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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305434

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305434

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCALBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2306486 du 16 mai 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a renvoyé le dossier de la requête de M. B A.

Par cette requête, enregistrée le 12 mai 2023 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise et le 24 mai 2023 au greffe du tribunal administratif de Melun sous le n° 2305434 et un mémoire complémentaire enregistré le 13 septembre 2023, M. A, représenté par Me Scalbert, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

4°) d'enjoindre au le préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de son profil au fichier du système d'informations Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation du requérant ; il est présent en France depuis juin 2017, il y travaille depuis 2019, sa compagne est enceinte, il bénéficie d'une bonne intégration sur le territoire français ; il a tenté de régulariser sa situation le 21 septembre 2022 en sous-préfecture de l'Hay-les-Roses, sa volonté de régularisation n'a pas été prise en compte lors de l'audition ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- elle est entachée d'illégalité par la voie de l'exception, compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation du requérant ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard du risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement ; il justifie d'un document de voyage en cours de validité (passeport valable du 27 décembre 2019 au 26 décembre 2024) et justifie d'un domicile fixe et stable au 6 allée du Jura à Chevilly-Larue ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office :

- elle est entachée d'illégalité par la voie de l'exception, compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'illégalité par la voie de l'exception, compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Delmas a lu son rapport en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 10 avril 1992 à Bamako (Mali), est entré sur le territoire français en juin 2017 après avoir séjourné en Italie où il aurait déposé une demande d'asile en 2015 selon ses déclarations. M. A a été interpellé le 10 mai 2023 et placé en garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis de conduire, de conduite en faisant usage d'un permis de conduire faux ou falsifié, et de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. Par un arrêté du 11 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de l'arrêté précité.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

3. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. A détenu par l'administration.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ".

5. Pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine a fondé son arrêté du 11 mai 2023 sur la circonstance que l'intéressé est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu sans accomplir de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par un message électronique en date du 2 août 2022, le bureau de l'accueil et du séjour des étranger de la sous-préfecture de l'Hay-les-Roses a convoqué M. A le 21 septembre 2022 à 9h00 à la suite d'une demande de rendez-vous en vue du dépôt d'un dossier d'admission exceptionnelle au séjour. Il est constant que M. A a honoré ce rendez-vous, mais n'a pu déposer son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour en raison de son incomplétude. En outre, il ressort des pièces du dossier que par deux messages électroniques en date du 31 janvier 2023 et du 12 avril 2023, le conseil du requérant a sollicité un rendez-vous en préfecture afin de déposer un dossier d'admission exceptionnelle au séjour pour son client enrichi des pièces complémentaires demandées le 21 septembre 2023, en se mettant notamment à la disposition de l'administration le mercredi hors vacances scolaires. Par ailleurs, M. A verse au débat des bulletins de salaire et attestations de nature à établir qu'il a travaillé de juillet à septembre 2019 et de février 2020 à mai 2022.

7. Il ressort également du procès-verbal établi le 11 mai 2023 par une brigadière de police en fonction au commissariat de Puteaux-La Défense que M. A a précisé qu'il avait engagé un conseil en vue d'obtenir la régularisation de son séjour, qu'il avait obtenu un rendez-vous le 21 septembre 2022 afin de déposer son dossier de régularisation en préfecture, qu'il n'avait pu déposer ce dossier en raison de de son incomplétude, et qu'il n'avait commencé ses démarches qu'en 2022 afin de disposer de suffisamment de fiches de paye pour faire valoir efficacement une demande de régularisation. De même, il ressort de ce procès-verbal qu'à la demande de l'agent de la force publique, M. A a déverrouillé son téléphone portable lors de l'audition et que cet agent a pu constater que l'intéressé avait bien adressé un message électronique à la préfecture du Val-de-Marne afin de solliciter un rendez-vous pour régulariser sa situation et qu'il avait reçu un message électronique envoyé par cette préfecture pour lui accorder un rendez-vous le 21 septembre 2022 à 9h00.

8. Dans ces conditions, en retenant que M. A s'était maintenu sur le territoire français sans accomplir de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative, le préfet des Hauts-de-Seine doit être regardé comme ayant entaché sa décision lui faisant obligation de quitter le territoire français d'un défaut d'examen de sa situation.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 11 mai 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, M. A est également fondé à demander l'annulation des décisions lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, lui fixant son pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant un délai d'un an, qui sont privées de leurs bases légales.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

11. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

Sur les frais d'instance :

12. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que M. A soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et Me Scalbert, avocate de ce dernier, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de 1 200 euros à Me Scalbert.

D E C I D E

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 11 mai 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 11 mai 2023 ci-dessus annulée.

Article 4 : L'État (préfet des Hauts-de-Seine) versera à Me Scalbert, conseil de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Scalbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Scalbert et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : S. Delmas

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2305434

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