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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2302926

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302926

lundi 24 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2302926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantROUSSEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2023, le Syndicat CGT des personnels du grand hôpital de l'Est-francilien (GHEF) et M. A B représentés par Me Rousseau, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 février 2023 par laquelle le grand hôpital de l'Est-francilien a refusé d'accorder à M. B une décharge d'activités de service ;

2°) d'enjoindre au GHEF de lui accorder cette décharge provisoirement dans l'attente qu'il soit statué au fond ;

3°) de mettre à la charge du grand hôpital de l'Est-francilien une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur l'urgence :

- la décision contestée est de nature à priver le syndicat d'heures relevant de son crédit de temps syndical et ainsi de faire obstacle à l'exercice de sa mission de représentation des intérêts matériels et moraux de ses membres ; aucun autre membre du syndicat ne souhaite bénéficier d'une décharge d'activité à hauteur de 50 %. La secrétaire du syndicat envisage de prendre sa retraite au mois de septembre 2024 ; la formation de son successeur, M. B, est nécessaire dès à présent d'autant plus qu'il n'a intégré le syndicat qu'en 2022 ; il doit se former aux missions de responsable du syndicat, assister aux réunions syndicales et des instances représentatives du personnel d'autant plus qu'il a été élu au sein du CSE et de la formation spécialisée en hygiène et sécurité ; la majorité de ses demandes d'autorisation spéciale d'absence lui sont refusées ; la mise en place des instances représentatives du personnel et les missions que le syndicat souhaite lui confier justifie que la condition d'urgence soit reconnue ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision est entachée d'un vice de procédure : la commission administrative paritaire n'a pas été saisie pour avis en méconnaissance de l'article 16 IV et V du décret 86-660 du

19 mars 1986 ;

- la décision est insuffisamment motivée ; elle n'est pas motivée en droit et en fait ; il n'est pas expliqué en quoi l'absence d'un agent pour la moitié de son temps plein serait de nature à perturber le bon fonctionnement du laboratoire ;

- il appartient à l'administration de rapporter la preuve que la décharge d'activité sollicitée est incompatible avec la bonne marche du service : un examen attentif des plannings démontre que la continuité du service n'est pas menacée par l'octroi de cette décharge ; entre 2021 et 2022, il a été absent plusieurs mois et a travaillé pendant un an à mi-temps thérapeutique sans être remplacé, avec le même effectif et à périmètre d'action identique, sa demande d'absence avait été acceptée pour les plannings de février et mars avant que l'administration ne revienne sur sa décision ; la décision est entachée dans ces conditions d'une erreur manifeste d'appréciation ; dans ce service 50 équivalent temps plein de techniciens de laboratoire sont comptés : l'absence de l'intéressé pour un mi-temps a un impact de 1% sur le temps total en techniciens ; la décision attaquée constitue une entrave aux droits syndicaux et une discrimination syndicale à l'encontre de

M. B.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2302925 par laquelle le syndicat CGT des personnels du grand hôpital de l'Est-francilien et M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°86-660 du 19 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 11 avril 2023 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Rousseau représentant le syndicat CGT des personnels du grand hôpital de l'Est-francilien et M. B qui persiste en tous points dans les termes de la requête ;

- les explications de M. B ;

A l'issue de cette audience, le juge des référés a différé la clôture de l'instruction au 13 avril à 17 heures.

Une note en délibéré a été produite le 13 avril 2023 par le syndicat CGT des personnels du grand hôpital de l'Est-francilien et M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre du 28 décembre 2022, le syndicat C.G.T. des personnels du grand hôpital de l'Est-Francilien a saisi la direction de cet établissement d'une demande de décharge à hauteur de la moitié de son temps de travail à titre syndical au profit de M. A B, technicien de laboratoire sur le site de Jossigny (Seine-et-Marne). Cette demande a fait l'objet d'une décision de refus en date du 13 février 2023, " compte tenu des contraintes d'organisation actuelles du services ". Les recours gracieux du syndicat ont été rejetées par une décision du 10 mars 2023. Par la présente requête, le syndicat CGT précité et M. B demandent au juge des référés la suspension de l'exécution de la décision du 13 février 2023.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour caractériser l'existence d'une situation d'urgence, le syndicat CGT des personnels du grand hôpital de l'Est-francilien fait valoir qu'aucun autre membre du syndicat ne souhaite bénéficier d'une décharge d'activité à hauteur de 50 %. La secrétaire actuelle du syndicat envisage de prendre sa retraite au mois de septembre 2024 et M. B a été désigné pour lui succéder. Il doit dans ces conditions notamment pouvoir avoir accès à des formations alors que la majorité de ses demandes d'autorisation spéciale d'absence lui sont refusées ; la décision contestée est ainsi de nature à faire obstacle à l'exercice par le syndicat CGT de sa mission de représentation des intérêts matériels et moraux de ses membres. Le grand hôpital de l'Est-francilien qui n'a pas déposé de mémoire en défense ni n'était ni présent ni représenté à l'audience ne conteste pas ces circonstances ; dès lors la condition d'urgence au sens des dispositions précitées, eu égard à l'atteinte au droit syndical doit être regardé comme remplie.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation est de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

6. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 13 février 2023 par laquelle le grand hôpital de l'Est-francilien a refusé d'accorder au syndicat CGT une décharge d'activités de service et de désigner M. B en qualité de bénéficiaire de ladite décharge.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La suspension prononcée implique qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au grand hôpital de l'Est-francilien de délivrer à titre provisoire à M. B la décharge d'activités de service sollicitée par le syndicat CGT pour la moitié de son temps de service jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

8. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

9. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du grand hôpital de l'Est-francilien, une somme totale de 1 000 euros à verser au syndicat CGT des personnels du grand hôpital de l'Est-francilien et à M. B en application desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 13 février 2023 par laquelle le grand hospitalier de

l'Est-francilien a refusé d'accorder au syndicat CGT des personnels du grand hôpital de l'Est-francilien une décharge d'activités de service pour M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au grand hôpital de l'Est-francilien de délivrer à titre provisoire à M. B la décharge d'activités de service sollicitée par le syndicat CGT, pour la moitié de son temps de service, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande.

Article 3 : Le grand hôpital de l'Est-francilien versera une somme totale de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au syndicat CGT des personnels du grand hôpital de l'Est-francilien et à M. B

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au Syndicat CGT des personnels du grand hôpital de l'Est-francilien, à M. A B et au grand hôpital de l'Est-francilien.

Le juge des référés,

Signé : J-R C

La République mande et ordonne au ministre de la transformation et de la fonction publiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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