA 8.2 du règlement du plan local d'urbanisme

23. En premier lieu, aux termes de l'article UA 7.2.6 du règlement du plan local d'urbanisme du Perreux-sur-Marne, alors applicable : " Au-delà de la bande de 15 m comptée perpendiculairement depuis l'alignement ou depuis la marge de recul obligatoire de 5 mètres minimum indiquée au plan 5.b. des prescriptions graphiques, les bâtiments annexes d'une hauteur totale inférieure ou égale à 2, 60 m et avec une superficie inférieure ou égale à 15 m2 de surface de plancher pourront être implantées en limites séparatives latérales ou en limites de fond de parcelle. / () ". En vertu des dispositions générales du règlement, sont considérées comme des annexes : " les constructions d'une superficie inférieure ou égale à 20 m2 (qu'elles soient closes ou non) et d'une hauteur totale inférieure ou égale à 2, 60 m implantées indépendamment de la construction principale et qui répondent aux conditions cumulatives suivantes : - ne pas être affectées à l'usage d'habitation ; - être affectées à l'usage de garage, d'abri de jardin, d'abri vélos, de bûcher, de local d'ordures ménagères ; - ne pas être contigües à une construction principale ". Enfin, aux termes de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme : " La surface de plancher de la construction est égale à la somme des surfaces de plancher de chaque niveau clos et couvert, calculée à partir du nu intérieur des façades () ".

24. Les requérants soutiennent que le local vélos, qui constitue une annexe au sens du règlement du plan local d'urbanisme, ne pouvait être implanté en limite séparative, dès lors que sa superficie excèderait selon eux 15 m2 de surface de plancher. Toutefois, ils n'établissent pas que le seuil de 15 m2 de surface de plancher serait dépassé, en se fondant pour élaborer leurs calculs sur les dimensions déclarées du local vélo sans en retrancher l'épaisseur des murs. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

25. En second lieu, aux termes de l'article UA 8.2 du règlement du plan local d'urbanisme du Perreux-sur-Marne, alors applicable : " la distance entre un bâtiment principal et une annexe est fixée à 4 m ".

26. Il ressort du plan de masse joint à la demande de permis de construire initial que l'implantation du local vélos était prévue en fond de parcelle, à plus de 4 mètres de la construction principale. Toutefois, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial. En l'espèce, la société pétitionnaire a obtenu en dernier lieu un permis de construire modificatif le 8 décembre 2023, portant sur la localisation du local vélos, qui a prévu son implantation à 4 mètres du rez-de-chaussée du bâtiment principal. Dans ces conditions, le permis de construire modificatif a régularisé le vice initial entachant le projet. Il suit de là que le moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UA 10.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme :

27. Aux termes de l'article UA 10.1.1 du règlement du plan local urbanisme du Perreux-sur-Marne, alors applicable : " 10.1.1. Sauf mention contraire au plan 5.b des prescriptions graphiques, dans une bande de 15 m comptée perpendiculairement depuis l'alignement ou la marge de recul imposé(e), la hauteur maximale des constructions est fixée à : • En UAa : 15 m à l'égout du toit et 18 m au faîtage, ou 18 m à l'acrotère • En UAb : 12 m à l'égout du toit et 15 m au faîtage, ou 15 m à l'acrotère () ". Aux termes de l'article UA 10.2.1 de ce règlement : " 10.2.1 Afin d'assurer une meilleure insertion urbaine, une diminution de la hauteur par rapport à celle autorisée aux articles 10.1 sera exigée si le projet est limitrophe d'une zone UM, UB ou UL afin de tenir compte du tissu existant. La hauteur maximale imposée sera limitée à un niveau supplémentaire par rapport à la hauteur autorisée en zone UM, UB, UL, soit 12 mètres. Cette variation de hauteur pourra s'appliquer sur tout ou partie de la construction ".

28. Les requérants soutiennent que le projet est situé en zone UAa sur un terrain limitrophe de la zone UM, de sorte que la hauteur maximale autorisée était réduite, en application des dispositions précitées, à 12 mètres. Toutefois, si le terrain d'assiette du projet est limitrophe, en fond de parcelle, d'un terrain situé en zone UM, il ressort des schémas illustrant cette règle du PLU que les dispositions de l'article UA 10.2.1 n'ont vocation à s'appliquer qu'aux constructions ou parties de constructions limitrophes d'une zone UM, UB ou UL, ce qui n'est pas le cas du projet contesté. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme faisaient obstacle à ce que l'immeuble mesure une hauteur de 18 mètres. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et UA 10.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme :

29. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

30. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

31. En l'espèce, d'une part, le terrain d'assiette est situé en zone UA, qui correspond selon les termes du règlement du plan local d'urbanisme " aux secteurs situés de part et d'autre des axes à densifier en harmonie avec les tissus pavillonnaires alentours ", et plus particulièrement en zone UAa, décrite comme vouée " à accueillir des constructions plus importantes ". Si l'immeuble projeté s'insérera entre deux pavillons, le quartier est néanmoins marqué par une hétérogénéité architecturale. Ainsi, s'il se compose d'habitations de petite et moyenne taille, il comprend aussi des immeubles collectifs de plus grande ampleur, notamment une construction en R+4 implantée à proximité immédiate du terrain d'assiette du projet, et il ressort des pièces du dossier que se succèdent des constructions de formes, dimensions et matériaux variés de part et d'autre du boulevard d'Alsace Lorraine. D'autre part, le projet porte sur la construction d'un immeuble d'habitation collectif sur rue de niveau R+5 et de type contemporain. Or, son volume est atténué par un séquençage horizontal et vertical des façades et la percée de nombreuses ouvertures. En outre, la société pétitionnaire a sélectionné des matériaux que l'on retrouve dans le bâti environnant, notamment la brique et l'enduit. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'immeuble, nonobstant sa hauteur, porterait atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

32. En second lieu, aux termes de l'article 10.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme du Perreux-sur-Marne, alors applicable : " Afin d'assurer une meilleure insertion urbaine, une diminution de la hauteur par rapport à celle autorisée aux articles 10.1 pourra être imposée si le projet est contigu d'une construction en bon état et d'une hauteur inférieure au maximum autorisé afin de tenir compte du tissu existant. La hauteur maximale imposée pourra être limitée au niveau de plus que la hauteur de la construction contigüe. Cette variation de hauteur pourra s'appliquer sur tout ou partie de la construction. ".

33. Si les requérants soutiennent que les services instructeurs auraient dû faire usage de leur pouvoir de modulation de la hauteur défini par les dispositions précitées, il résulte de ce qui a été dit au point 31 du présent jugement que l'implantation de la construction n'est pas de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. En tout état de cause, l'immeuble projeté n'est pas contigu des maisons d'habitation situées sur les parcelles voisines. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance des articles UA 11.5.2 et UA 11.5.6 du règlement du plan local d'urbanisme :

34. Aux termes de l'article UA 11.5.2 du règlement du plan local d'urbanisme du Perreux-sur-Marne, alors applicable : " La hauteur totale des clôtures doit être inférieure ou égale à 2, 00 mètres. Les murs pleins existants pourront être conservés ". Aux termes de l'article 11.5.6 du même règlement : " Les murs de clôture en pierres ou briques doivent être conservés ou reconstruits à l'identique s'ils sont en mauvais état. Des modifications ponctuelles sont néanmoins possibles dans les cas suivants : la création d'un accès, la diminution de la hauteur lorsqu'elle est supérieure à 2 mètres ou la réalisation de percements mineurs ".

35. A ne ressort pas des pièces du dossier que le projet porterait sur la démolition ou la construction des clôtures, qui seront conservées en l'état ainsi qu'il a été dit ci-dessus et comme le permettent les dispositions précitées. Dans ces conditions, les requérants, qui se bornent à soutenir qu'il n'est pas établi que les murs de clôtures mesureraient moins de 2 mètres de hauteur, ne démontrent pas que les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme auraient été méconnues.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme

36. En premier lieu, aux termes de l'article UA 12.4 du règlement du plan local d'urbanisme du Perreux-sur-Marne, alors applicable : " la distribution des places de stationnement, leurs dimensions, le tracé en plan, en profil et en long de leurs accès devront être étudiés de façon à éviter des manœuvres excessives, difficiles ou encombrant la voie publique (trottoir et chaussée) ". Aux termes de l'article UA 12.4.3 de ce règlement : " pour le stationnement automobile, chaque emplacement doit répondre aux caractéristiques minimales suivantes (hors poteaux) : Longueur : 5,00 m ; Largeur : 2,50 m / () ".

37. Si les requérants soutiennent que le projet méconnaît ces dispositions, il ressort du plan coté du rez-de-chaussée que les places de stationnement mesureront au minimum 2, 50 mètres de largeur et 5 mètres de longueur. En outre, les requérants n'établissent pas que la configuration de ces places de stationnement imposerait des manœuvres excessives. Par suite, cette branche du moyen doit être écartée.

38. En deuxième lieu, le dernier alinéa de l'article UA.12.4.3 du règlement du plan local d'urbanisme prévoit que " dans les aires collectives, un dégagement doit être prévu dans le respect de la norme NFP 91-120 ". Contrairement à ce que les requérants soutiennent, il ressort du plan du rez-de-chaussée que la voie de circulation en double sens desservant les places de stationnement mesurera au moins 5 mètres de largeur, conformément à ce que prévoit la norme NFP 91-120 à laquelle se réfère le PLU. Par suite, cette branche du moyen doit être écartée.

39. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article UA 12.4.2 du règlement du plan local d'urbanisme du Perreux-sur-Marne, alors applicable : " pour des raisons de visibilité et de sécurité publique, les rampes d'accès aux parkings devront obligatoirement comporter à la sortie sur le domaine public un palier (pente maximum de 5 %) d'au moins 3, 50 mètres de longueur. La pente, hors palier, mesurée sur l'axe est limitée au maximum à 18 % ".

40. Si les requérants soutiennent que la rampe d'accès ne comporte pas à sa sortie un palier de 3,5 mètres de longueur, en méconnaissance des dispositions précitées, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet autorisé comprendrait une " rampe d'accès ", l'accès menant au parking situé au rez-de-chaussée étant direct depuis le boulevard d'Alsace-Lorraine. Par suite, la dernière branche de ce moyen, inopérante, doit également être écartée.

41. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. H, Mme M, et M. et Mme E doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

42. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

43. Il n'y a pas non plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la société Vilogia au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. H, Mme M, et M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Vilogia au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. K H et Mme L M, à M. B E et Mme J E, au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation et à la société Vilogia.

Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne et à la commune du Perreux-sur-Marne.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Prissette, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025.

La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOTLa greffière,

M. F

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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