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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301203

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301203

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 février 2023, M. B, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 18 janvier 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de procéder au rétablissement du bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et ce depuis leur cessation ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle n'a pas pris en considération sa vulnérabilité ;

- elle est irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité avait reçu une formation spécifique ;

- elle est entachée d'illégalité au regard de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de l'illégalité du questionnaire d'évaluation annexé à l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 18 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Meyrignac.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, se disant ressortissant pakistanais né en 1997, s'est présenté le 23 février 2021 au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Val-de-Marne pour y solliciter l'asile. Sa demande a été placée en procédure Dublin, ses empreintes ayant été enregistrées en Croatie le 8 décembre 2020. Par un arrêté du 2 avril 2021, non contesté, le préfet du Val-de-Marne a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile. L'intéressé a été considéré comme ayant pris la fuite à la suite de deux manquements à des convocations de l'administration les 9 et 23 août 2021. Par une décision du 11 janvier 2022, non contestée, les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile lui ont été suspendues. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure normale le 5 décembre 2022 et l'intéressé a alors demandé le rétablissement à son profit de ces conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Après avoir procédé à un nouvel entretien de vulnérabilité, par une décision du 18 janvier 2023, la directrice territoriale de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant à obtenir l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 octobre 2023, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les textes dont elle fait application, et notamment l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil est rejetée au motif que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en ne se présentant pas aux convocations des 9 et 23 août 2021, qu'il ne dispose pas d'attestation de demande d'asile valide du 4 décembre 2021 au 5 décembre 2022 et que les motifs qu'il évoque ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A, au regard notamment des informations dont elle avait connaissance résultant de la fiche d'évaluation de la vulnérabilité de l'intéressé réalisée le 11 janvier 2023.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié le 11 janvier 2023 d'un entretien personnel, mené par un agent de l'OFII, sans qu'aucun élément n'établisse que ce dernier n'aurait pas reçu de formation spécifique à cette fin, et en présence d'un interprète, au cours duquel a été évaluée sa vulnérabilité. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé n'a fait état que de douleurs au dos lors de cet entretien, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 522-1 à L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, M. A ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, pour l'application duquel la décision attaquée n'a pas été prise et qui n'en constitue pas la base légale.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; (). Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

9. Il résulte de ces dispositions que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

10. En l'espèce, la seule circonstance que M. A, qui a fait l'objet d'une décision définitive de suspension des conditions matérielles d'accueil le 11 janvier 2022, ait ultérieurement été autorisé à déposer une demande d'asile en France en procédure normale, n'a pas pour conséquence le rétablissement de plein droit du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, placé en procédure Dublin, a été considéré comme ayant pris la fuite faute de s'être présenté à deux rendez-vous en préfecture les 9 et 23 août 2021 et qu'il n'est réapparu postérieurement à l'expiration du délai de dix-huit mois, alors qu'il ne disposait alors plus d'attestation de demandeur d'asile valide, que pour déposer une demande d'asile en procédure normale le 5 décembre 2022. Le requérant qui n'apporte aucune raison justifiant qu'il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil, n'établit pas être dans une situation de vulnérabilité particulière dès lors qu'il se borne seulement à produire un certificat d'un médecin du 8 décembre 2021 mentionnant qu'il présente un syndrome anxio-dépressif avec lombalgies chroniques. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait méconnu les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que cette décision serait entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : () c) a introduit une demande ultérieure () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivés () ".

12. Si le requérant invoque ces dispositions en soutenant qu'elles ont été méconnues, dès lors que la décision le place dans une situation de précarité et de dénuement, il résulte des termes de celles-ci qu'elles portent sur les décisions portant retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et non, comme en l'espèce, sur celles portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, après une décision de retrait antérieure au demeurant non contestée comme en l'espèce. Dans ces conditions, il ne saurait soutenir que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions lesquelles, en tout état de cause, ont été entièrement transposées en droit interne.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision contestée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles au titre des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Freydefont, premier conseiller,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé : P. Meyrignac Le président,

Signé : N. Le Broussois

Le greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,2

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