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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2303098

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303098

lundi 8 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDELACHARLERIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023, M. A B, représenté par Me Delacharlerie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a procédé au retrait de sa carte de séjour pluriannuelle, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Le retrait de sa carte de séjour temporaire :

- n'a pas été précédé d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- ne pouvait être pris en l'absence de caractérisation d'une situation de fraude ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de retrait de sa carte de séjour temporaire ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- doit être annulée en raison de l'illégalité des décisions portant retrait du titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de M. Cyril Dayon, conseiller, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, s'est vu délivrer un titre de séjour le 29 mai 2018, renouvelé le 9 avril 2019 pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 28 février 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a procédé au retrait de son titre de séjour pluriannuel, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration n'ait pas procédé à un examen particulier du requérant avant de prendre la décision de retrait en litige.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ". L'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, dans sa version applicable au litige, stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans ".

4. D'une part, en l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord franco-marocain précité, le préfet de Seine-et-Marne peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude. L'administration doit cependant rapporter la preuve de la fraude, et non le requérant, dont la bonne foi se présume.

5. D'autre part, l'autorité de chose jugée appartenant aux décisions des juges répressifs devenues définitives qui s'impose aux juridictions administratives s'attache à la constatation matérielle des faits mentionnés dans le jugement et qui sont le support nécessaire du dispositif.

6. M. B a déposé une demande de titre de séjour à la préfecture

de Seine-et-Marne et s'est vu délivrer, le 29 mai 2018, un titre de séjour portant la mention " salarié " d'une durée de validité d'un an, dont il a obtenu le renouvellement pour une durée de trois ans le 9 avril 2019. Il ressort des pièces du dossier, notamment du jugement du tribunal judiciaire d'Ajaccio du 2 septembre 2022, qu'un agent de la préfecture de Seine-et-Marne a été condamné à quatre ans de prison dont trois avec sursis, interdiction d'exercer une fonction publique, inéligibilité, confiscation des scellés et 8 000 euros d'amendes, pour des faits d'aide à l'entrée et au séjour irrégulier d'étrangers en France en bande organisée, d'aide à l'entrée et au séjour irrégulier d'étrangers en France ou dans un Etat partie à la convention Schengen en bande organisée ainsi que de corruption après avoir délivré indûment et en ayant recours à des manœuvres frauduleuses, une soixantaine de titres de séjour au cours de la période du 6 mars 2018 au 18 mai 2020, parmi lesquels figure celui de M. B. A ce titre, il ressort des pièces du dossier que l'agent de la préfecture en cause, qui a été la seule intervenante dans le dossier de M. B, de l'enregistrement de la première demande au renouvellement, n'a pas respecté la procédure de numérisation de la première demande en place au sein de la préfecture, a enregistré les récépissés sous de faux numéros, n'a pas enregistré les timbres à payer et a facilité la délivrance d'un titre de séjour en méconnaissance des dispositions applicables. Si le requérant soutient qu'aucune intention frauduleuse de sa part n'est établie, il n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les constatations du préfet tenant à ce qu'il ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour, en l'absence notamment d'un visa long séjour et d'une autorisation de travail, requise pour les ressortissants marocains. Par ailleurs, il résulte du jugement du tribunal judiciaire d'Ajaccio du 2 septembre 2022 que M. B a versé une somme de 17 000 dirhams en contrepartie de la délivrance d'un titre de séjour et de son renouvellement, ce que du reste il ne conteste pas. Dans ces conditions, le préfet apporte la preuve qui lui incombe que M. B a obtenu son titre de séjour par fraude. Par suite, le moyen tiré de ce que le motif du retrait n'est pas établi doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Lorsque l'autorité compétente envisage de prendre une mesure de retrait d'un titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, qui prive un étranger du droit au séjour en France, il lui incombe notamment de s'assurer, en prenant en compte l'ensemble des circonstances relatives à la vie privée et familiale de l'intéressé, que cette mesure n'est pas de nature à porter à celle-ci une atteinte disproportionnée. S'il appartient à l'autorité administrative de tenir compte de manœuvres frauduleuses avérées qui, en raison notamment de leur nature, de leur durée et des circonstances dans lesquelles la fraude a été commise, sont susceptibles d'influer sur son appréciation, elle ne saurait se dispenser de prendre en compte les circonstances propres à la vie privée et familiale de l'intéressé postérieures à ces manœuvres au motif qu'elles se rapporteraient à une période entachée par la fraude.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français le 12 mai 2015, alors qu'il était âgé de 35 ans, et produit des avis d'imposition des revenus qu'il a perçus en 2019 et 2020, ainsi que des documents attestant de l'exercice d'une activité professionnelle au cours de la période de juillet 2018 à septembre 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B, qui ne fait état de l'existence d'aucun liens familiaux ou personnels en France, dispose d'attaches familiales au Maroc, où réside notamment sa mère au bénéfice de laquelle il effectue des transferts d'argent. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que décision de retrait de son titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En cinquième lieu, il résulte des termes mêmes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Dans la mesure où l'arrêté attaqué vise ce dernier article, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée doit être écarté.

11. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

12. En septième lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 9, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que comporte l'obligation de quitter le territoire français en litige sur la situation personnelle et familiale du requérant.

13. En huitième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration n'ait pas procédé à un examen particulier du requérant avant de prendre la décision fixant le pays à destination duquel M. B est susceptible d'être éloigné.

14. En neuvième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français en litige à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

15. En dixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. M. B ne fait état d'aucun risque de traitement inhumain ou dégradant encouru par lui en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées à fin d'injonction et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

M. Dominique Binet, premier conseiller

M. Cyril Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2024.

Le rapporteur,

C. Dayon

Le président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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