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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2307291

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307291

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantTCHUINTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023, Mme C A D, représentée par Me Tchuinte, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions régissant l'admission exceptionnelle au séjour du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle exerce une activité professionnelle régulière et qu'elle réside en France avec sa fille mineure, scolarisée depuis 2017 ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une condamnation ;

- compte tenu de sa situation familiale en France, il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance des stipulations de l'article 10 et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Duhamel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A D, de nationalité camerounaise, déclare être entrée sur le territoire français le 17 juillet 2015. Elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès du préfet de Seine-et-Marne. Par un jugement du 16 février 2023, le tribunal administratif de Melun a annulé la décision implicite de rejet de sa demande née du silence de l'administration et a enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement. Par un arrêté du 31 mai 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Elle demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". L''article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que: " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. Si Mme A D soutient être présente depuis neuf années sur le territoire français où elle serait entrée le 17 juillet 2015 à l'âge de 30 ans, elle ne le démontre pas. De plus elle ne justifie pas d'une insertion professionnelle en justifiant seulement d'une activité rémunérée de sept mois entre septembre 2021 et mai 2022 et au cours de l'année 2023, qui est postérieure à la décision attaquée alors notamment qu'elle est hébergée en hôtel social. La présence en France de sa fille née en 2008 qui y est scolarisée depuis 2018 et se trouvait au collège en classe de 3e à la date de l'arrêté attaqué n'est pas suffisante pour démontrer que l'intéressée a fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux alors notamment qu'elle dispose d'attaches familiales au Cameroun où résident son fils mineur, né le 28 mars 2013 au Cameroun, ainsi que ses parents et ses deux sœurs. Rien ne fait obstacle à ce qu'elle puisse poursuivre au Cameroun, son pays d'origine où elle a passé la majeure partie de sa vie, sa vie privée et familiale. Le préfet de Seine-et-Marne n'a donc méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article en prenant l'arrêté attaqué.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

5. Pour les mêmes motifs que ceux cités au point 3, Mme A D n'établit aucune considération humanitaire ni motif exceptionnel justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de Seine-et-Marne n'a donc pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de l'intéressée en édictant l'arrêté attaqué.

6. En troisième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. L'article 10 de cette convention stipule que : " 1. Conformément à l'obligation incombant aux États parties en vertu du paragraphe 1 de l'article 9, toute demande faite par un enfant ou ses parents en vue d'entrer dans un État partie ou de le quitter aux fins de réunification familiale est considérée par les États parties dans un esprit positif, avec humanité et diligence. Les États parties veillent en outre à ce que la présentation d'une telle demande n'entraîne pas de conséquences fâcheuses pour les auteurs de la demande et les membres de leur famille. / 2. Un enfant dont les parents résident dans des États différents a le droit d'entretenir, sauf circonstances exceptionnelles, des relations personnelles et des contacts directs réguliers avec ses deux parents. A cette fin, et conformément à l'obligation incombant aux États parties en vertu du paragraphe 2 de l'article 9, les États parties respectent le droit qu'ont l'enfant et ses parents de quitter tout pays, y compris le leur, et de revenir dans leur propre pays. Le droit de quitter tout pays ne peut faire l'objet que des restrictions prescrites par la loi qui sont nécessaires pour protéger la sécurité nationale, l'ordre public, la santé ou la moralité publiques, ou les droits et libertés d'autrui, et qui sont compatibles avec les autres droits reconnus dans la présente Convention ".

7. D'une part, les stipulations de l'article 10 de la convention internationale des droits de l'enfants ayant pour objet de permettre une réunification familiale, Mme A D ne peut utilement les invoquer à l'encontre de l'arrêté attaqué qui n'a pas pour objet de refuser une telle réunification. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 et compte tenu de ce qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la famille ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine, Mme A D n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, aurait porté atteinte à l'intérieur supérieur de son enfant tel que garanti par les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient Mme A D l'arrêté contesté qui mentionne qu'elle a déjà fait l'objet d'une interpellation pour des faits de vol à l'étalage, et non qu'elle a fait l'objet d'une condamnation à ce titre, n'est pas entaché d'erreur de fait.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de Seine-et-Marne, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, tout ou partie de la somme que Mme A D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A D et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Combier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

La présidente,

I. GOUGOT

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,121

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