LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300344

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300344

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300344
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLA CIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro 2300344 le 13 janvier 2023, un mémoire complémentaire et des pièces, enregistrées respectivement les 6 décembre 2022 et 12, 16 et 17 janvier 2023, Mme D F, retenue au centre de rétention administrative Cornebarrieu (Haute-Garonne) à la date de son recours puis à celui du Mesnil-Amelot n° 2 à la date du présent jugement, représentée par Me Sicre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation immédiatement à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme F soutient que :

- les décisions litigieuses :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* méconnaissent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de possibilité de faire valoir ses observations ;

- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

* est entache d'un défaut de motivation ;

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

* est entache d'un défaut de motivation ;

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2022 et 19 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme F n'est fondé.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 16 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. I, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de délivrer à Mme F dans l'attente du réexamen de sa situation une autorisation provisoire de séjour et de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de Mme F dans le système d'information Schengen ;

- Mme F.

Me Garcia, représentant Mme F, constitué le 18 janvier 2023, et le préfet des Bouches-du-Rhône n'étaient ni présents ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h04.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante marocaine, née le 21 novembre 1998 à Meknès (Royaume du Maroc), est entrée en France en août 2013 selon ses déclarations. L'intéressée a été interpellée le 2 décembre 2022 et placée le jour même en garde à vue pour des faits de violences volontaires. Par arrêté du 4 décembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de trois ans. Par une ordonnance du 6 décembre 2022 le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Toulouse a mis fin à la rétention de la requérante. L'intéressée a été interpellée le 20 décembre 2022 et placée le jour même en garde à vue pour des faits de violences sur conjoint et dégradations volontaires de biens privés, garde à vue différée pour ivresse. Par arrêté du 21 décembre 2022, le préfet de police de Paris l'a placée en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 24 décembre 2022 contre laquelle l'appel a été déclaré irrecevable par une ordonnance de la cour d'appel de Paris du 27 suivant. Le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux a, par une ordonnance du 11 janvier 2023, rejeté la demande de mise en liberté présentée par l'intéressée. Mme F demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 4 décembre 2022.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme F, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. De première part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des avis d'admission aux services des urgences du centre hospitalier de Toulon, des attestations des différentes associations (C, Osig Marseille, Nouvelle Aube, Urban Prod, Apprentis d'Auteuil), du psychologue clinicien et du département du Var, du document provenant de la mission locale jeunes des G B et enfin des deux certificats de scolarité, que Mme F démontre être présente sur le territoire français depuis septembre 2013.

4. De deuxième part, l'attestation de l'association Groupement d'Éducateurs Pour l'Insertion des Jeunes (C) du 5 décembre 2022, sise à Marseille, retrace le parcours de l'intéressée. Il ressort de cette attestation, dont plusieurs des termes sont corroborés par des pièces du dossier, qu'elle est toujours suivie par une éducatrice spécialisée, qu'elle a été récupérée par ses oncle et tante, après son abandon par son père en Italie où elle est arrivée munie d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de type D le 28 juillet 2013 en provenance du Royaume du Maroc sur décision de sa mère, avant d'être placée au service de l'aide sociale à l'enfance du Var du 3 juillet 2015 au 25 avril 2017 sur demande de sa tante pour des raisons de comportement. L'éducatrice spécialisée continue en précisant que Mme F présente de réelles qualités et compétences dans le domaine de la restauration qui lui a value de signer un contrat d'apprentissage en 2016, qu'elle a fait preuve d'assiduité dans toutes les démarches administratives (domiciliation, dossier pour l'aide médicale de l'État -AME- et impôts) et enfin qu'elle a pu maintenir le lien avec l'association démontrant, selon l'éducatrice spécialisée, sa détermination à se stabiliser, et a toujours été volontaire pour participer aux ateliers collectifs proposés et à la vie associative. Il ressort de l'attestation de l'association Osig Marseille du 1er juillet 2022 que l'intéressée a participé avec assiduité de juin 2019 à novembre 2020 aux permanences et activités organisées par cette même association selon un rythme d'environ une fois par semaine, précisant que, malgré les difficultés et la précarité de sa situation, elle était impliquée dans les activités de l'association (cantines, sorties pédagogiques et ateliers). Il ressort de l'attestation Urban Prod, sise à Marseille, que, de 2016 à 2018, la requérante a été accueillie dans des ateliers hebdomadaires " Goûter Gaming et Custom Make " les mercredis et jeudis soir, dans le cadre du projet Les Temps Libres. Il ressort de l'attestation de l'association Apprentis d'Auteuil du 20 mai 2022 que Mme F a suivi un accompagnement intensif vers l'emploi et la formation notamment les 12 février et 24 septembre 2018 et 14 janvier et 22 avril 2019. Il ressort de l'attestation de l'association Nouvelle Aube, sise à Marseille, du 11 août 2022 que l'intéressée a été accompagnée par cette association dans l'invitation de son parcours social et médical de décembre 2020 à décembre 2021. Il ressort enfin de l'attestation de la mission locale jeunes des G B E que Mme F été reçue 2 fois en entretien individuel par sa conseillère en mai 2021 avec des contacts téléphoniques entre ces deux entretiens pour un accompagnement sur les démarches administratives et ses problématiques de santé.

5. De troisième part, si Mme F ne dispose pas d'une adresse stable, il ressort des pièces du dossier et notamment des divers documents relatifs à son logement qu'elle a systématiquement cherché à se loger et à rester sur Marseille, même si elle a dû changer très souvent de lieu d'hébergement avec le SIAO 115 du département des Bouches-du-Rhône, bénéficiant d'ailleurs d'une carte d'accès au Secours Catholique pour l'aider.

6. De quatrième part, il ressort de l'attestation du psychologue clinicien œuvrant au sein de l'association à l'Espace jeune santé Marseille (Imaje Santé) du 21 octobre 2022, que Mme F a été suivie durant quatre mois à sa demande et que les entretiens ont montré un parcours chaotique, complexe, émaillé de violences et de ruptures (familiales, culturelles, sociales), de précarité (liée à des conditions d'accueil instables), ayant profondément impacté la jeune femme durant son enfance et son adolescence. Le psychologue clinicien dresse ensuite un tableau clinique des conséquences de ces constatations pour la vie de l'intéressée. Il termine en précisant que depuis sa majorité et le terme mis à sa prise en charge en contrat jeune majeure, Mme F s'est retrouvée " prise au piège d'une injonction paradoxale " en ce sens que ce qui pouvait l'aider à s'insérer davantage dans la vie de la société (travail, salaire, logement, etc.) lui a été rendu inaccessible, la maintenant ainsi dans une " logique de survie ne pouvant donner lieu qu'à des sentiments de colère et d'injustice, de rejet, d'illégitimité et d'impuissance ".

7. De cinquième part, M. et Mme H, oncle et tante de la requérante, ressortissants français, ont signé une attestation datée du 2 mars 2022. Si cette attestation est postérieure à la décision en litige elle révèle sans conteste une situation préexistante. Par cette attestation, ils rappellent l'historique de la situation de leur nièce et précisent qu'elle n'a plus aucun contact ni avec sa mère au Royaume du Maroc ni avec son père en République italienne. Ils précisent également avoir recueillie à plusieurs reprises leur nièce et avoir toujours gardé le contact avec elle et l'avoir assistée dans toutes ses démarches et financièrement. Ils ajoutent que " depuis quelques mois, nous nous voyons plusieurs fois par mois, Imane nous rendant visite ou recevant la visite de sa tante " et terminent en précisant que le " lien familial avec Imane est resté très fort et nous constituons sa seule famille ". Concernant le soutien, il est constant que sur de nombreuses années, l'adresse de la requérante est celle de M. et Mme H, A H étant d'ailleurs l'assurée sur nombre de documents médicaux. À l'audience, à la question du magistrat désigné de savoir ce que pense Mme F de M. et Mme H, l'intéressée a spontanément répondu qu'ils sont ses parents adoptifs, ses repères et très importants pour elle.

8. De dernière part, le préfet des Bouches-du-Rhône estime que le comportement de Mme F constitue une menace pour l'ordre public. À cet égard, il appartient au juge, au vu des pièces et des débats à l'audience, d'apprécier si les faits qui lui sont présentés sont constitutifs d'un trouble à l'ordre public. En l'espèce, le préfet retient en défense, précisant les termes de sa décision, que l'intéressée " s'est rendue coupable " de violences volontaires et de menaces de mort réitérées sur une personne qui était également retenue au centre de rétention, qu'elle a été interpellée le 2 décembre 2022 pour des violences volontaires commises dans le métro de Marseille et qu'elle était déjà défavorablement connue des services de police pour des faits de violence dans un accès à un moyen de transport collectif de voyageurs le 16 septembre 2022. Premièrement, les faits qui se sont déroulées le 5 décembre 2022 sont postérieurs à la décision en litige et il ressort au demeurant du procès-verbal d'audition du 7 décembre 2022 qu'elle ne reconnaît pas les faits et qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'une suite a été donnée à ces faits. Deuxièmement, il ne ressort également d'aucune pièce du dossier que les faits du 16 septembre 2022 ait donné lieu à des suites judiciaires. Dernièrement, il ressort des différents procès-verbaux présentés en défense que l'intéressée et la victime ne tiennent pas des propos concordants sur les faits sans qu'une réponse judiciaire précise n'ait été apportée afin d'éclaircir les faits. Si Mme F reconnaît à l'audience avoir frappé la victime, elle précise qu'elle ne faisait que se défendre, reconnaissant une réaction face à une situation lui rappelant, ainsi qu'elle l'a spontanément exprimé à l'audience au tribunal dans des propos emprunts de vécu, les sévices dont elle a été l'objet dans son enfance. Le procès-verbal du 21 décembre 2022 à 19 heures 25 portant " avis magistrat " indique que le substitut du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris a procédé à un " classement 61 " ce qui correspond à la catégorie des " autres poursuites ou sanctions de nature non pénale " selon la nomenclature retenue par le ministère de la justice, nomenclature qu'il est impossible de trouver sur le site de cette administration mais citée dans l'article " Les pratiques des parquets face à l'injonction politique de réduire le taux de classement sans suite " (Audrey Lenoir, Virginie Gautron, Droit et société 2014/3, n° 88, pages 591 à 606) librement accessible sur le site Internet cairn.info. Dans ces conditions, la matérialité des faits n'étant pas établie, la menace à l'ordre public que constituerait le comportement de l'intéressé ne peut être retenu.

9. Enfin, Si le préfet en défense indique qu'elle a fait l'objet d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français prise le 24 janvier 2017 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées tant par le tribunal administratif de Toulon le 12 mai 2017 que par la cour administrative d'appel de Marseille le 4 décembre 2017, jugement et arrêt non produits, il ressort de ce qui a été dit ci-dessus que nombre d'éléments sont postérieurs à l'arrêté concerné ainsi qu'à l'arrêt de ladite Cour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F a cherché à se stabiliser par le travail et sa famille exclusivement constituée de M. et Mme H, n'ayant plus aucun contact tant avec sa mère qu'avec son père, malgré un parcours chaotique et difficile. L'intéressée serait donc isolée tant au Royaume du Maroc qu'en République italienne, sa mère l'ayant abandonnée à son père en République italienne qui l'a à son tour abandonnée. La requérante est suivie par une éducatrice spécialisée à Marseille et une structure associative qui l'aide à se reconstruire et à chercher un avenir dans le travail et notamment la restauration, secteur dans lequel il n'est pas contesté qu'elle a des prédispositions. Elle a des relations fortes avec M. et Mme H qui maintiennent un lien familial fort malgré les événements qui ont émaillé leur vie en commun. Enfin, elle s'exprime dans un français très correct. Ces éléments montrent une intégration sociale certes incomplète mais certaine et continue malgré les événements qui ont émaillé son parcours. Dans les conditions particulières de l'espèce, en obligeant Mme F à quitter le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme F est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 décembre 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles () L. 741-1 (), et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

13. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet des Bouches-du-Rhône réexamine la situation de Mme F et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

14. En deuxième lieu, eu égard aux termes de l'article L. 614-16 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont Mme F fait l'objet à la date de la notification du dispositif c'est-à-dire à la date de l'audience.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

16. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de Mme F, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont elle fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

17. Enfin, les annulations prononcées n'impliquent aucune autre injonction.

Sur les frais liés au litige :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par Mme F, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D F est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 4 décembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé Mme D F à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de trois ans est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme D F dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de Mme D F dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 4 décembre 2022 ci-dessus annulée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme F est rejeté.

Article 6 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet Mme D F.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée à Me Sicre du barreau de Toulouse.

Lu en audience publique le 19 janvier 2023 à 15h46.

Le magistrat désigné,

Signé : G. I

La greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions