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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303079

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303079

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELAS JOVY GUINCESTRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2023, M. A D, représenté par Me Jovy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 novembre 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Les décisions en litige sont entachées d'incompétence ;

La décision portant refus de titre de séjour :

- méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les dispositions de 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- méconnait les dispositions de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour et qu'à ce titre, il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/129 du 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, est entré en France le 21 octobre 2018 en compagnie de ses parents, muni d'un visa de court séjour. Il a sollicité la délivrance du certificat de résidence portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 2 novembre 2022 dont M. D demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté en litige du 2 novembre 2022 a été signée par M. B C, sous-préfet de Nogent-sur-Marne, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature de la préfète du Val-de-Marne en vertu d'un arrêté n° 2021/659 du 1er mars 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, mais uniquement sur le fondement de l'article III du protocole de l'accord précité et que le préfet n'a pas examiné d'office si le requérant pouvait légalement bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement. Ainsi le requérant ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. "

5. Les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une carte de séjour temporaire au bénéfice d'un étranger malade, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

6. D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : ()/ 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

7. Les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 31 décembre 1968 prévoient la délivrance d'un certificat de résidence au ressortissant algérien dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays, elles n'étendent pas le bénéfice de ce titre de séjour aux frères et sœurs majeurs d'un enfant malade. En tout état de cause, alors que le requérant n'a pas fondé sa demande sur ce fondement et que le préfet n'a pas examiné d'office si si le requérant pouvait légalement bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement, M. D ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

8. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Ces dispositions, qui sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Si M. D soutient qu'il est entré en France le 21 octobre 2018, à l'âge de 14 ans, muni d'un visa de court séjour avec ses parents et sa sœur, qu'il réside depuis cette date en France, que ses parents ont bénéficié d'autorisations provisoires de séjour en qualité de parent accompagnant d'un enfant malade et que son frère est né en 2019 en France et qu'enfin il a obtenu un CAP électricien en juillet 2022 et est scolarisé dans un lycée professionnelle en classe de première, il n'apparaît pas que la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à son endroit.

10. En quatrième et dernier lieu, dans la mesure où il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant et où la préfète n'a pas examiné d'office s'il était susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement, M. D ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de de l'homme et des libertés fondamentales à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'étant pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour, il ne peut pas davantage se prévaloir du moyen tiré de l'impossibilité pour l'administration de prononcer légalement une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger qui doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. D est né en 2004 en Algérie où il a vécu jusqu'à son arrivée en France en 2018, qu'il est célibataire, sans enfant à charge et que, par des arrêtés du 5 juillet 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé la délivrance de certificat d'un résidence " vie privée et familiale " aux parents du requérant, tous deux ressortissants algériens, et leur a fait obligation de quitter le territoire français. Enfin M. D, désormais majeur, n'établit pas ni même n'allègue qu'il serait être dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale et de poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine où il ne serait pas isolé en cas de retour. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations citées au point 13.

15. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par la préfète dans l'appréciation des conséquences que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français comporte sur la situation personnelle du requérant ne peut qu'être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 9 et 14.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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